Les conservateurs accusés de mentir sur une nouvelle taxe verte pour les camionnettes

Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a démenti vendredi les accusations de Pierre Poilievre.
Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a démenti vendredi les accusations de Pierre Poilievre.

Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a déclaré que les conservateurs mentaient au sujet d’un plan secret du gouvernement visant à ajouter une taxe verte sur les camionnettes.

Il y a eu plusieurs gazouillis de députés conservateurs, du Parti conservateur et du premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, ces derniers jours, insistant sur le fait que le gouvernement est sur le point d’étendre un prélèvement vert fédéral aux camionnettes.

« Cette soi-disant redevance sur les camions n’existe pas », a soutenu M. Guilbeault mercredi, dans un message sur Twitter répondant au député conservateur et candidat à la chefferie Pierre Poilievre.

« C’est susciter de la peur, purement et simplement. »

M. Poilievre a déclaré dans son gazouillis que le gouvernement allait imposer des milliers de dollars en nouvelles taxes « à quiconque achète un camion ». Il a encouragé ses partisans à se joindre à sa campagne pour « éliminer la taxe sur les camions ».

Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a emboîté le pas jeudi en écrivant que « la coalition libérale-néo-démocrate prévoit une taxe punitive aux travailleurs pour l’achat de camionnettes ».

Le Parti conservateur fédéral dans son ensemble a multiplié les messages sur Twitter jeudi et vendredi, demandant si les Canadiens pouvaient « payer une taxe de 4 000 $ sur (leur) camion ou VUS ? ».

L’écoprélèvement dont il est question touche déjà les véhicules utilitaires sport (VUS). En 2007, le gouvernement conservateur dirigé par le premier ministre Stephen Harper a introduit cette mesure pour les véhicules ayant une grande consommation d’essence dans le cadre d’un certain nombre d’offres visant à « assurer un environnement plus propre et plus sain ».

Une remise pour les véhicules plus économes en carburant introduite en même temps n’a duré que deux ans, mais l’écoprélèvement est toujours en vigueur.

Il ajoute entre 1 000 $ et 4 000 $ aux voitures, VUS et fourgonnettes dont la consommation de carburant est supérieure à la moyenne lorsqu’ils sont achetés ou importés au Canada. Il existe actuellement 60 modèles étiquetés pour le prélèvement.

La grande majorité est des voitures de luxe haut de gamme de marques comme Rolls-Royce, Bentley et Lamborghini, qui ont toutes des prix de départ supérieurs à 200 000 $, ou de gros VUS comme le Dodge Durango et le Toyota Sequoia.

Dans leur budget de 2007, les conservateurs avaient prédit que la taxe rapporterait 215 millions de dollars au cours des deux premières années, mais elle est loin d’avoir atteint ce chiffre, avec des recettes moyennes d’environ 15 millions de dollars par an. Sur 14 ans, les revenus totaux de l’écoprélèvement sont de 220 millions de dollars, dont moins de 4 millions de dollars en 2020-2021.

Elle ne s’appliquait pas aux camionnettes en 2007, et ne l’a pas été depuis les 15 ans qu’elle existe.

M. Guilbeault a affirmé que les libéraux ne proposent pas de l’étendre aux camions malgré les accusations des conservateurs.

« Ce type de politique divise et détourne l’attention du travail important que nous devons tous faire pour lutter contre les changements climatiques », a-t-il déclaré.

Une recommandation d’un organisme

L’accusation découle d’une recommandation faite au ministre de l’Environnement, le mois dernier, par l’organisme consultatif Net Zero chargé d’aider à guider les politiques du gouvernement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La demande d’étendre l’écoprélèvement aux camionnettes est l’une des 40 recommandations de son mémoire sur le nouveau plan de réduction des émissions du gouvernement.

Dan Wicklum, coprésident du groupe consultatif et p.-d.g. de The Transition Accelerator, a déclaré en entrevue que l’avis faisait partie d’une série de mesures visant à inciter tous les niveaux de gouvernement, le secteur privé et les Canadiens à se mobiliser et à assumer leurs responsabilités pour contribuer à la lutte contre les changements climatiques.

Il a affirmé que les camionnettes en tant que véhicules personnels ne sont pas très écoénergétiques, mais l’organisme était également conscient dans ses recommandations que tout nouveau prélèvement devait tenir compte de l’impact qu’il aurait sur les populations vulnérables.

« Nous avons estimé que c’était un conseil assez équilibré et en fait, nous sommes un peu déçus lorsque les gens le déforment », a-t-il réagi.

M. Wicklum a indiqué qu’il n’y avait aucune obligation pour le gouvernement de suivre ces recommandations, et qu’il ne devrait pas y en avoir.

« Notre rôle est de donner des conseils, mais c’est au gouvernement de décider s’il les suit ou non, a-t-il mentionné. Et c’est comme ça que ça devrait être dans une démocratie. »

Les libéraux prolongent un programme de rabais pour réduire le coût d’achat de nouveaux véhicules zéro émission pendant encore trois ans. Ils augmenteront le prix admissible maximal pour garantir que les nouveaux VUS et camionnettes électriques qui arrivent sur le marché puissent obtenir le rabais.

Tous les propriétaires de véhicules, y compris les conducteurs de camionnettes, paient le prix du carbone sur le carburant acheté pour leurs véhicules. Les camionnettes, qui consomment généralement plus d’essence par kilomètre parcouru, coûteront généralement plus cher en taxe sur le carbone.

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