Doug Ford sur la défensive dans le seul débat provincial en Ontario

Doug Ford, du Parti progressiste-conservateur, défendait son bilan devant les chefs Andrea Horwath (NDP), Steven Del Duca (Libéral) et Mike Schreiner (Vert).
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Doug Ford, du Parti progressiste-conservateur, défendait son bilan devant les chefs Andrea Horwath (NDP), Steven Del Duca (Libéral) et Mike Schreiner (Vert).

Le premier ministre Doug Ford a tenté de faire valoir sa vision pour un Ontario prospère sous une pluie de critiques de ses adversaires dans le premier (et seul) débat des chefs portant sur des enjeux provinciaux de l’élection ontarienne.

Doug Ford, du Parti progressiste-conservateur, défendait son bilan devant les chefs Andrea Horwath (NDP), Steven Del Duca (Libéral) et Mike Schreiner (Vert). Quatre ans après s’en être pris à la première ministre Kathleen Wynne à répétition durant le débat, c’est Doug Ford, présentement premier dans les sondages, qui a dû répondre aux doléances de ses adversaires. Le scénario était inversé, mais certaines des attaques sont demeurées inchangées.

Les anneaux de son cartable de notes surplombant son podium, Doug Ford a insisté que ses adversaires « vont augmenter vos taxes ». Les quinze ans de pouvoir du Parti libéral avant l’élection de 2018, a-t-il laissé entendre, ont fait en sorte que l’économie ontarienne a « descendu plus rapidement que l’équipe canadienne de bobsleigh » et que le système de soins de longue durée dont il a hérité était en piteux état.

Les employés de la salle de contrôle du réseau public TVO, où avait lieu le débat, ont bien voulu s’assurer de couper les micros des candidats lorsque leur temps de parole était terminé, les échanges sont devenus cacophoniques par moments. « Doug Ford travaille pour ses amis », a lancé la cheffe du NPD, Andrea Horwath. « Doug Ford répète le script de 2018 », a-t-on entendu de la part du libéral Steven Del Duca.

Test pandémique

 

L’élection de 2018 a teinté le débat, mais pas autant que la gestion de la pandémie du premier ministre, un sujet qui, jusqu’à ce moment n’avait pas été l’un des thèmes principaux de la campagne. Le premier ministre a vanté une augmentation salariale de 3 $ de l’heure offerte aux préposés aux bénéficiaires, l’ouverture éventuelle d’une école de médecine à Brampton et la construction d’hôpitaux.

Mais ses adversaires ont préféré faire des deux dernières années un test de valeur et de leadership du premier ministre. « Avez-vous parlé à une infirmière récemment ? À propos d’à quel point elles sont surmenées et sous-payées », a demandé le chef du Parti vert, Mike Schreiner, qui s’est démarqué avec ses questions pointues aux autres candidats. Sous le gouvernement Ford, les « héros ont été traités comme de la poussière », a avancé Andrea Horwath.

Doug Ford a plutôt cherché à obtenir un brin de sympathie de la part des Ontariens. « Est-ce que tout était parfait ? Non », a-t-il admis. « Pendant deux ans, 24 heures par jour, 7 jours sur 7, je travaillais sur ce dossier », a poursuivi le chef, jugeant qu’il était facile pour son adversaire Steven Del Duca de le critiquer des « lignes de côtés ». « C’est l’emploi que vous vouliez obtenir », a répondu le libéral, « vous devez maintenant accepter votre responsabilité ».

Ce n’était pas Steven Del Duca qui détenait le rôle de leader de l’opposition à Queen’s Park lors des quatre dernières années, mais c’était tout comme durant le débat, la néo-démocrate Andrea Horwath se retrouvant effacée des échanges, cherchant ses mots. La cheffe s’en est prise au chef libéral, lui demandant s’il était « parti prendre un café », lorsque le caucus libéral dont il faisait partie jusqu’en 2018 prenait des décisions controversées.

L’autoroute de la division

Doug Ford était plus à son aise en abordant les grands projets routiers qui tapissaient les pages de son budget présenté tout juste avant l’élection. Le projet phare de son parti, l’autoroute 413, en banlieue de Toronto, ne verrait pas le jour sous des gouvernements libéraux, néo-démocrates et verts. Mais Doug Ford assure que des gens partout en banlieue souhaitent la construction de l’axe routier.

« Les Ontariens n’ont pas besoin d’autoroutes qui mènent à des châteaux », a soutenu Andrea Horwath, dont le parti est en faveur de l’élimination du zonage d’exclusion en Ontario, une mesure qui pourrait libérer des grands territoires au développement dans les municipalités de la province. Le projet de l’autoroute « n’a aucun sens », a jugé Steven Del Duca, qui planifie investir l’équivalent des coûts estimés du projet, soit 10 milliards de dollars, en éducation.

C’est notamment par l’utilisation de voitures électriques sur ces nouvelles routes que Doug Ford souligne vouloir lutter contre les changements climatiques. Les récents investissements dans les lignes d’assemblage d’usines automobiles dans le sud-ouest de la province, où les conservateurs veulent voler des sièges au NPD, « vont changer des vies » suggère Doug Ford.

Lutte contre la haine

 

Lorsqu’est venu le temps de trancher sur les mesures nécessaires pour lutter contre la haine, 48 heures après un attentat ayant causé la mort de 10 personnes à seulement deux heures de Toronto, Doug Ford a répondu vaguement à la question de la modératrice Althia Raj, du Toronto Star. « Le leadership est important », a-t-il mentionné.

Les trois partis d’opposition comptent adopter un projet de loi anti-islamophobie, la Loi de 2022 en solidarité avec la famille de London, s’ils sont élus. Lorsqu’interrogé directement par Mike Schreiner durant le débat, le premier ministre sortant n’a pas répondu s’il appuierait lui aussi le projet lorsque le parlement siège de nouveau à Toronto. Plus tôt dans la journée, une porte-parole du Parti progressiste-conservateur avait partagé la même information dans un courriel au Devoir.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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