Réactions partagées en Louisiane après les propos de Legault

Le marché Saint-Roch situé à la Nouvelle-Orléans, Louisiane. Photo d’illustration.
Photo: Marie-France Coallier Archives Le Devoir Le marché Saint-Roch situé à la Nouvelle-Orléans, Louisiane. Photo d’illustration.

La déclaration du premier ministre François Legault sur la Louisiane a suscité des réactions partagées de la part de deux élus de cet État du sud des États-Unis.

Le représentant à la Chambre de l’État de la Louisiane Beau Beaullieu croit que M. Legault a eu raison d’évoquer le déclin du français dans la population louisianaise pour justifier sa demande de nouveaux pouvoirs. « C’est très juste, c’est un très bon exemple, a-t-il déclaré jeudi dans une entrevue au Devoir. Il parle de l’histoire de la Louisiane, où ça s’est passé ; il voit juste. »

M. Beaullieu est le président de la délégation Acadiana, qui regroupe une cinquantaine d’élus des comtés traditionnellement acadiens et cajuns à la Chambre et au Sénat.

Descendant de francophones qui ont été forcés d’abandonner leur langue, M. Beaullieu ne s’est pas prononcé sur les demandes en immigration de M. Legault. Il l’encourage toutefois dans ses efforts pour protéger la langue et la culture françaises au Québec. « Je ne crois pas que ce soit déraisonnable ce qu’il essaie de faire pour protéger la langue », a-t-il dit.

M. Beaullieu, qui a utilisé l’anglais durant l’entrevue, a déploré le déclin du français en Louisiane depuis le début du XXe siècle. « J’ai des collègues qui parlent bien le français à la législature, mais ils comptent pour 3 %, alors que vers les années 1900, c’était probablement la proportion inverse, avec 90 % de francophones », a-t-il dit.

Des défis communs

 

Le sénateur de l’État de la Louisiane Jérémy Stine a accueilli plus froidement la comparaison utilisée par M. Legault dimanche dernier : il y voit un manque de solidarité et de sensibilité.

« Sans vouloir manquer de respect au premier ministre du Québec, M. François Legault, je parle mieux français que lui, a-t-il dit au Devoir vendredi, lors d’une entrevue en français. Nos deux pays ont des défis à relever pour maintenir la langue, mais j’espère que nous pourrons travailler ensemble tous les deux pour résoudre ce problème. »

Les deux élus ne se sont pas montrés inspirés par les demandes de M. Legault, qui réclame d’Ottawa plus de pouvoirs en matière d’immigration pour protéger le français.

M. Beaullieu a jugé que la situation du français s’est trop dégradée pour espérer avoir un impact en intervenant sur l’immigration, qui est administrée par le gouvernement fédéral des États-Unis. « Nous ne gérons pas l’immigration État par État, a-t-il dit. De plus, le français n’est plus utilisé majoritairement en Louisiane. Ce serait trop difficile d’inverser la situation étant donné qu’un si petit nombre de Louisianais parlent français. »

M. Stine a pour sa part insisté sur l’importance des programmes d’immersion française en milieu scolaire. « Ici, on a besoin de plus de professeurs de français pour enseigner dans les programmes d’immersion », a-t-il déclaré.

La population francophone de la Louisiane est passée d’un million, dans les années 1960, à environ 250 000 actuellement, selon des chiffres du Centre de la francophonie des Amériques.

La délégation Acadiana sert à promouvoir des lois qui correspondent aux intérêts de cette région du sud de la Louisiane où se sont établis les exilés acadiens après la déportation de 1755, a expliqué M. Beaullieu. Plus récemment, ses représentants ont dû se mobiliser pour faire adopter une nouvelle loi protégeant les classes d’immersion française dans l’État. « Nous avons combattu à la législature pour protéger le français parce qu’à une époque, on était un État principalement francophone, a dit M. Beaullieu. Maintenant que nous avons perdu ça, c’est parti. On regarde tout ça 100 ans plus tard, et le français est virtuellement absent de la vie quotidienne. »

À voir en vidéo