Les chefs de parti courtisent les environs de Toronto dès le jour 1 de la campagne électorale 

En matinée mercredi, le premier ministre ontarien, Doug Ford, a lancé mercredi les hostilités à Brampton, dans la région de Peel, au nord-ouest de la grande région de Toronto
Photo: Chris Young La Presse canadienne En matinée mercredi, le premier ministre ontarien, Doug Ford, a lancé mercredi les hostilités à Brampton, dans la région de Peel, au nord-ouest de la grande région de Toronto

La campagne électorale provinciale a officiellement été lancée mercredi en Ontario. Et dès ce premier jour, quatre chefs de parti se sont aventurés dans la grande région de Toronto, un territoire où se trouvent 40 % des sièges de la législature ontarienne, pour couper le ruban.

« Nous sommes le parti qui dit “oui” : oui à la construction d’autoroutes, oui à leur agrandissement ! » a lancé en soirée le premier ministre ontarien sortant Doug Ford lors de son premier véritable rassemblement électoral. Le chef du Parti progressiste-conservateur était en terrain connu : dans sa circonscription d’Etobicoke-Nord, au podium de la même salle où il a célébré son élection à la tête du parti, puis de la province, il y a quatre ans.

Devant environ 1000 partisans et plusieurs de ses candidats de la région de Toronto, Doug Ford a clamé plusieurs reprises que seul son parti pouvait « faire le travail » (« get it done »), son slogan de campagne. « C’est le temps de faire le travail pour les gens pris dans la circulation », a-t-il dit en référence au projet de l’autoroute 413 — un axe routier qui, selon son parti, désengorgera les routes de la province.

Doug Ford avait lancé les hostilités en matinée à Brampton, dans la région de Peel, au nord-ouest de la grande région de Toronto. Comme le veut maintenant la tradition lors des élections fédérales, les chefs provinciaux porteront une attention particulière à cette région multiculturelle et ses 11 circonscriptions. Entouré d’employés du milieu de la construction, le leader du Parti progressiste-conservateur avait là aussi promu son projet d’autoroute.

Les libéraux misent sur les écoles

 

Dans son dernier budget à saveur électorale, le parti n’a pas chiffré les investissements nécessaires à la mesure ; mercredi, Doug Ford ne l’a pas fait non plus. Mais selon le chef du Parti libéral de l’Ontario, Steven Del Duca, le gouvernement aura à débourser au moins 10 milliards pour construire l’autoroute : il a annoncé mercredi matin qu’il utiliserait plutôt cette somme pour bâtir 200 nouvelles écoles et en rénover des milliers d’autres. Ces 10 milliards s’ajouteraient aux 14 milliards déjà prévus dans le plan de dépenses du gouvernement.

C’est sous la pluie, dans la cour d’une école primaire du quartier torontois où il a grandi, Etobicoke, que le chef libéral Steven Del Duca en a fait l’annonce. Le chef libéral, qui cherche encore à se faire connaître du public ontarien, était entouré pour l’occasion de trois de ses candidats, dont la Franco-Ontarienne Julie Lutete, qui se présente dans Etobicoke-Nord. La candidate a travaillé toute la nuit pour se préparer au grand jour, confie-t-elle. « La culture et les priorités du parti, je trouve qu’elles sont bien pour les Ontariens et les immigrants », dit-elle.

Sa tâche est toutefois titanesque : elle s’oppose au premier ministre sortant dans sa propre circonscription, et ce dernier a passé toute sa vie dans le quartier (Steven Del Duca, pour sa part, a déménagé au nord de la ville).

Le NPD veut remplacer Doug Ford

 

La cheffe de l’opposition officielle, la néodémocrate Andrea Horwath, troisième dans les sondages en ce premier jour de campagne, a stationné son autobus de campagne devant Queen’s Park mercredi matin. « Nous sommes à seulement 10 sièges de remplacer Doug Ford. Nous pouvons le faire », a affirmé la députée sortante de Hamilton-Centre. La cheffe du NPD a par la suite pris la direction de la région de Peel, où sa cheffe adjointe Sara Singh est députée sortante.

Elle a été accueillie dans la circonscription Scarborough-Centre, en début d’après-midi, par un groupe scandant son nom en chœur. À la sortie du local bondé, elle a répondu sans ambages à une question sur l’accès à l’avortement au Canada, un sujet devenu incontournable en raison de la possible révocation de l’arrêt Roe v. Wade aux États-Unis. « Je trouve épuisant qu’on parle encore de ce sujet des décennies après que j’ai mené ce combat à l’université », a affirmé la cheffe, qui dit vouloir s’assurer que toutes les Ontariennes puissent obtenir un avortement si elles le désirent.

Il est fort à parier que cette position n’est pas partagée par la députée sortante de Scarborough-Centre, la progressiste-conservatrice Christina Mitas, qui avait participé à un rassemblement antiavortement devant le parlement ontarien en 2019. Elle y était au côté de son collègue député Sam Oosterhoff. Mercredi matin, Doug Ford ne s’est pas avancé sur l’amélioration de l’accès à l’avortement s’il est réélu ; il est notamment difficile d’obtenir cette procédure médicale en français en Ontario.

Les espoirs verts

 

S’il veut faire grossir sa délégation à Queen’s Park, le chef du Parti vert de l’Ontario, Mike Schreiner — le seul député sortant de sa bannière — , sait qu’il devra éviter les conflits comme ceux que peut créer le débat sur l’avortement. L’Américain de naissance, rencontré au sud du centre-ville de Toronto mercredi, dit aussi avoir appris de la dernière campagne du Parti vert fédéral, dont les divisions internes avaient miné toutes chances de victoire, aussi minces étaient-elles.

Au cours de la campagne, le Parti vert visera particulièrement la circonscription de Beaches-East York, où son chef adjoint Abhijeet Manay se porte candidat, et dont la députée néodémocrate sortante, Rima Berns-McGown, ne sollicite pas de nouveau mandat.

 

Les Ontariens sont appelés aux urnes le 2 juin prochain.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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