Balarama Holness lance un nouveau parti tout en étant inéligible à Montréal

Balarama Holness à Montréal en 2020.
Paul Chiasson La Presse canadienne Balarama Holness à Montréal en 2020.

Le candidat défait à la mairie de Montréal Balarama Holness a lancé mercredi un nouveau parti politique provincial, bien qu’il se trouve en situation d’inéligibilité sur la scène municipale.

M. Holness s’est déplacé à Québec pour annoncer son intention de créer Mouvement Québec, une nouvelle formation devant briguer les suffrages aux élections québécoises d’octobre prochain. Sur la scène municipale, il dirige également Mouvement Montréal, un parti pour lequel il a fait campagne l’automne dernier avant d’être défait par la mairesse, Valérie Plante.

En entrevue téléphonique avec Le Devoir, M. Holness a reconnu que Mouvement Montréal n’avait toujours pas présenté ses états financiers vérifiés au trésorier de la Ville de Montréal, contrairement à ce qui est prescrit par la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités. La formation politique a été incapable de respecter le délai fixé au 1er avril pour soumettre ses documents.

M. Holness a expliqué que ce retard était causé par le remplacement de son agent officiel par une personne plus qualifiée en matière de finances et de comptabilité. « Notre agent officiel n’avait pas nécessairement d’expérience sur le plan financier pour gérer un dossier du genre », a-t-il expliqué.

Le processus de vérification comptable qui doit obligatoirement précéder le dépôt au trésorier est retardé, car le cabinet de services professionnels de Mouvement Montréal est débordé en raison de la saison des impôts, dit-il. « La compagnie de comptabilité est très occupée, alors on n’a pas de contrôle là-dessus : il faut attendre. Ça peut prendre encore une semaine ou deux, maximum. »

Inéligible

 

Questionné à ce sujet, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) a indiqué que la non-production de ces documents empêchait un chef de parti d’être candidat à une élection.

« La Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités prévoit que le chef d’un parti ou le candidat indépendant à une élection antérieure dont le rapport financier ou le rapport de dépenses électorales n’a pas été transmis dans le délai prévu est inéligible tant que ce rapport n’est pas transmis », a expliqué le porte-parole Gabriel Sauvé-Lesiège. Il n’était toutefois pas en mesure de préciser mercredi si cette sanction se limitait aux élections municipales ou si elle pouvait « se transposer à un autre palier électif ».

Selon M. Holness, sa situation sur la scène municipale, qu’il présente comme temporaire, n’a aucun impact sur ses activités sur la scène provinciale. « Dans une semaine ou deux, l’audit sera terminé, a-t-il répété. Si vous voulez essayer de salir ce que j’ai fait en disant que Balarama ne serait pas éligible parce qu’il manque une semaine à l’audit, vous pouvez prendre cette voie-là, mais vous parlez du municipal. »

M. Holness n’a pas été en mesure de préciser la situation financière de son parti municipal. « La dette ou le surplus va être négligeable, a-t-il assuré. À 100 %, je suis certain que ce sera un chiffre négligeable. »

Un parti « pour les Montréalais »

Plus tôt, lors d’un point de presse tenu devant l’Assemblée nationale, M. Holness avait dit vouloir présenter une trentaine de candidats sous la bannière de Mouvement Québec, principalement dans la région de Montréal, en prévision du scrutin d’octobre.

Mouvement Québec s’oppose notamment à la Loi sur la laïcité de l’État et au projet de loi 96, qui vise à réformer la Charte québécoise de la langue française.

Selon M. Holness, cette réforme pourrait causer un exode de la communauté anglophone montréalaise. « On a un projet de loi 96 qui est fortement problématique pour plusieurs Montréalais et, de plus, la loi 21. On n’est pas un parti qui va juste mettre l’accent sur ces lois, mais aussi sur les questions qui touchent les Montréalais comme l’économie, l’environnement et le logement. »

Mouvement Québec espère se tailler une place dans les circonscriptions détenues par le Parti libéral du Québec (PLQ), a expliqué M. Holness. Selon lui, les libéraux ont déplu en proposant d’inscrire dans le projet de loi 96 une obligation pour les étudiants des cégeps anglophones de suivre trois cours en français. « Les Montréalais, ce sont eux qui nous ont demandé de nous lancer, a-t-il dit. Ils sont inquiets présentement du leadership du PLQ. Le PLQ tient pour acquis le vote anglophone et le vote ethnoculturel. »

Le nom « Mouvement Québec » a été réservé auprès du DGEQ le 4 avril. La prochaine étape sera de soumettre une liste de 100 membres, a indiqué M. Holness.

Aux élections municipales de novembre dernier, Balarama Holness avait récolté 7 % des votes pour la mairie de Montréal.

Peu de détails

 

Le politicien n’a pas donné d’indication sur la force de ses appuis ou sur le financement dont il dispose pour la prochaine campagne électorale. Il s’est aussi défendu de diviser le vote fédéraliste et le vote anglophone avec sa nouvelle formation politique.

M. Holness a affirmé qu’il était en contact avec Colin Standish, qui dirige le Comité spécial sur la politique linguistique, un organisme qui se donne comme objectif de défendre les droits des anglophones et des minorités au Québec. « Je lui ai lancé un texto. On va se parler dans les prochains jours. »

M. Standish a toutefois l’intention de lancer son propre parti politique d’ici la fin du mois, a expliqué l’un de ses proches, Andrew Caddell, conseiller municipal à Kamouraska. Ce dernier a d’ailleurs critiqué la campagne municipale menée par M. Holness l’automne dernier. « Ça avait l’air un peu flyé, il faisait une sorte d’improvisation. Nous, on n’est pas comme ça, on est des gens qui sont sérieux et qui ont étudié la politique depuis longtemps. »

Le nom « Parti canadien du Québec » a été réservé auprès du DGEQ en février dernier, mais M. Caddell n’a pas voulu confirmer s’il s’agissait ou non du futur parti de M. Standish.

Avec Zacharie Goudreault

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