Québec envisage d’imposer un plafond quotidien d’émissions à la Fonderie Horne

Le permis de pollution exceptionnel, qui doit être renouvelé tous les cinq ans, permettra d’établir une norme annuelle «plus contraignante», a affirmé le ministre Charette.
Photo: WikiCommons Le permis de pollution exceptionnel, qui doit être renouvelé tous les cinq ans, permettra d’établir une norme annuelle «plus contraignante», a affirmé le ministre Charette.

L’instauration d’un plafond quotidien d’émissions d’arsenic à la Fonderie Horne, à Rouyn-Noranda, est envisagée par le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, a confirmé son équipe mercredi.

Le cabinet du ministre ne dispose toutefois « pas de chiffres à donner » relativement à cette limite, a précisé l’attachée de presse de M. Charette, Rosalie Tremblay-Cloutier. Elle viendrait s’ajouter à la norme annuelle déjà imposée à l’usine, qui correspond à une moyenne des émissions d’arsenic. La Fonderie Horne pourrait aussi devoir atteindre des cibles intermédiaires de réduction, a déclaré Benoit Charette lors d’une visite à Rouyn-Noranda.

Ces mesures risquent d’être incluses dans la nouvelle attestation d’assainissement, qui doit être délivrée cet automne à l’entreprise Glencore, propriétaire de la fonderie. Ce permis de pollution exceptionnel, qui doit être renouvelé tous les cinq ans, permettra d’établir une norme annuelle « plus contraignante », a affirmé le ministre Charette.

Benoit Charette avait évoqué dès la semaine dernière la possibilité de fixer le seuil de la concentration moyenne annuelle à 30 nanogrammes par mètre cube (ng/m3). Depuis février 2020, il se situe à 100 ng/m3 ; il était de 200 ng/m3 auparavant.

Selon des données obtenues par Le Devoir, les émissions d’arsenic captées à proximité de la Fonderie Horne ont dépassé à 93 reprises, entre 2017 et 2021, les limites imposées par le ministèrede l’Environnement.

Des analyses de l’air de la ville ont d’ailleurs révélé que les niveaux de cet élément cancérigène ont excédé 1000 ng/m3 à cinq reprises entre janvier 2017 et mars 2021. À l’échelle du Québec, la concentration dans l’air tolérée est de 3 ng/m3.

« Pas juste l’arsenic »

Lors de son passage à Rouyn-Noranda, le ministre Benoit Charette a aussi affirmé que l’imposition de seuils d’émissions pour les autres métaux lourds et l’ajout de stations d’échantillonnage sont aussi envisagés.

« Heureuse » de son entretien avec le ministre, la mairesse de la ville, Diane Dallaire, entend d’ailleurs faire de la santé de ses résidents sa grande priorité. « On doit viser le respect de l’ensemble des normes de la qualité de l’air pour l’ensemble des métaux, et non pas juste de l’arsenic », affirme-t-elle au Devoir, citant les émissions de plomb, de nickel et de cadmium de la fonderie.

Mme Dallaire dit ne pas avoir obtenu de garanties autres qu’une prochaine attestation d’assainissement « plus contraignante ». Elle demande notamment que ce permis de polluer soit désormais valide pour une période plus courte que les cinq ans actuels.

Reste que cette industrie est centrale pour l’économie de son coin de pays. La mairesse joue donc à l’équilibriste afin de ménager les 620 emplois qu’apporte la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda. Et si certains résidents insistent pour que la norme provinciale de 3 ng/m3 soit imposée à l’usine, « ce n’est pas demain que ça va arriver », relativise l’élue. « Tout va se jouer dans le délai par lequel ça va arriver, et les mesures de prévention et de soutien mises en place entre-temps. »

La mairesse Dallaire a d’ailleurs obtenu un entretien avec le premier ministre François Legault lors de sa rencontre de mercredi avec le ministre Charette.

Un problème beaucoup plus large

 

L’ajout d’un plafond quotidien d’émissions d’arsenic est une avenue intéressante, souligne Valérie Fournier, co-porte-parole du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET) de Rouyn-Noranda. « Mais pour nous, la problématique est beaucoup plus large que ça », fait-elle valoir. En plus du respect de la norme québécoise de 3 ng/m3, ce groupe réclame que la population soit mieux informée au sujet des émissions de la Fonderie Horne.

Mme Fournier déplore aussi que le ministre Charette n’ait pas pris d’engagements lors de sa rencontre de mercredi avec le comité ARET. « On n’a pas de chiffres [pour les normes] et on n’a pas encore d’échéanciers », dit-elle.

La députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien, a critiqué le passage du ministre Charette, qui « n’avait aucun plan et aucun chiffre à présenter » dans sa circonscription. « Les gens sont inquiets et en colère contre la CAQ, qui a manqué de volonté politique pour mettre Glencore au pas, a-t-elle dit. Ça fait depuis 2019 que je talonne le gouvernement sur la qualité de l’air et l’arsenic à Rouyn-Noranda. »

La semaine dernière, un rapport publié par l’Institut national de santé publique du Québec révélait que si la Fonderie Horne ne réduisait pas ses émissions d’arsenic, la population de Rouyn-Noranda pourrait développer jusqu’à 14 cancers du poumon supplémentaires sur une période de 70 ans. Le directeur national de santé publique du Québec, le Dr Luc Boileau, avait aussi affirmé que la quantité de substances cancérigènes émises par l’usine n’était « pas tolérable ». Il n’avait toutefois pas voulu se prononcer sur les plafonds à imposer à l’entreprise.

Le premier ministre François Legault avait pour sa part évoqué la possibilité de fermer la Fonderie Horne si elle ne s’engageait pas à changer les choses. Il s’était aussi dit prêt à aider financièrement Glencore à y parvenir.

Avec Laurianne Croteau

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