Nouveaux resserrements des mesures sanitaires au Québec

Faisant face à une situation épidémiologique « critique », le gouvernement a dévoilé lundi une nouvelle série de restrictions sanitaires et a fait savoir aux Québécois que les mesures en place pourraient encore se resserrer d’ici Noël.

Les écoles primaires et secondaires, de même que les cinémas, les salles de spectacle, les salles de sport, les spas, les bars et les casinos seront fermés à compter de ce mardi, a annoncé le ministre de la Santé, Christian Dubé. Les restaurants ne seront plus ouverts que de 5 h à 22 h, et le télétravail deviendra obligatoire.

Le ministre n’a par ailleurs pas exclu la possibilité de revoir la consigne permettant des rassemblements privés de dix personnes pendant les Fêtes. « Je ne pense pas qu’il y ait rien de bien définitif. On regarde ça au jour le jour », a déclaré M. Dubé à ce sujet. Il a dit attendre avec impatience — mais en sachant qu’elles « ne seront probablement pas encourageantes » — les prochaines prévisions des experts du gouvernement à propos du nombre de cas et d’hospitalisations.

En amont de son annonce, des parents d’élèves du primaire ont commencé à être avisés que les cours se termineraient dès mardi après-midi. Le ministre a plus tard précisé que le retour en classe avait été reporté au 10 janvier au primaire, comme au secondaire et dans les centres de formation professionnelle ou les écoles pour adultes.

Les écoles primaires demeureront néanmoins accessibles pour permettre la distribution des tests rapides et les opérations de vaccination. Seuls les étudiants en examen ou en stage pourront franchir les portes des universités ou des cégeps. Quant aux services de garde scolaires, ils restent en activité. La prise de rendez-vous pour une troisième dose est d’ailleurs ouverte aux éducatrices, comme aux premiers répondants et aux personnes proches aidantes.

Le Québec « à la guerre »

L’air fatigué, la voix éraillée, M. Dubé a comparé la situation actuelle à la guerre. « Chaque personne qui passe de dix à cinq contacts vient d’annuler 40 millions de contacts. […] Si vous pensez que vous pouvez, même pour Noël, limiter le nombre d’invités, je vous invite à le faire. Pour vous, pour vos proches et pour le réseau de santé, qui est très fragile en ce moment », a-t-il déclaré.

La limite de dix personnes imposée pour Noël est toujours là, « pour le moment », a-t-il aussi affirmé. Juste avant, l’élu a rappelé que le nombre dix était « un maximum », et non pas un objectif. « On comprend, vous avez le droit de rencontrer vos proches, ça fait longtemps. Mais ce qu’on dit, c’est qu’il y a d’autres mesures, en fonction de ce qu’on va apprendre [lundi] soir, qui pourraient changer », a-t-il prévenu.

Avec ces nouvelles mesures, Québec espère effectuer une « coupure », une « cassure » pour marquer la gravité de la situation. Dans les mots du ministre Dubé, la situation épidémiologique est « critique » et la transmission communautaire, « fulgurante ». 

Le bilan dévoilé lundi par le gouvernement fait d’ailleurs état de 4571 nouveaux cas, un chiffre sans précédent depuis le début de la crise. En date de dimanche, 397 Québécois étaient hospitalisés en raison de la COVID-19, dont 82 aux soins intensifs. La moitié des lits destinés aux « patients COVID » dans les hôpitaux sont désormais occupés, a souligné M. Dubé. Étant donné la force avec laquelle « le maudit variant » Omicron frappe, le ministre s’est résigné à remettre en branle les plans de délestage de certaines activités cliniques.

« La flambée des cas, elle est incroyable », s’est-il désolé. Il a justifié l’annonce de nouvelles mesures par « l’absentéisme des travailleurs de la santé ». Au total, ils seraient 4000 à ne pas être en mesure de travailler dans le réseau. Au plus fort de la crise, ce nombre était de 12 000, a rappelé le ministre.

Nouvelle approche de dépistage

M. Dubé a par ailleurs annoncé une nouvelle approche pour le dépistage des cas de COVID-19. « On a atteint nos capacités de dépistage avec l’approche actuelle », a-t-il déclaré. Au cours des derniers jours, 45 000 tests ont été effectués dans les centres de dépistage et, « malheureusement », cela constitue « notre capacité maximale », a-t-il ajouté.

Pas moins de 6 millions de tests rapides ont déjà été distribués au Québec et 4 millions d’autres ont été envoyés dans les pharmacies, où la distribution a commencé dans la cohue en matinée lundi. Vu la ruée, le ministre demande désormais aux Québécois d’attendre d’être symptomatiques avant de faire un autotest. Ces personnes « doivent ensuite s’isoler en attendant le résultat », a-t-il précisé. M. Dubé a aussi demandé aux parents dont les enfants ont reçu des tests de laisser la place aux autres, en priorité.

Dans le contexte actuel, les Québécois sont « inquiets » et « veulent se servir des tests, des centres de dépistage pour s’assurer qu’ils ne l’ont pas [la COVID-19], même s’ils ne sont pas symptomatiques, pour pouvoir aller dans un rassemblement ». Or, « on ne peut plus faire ça », a-t-il souligné. « C’est la situation nouvelle, incluant ce variant-là, qui nous fait faire ces ajustements-là. Pour moi, il y a un changement de paradigme qu’il faut avoir. »

L’ampleur que prend la pandémie fait aussi en sorte que « les équipes n’ont plus le temps de faire le traçage de tous les contacts », a reconnu M. Dubé. Pour cela, Québec demande donc désormais aux personnes se croyant infectées de se mettre en isolement et de communiquer elles-mêmes avec les personnes qu’elles auraient pu contaminer pour leur demander de faire de même.

Avec Alexandre Robillard et Étienne Paré

 

Les oppositions solidaires du gouvernement

Devant ce nouveau tour de vis du gouvernement, les partis d’opposition ont exprimé lundi leur volonté de contribuer à l’effort collectif pour vaincre la COVID-19. « […] Nous invitons tous les Québécois à respecter les nouvelles mesures sanitaires qui sont imposées aujourd’hui. Ce n’est qu’en unissant nos efforts que nous nous en sortirons », a réagi la cheffe libérale Dominique Anglade. Le député de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a demandé aux Québécois de « se relever les manches » afin de « lutter tous ensemble contre ce variant dangereux ». Il a cependant soumis une série de questions au gouvernement, notamment sur la ventilation et le dépistage chez les personnes asymptomatiques. « […] Je souhaite quand même à tous les Québécois du repos et du temps réconfortant. Surtout, vu la situation actuelle, prenons un petit moment pour appeler des personnes qui resteront seules », a déclaré de son côté le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon.


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