Les États-Unis divisés et sur le qui-vive

Dans une capitale assiégée, où les rues vides du centre-ville sont davantage peuplées de militaires que d’habitants, les États-Unis sont sur le point de vivre la manifestation la plus aboutie de la division qui gangrène leur peuple.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Dans une capitale assiégée, où les rues vides du centre-ville sont davantage peuplées de militaires que d’habitants, les États-Unis sont sur le point de vivre la manifestation la plus aboutie de la division qui gangrène leur peuple.

Les scènes sont irréelles. Dignes d’un pays en guerre. Mais cette fois, la menace vient de l’intérieur. Dans une capitale assiégée, où les rues vides du centre-ville sont davantage peuplées de militaires que d’habitants, les États-Unis sont sur le point de vivre la manifestation la plus aboutie de la division qui gangrène leur peuple.

Alors que le pays tout entier retiendra son souffle, Joe Biden jurera mercredi devant le président de la Cour suprême des États-Unis de défendre la Constitution américaine. Un moment censé être souligné dans la joie et les célébrations, mais qui gravera l’Histoire en raison du caractère inédit du dispositif de sécurité déployé pour assurer une transition « pacifique » du pouvoir.

 

« C’est un moment extrêmement triste de notre histoire, soulignait Mary Hastings-Moore, rencontrée dimanche sur la Pennsylvania Avenue, à mi-chemin entre la Maison-Blanche et le Capitole. On devra prendre le temps de bien réfléchir à ce qui s’est passé dans les quatre dernières années pour comprendre comment on en est arrivés là. »

Là, ce sont ces points de contrôle érigés dans une capitale occidentale. Ce sont ces militaires déployés en plus grand nombre qu’en Irak, en Afghanistan et en Syrie, combinés. Ce sont ces dizaines de millions d’Américains qui croient dur comme fer que l’élection a été volée.

Un événement pivot

« Je pense que ce sera un événement pivot de notre histoire, de l’assaut du Capitole jusqu’à l’intronisation », mentionne Meaghan Hoffman, interrompue dans son jogging matinal à l’intérieur de la zone sécurisée. « J’espère qu’on arrivera à se rassembler après ça. Qu’on retrouvera un espace où on pourra avoir des opinions différentes, mais où on pourra discuter. »

Mais même le souvenir de cette intronisation aux allures inédites sera dicté par le clivage qui taraude la société américaine, fait remarquer Kamie H. « Tout dépendra de l’endroit où les gens s’informeront. Tout penche désormais d’un côté ou de l’autre, il n’y a plus rien de nuancé », déplore la jeune femme.

« Les médias sociaux et la presse ont été complices de tout ça, pense Mary Hastings-Moore. Ils ont permis aux mensonges de Donald Trump de trouver une résonance. » Des mensonges qui ont désormais fait de la capitale américaine, haut lieu de pouvoir de la première démocratie au monde, une véritable forteresse. « Il ne faut pas oublier à quel point la démocratie peut être fragile », souffle la dame, qui dit néanmoins espérer que les Américains sauront se recentrer sur les valeurs qui leur sont propres.

Des valeurs dictées par un idéal de liberté et de souveraineté populaire qui a fait de cette république, promise à une destinée manifeste, une superpuissance admirée aux quatre coins du globe.

« Je crois fermement en la mission fondamentale des États-Unis. Je crois en la liberté, en la justice, aux droits de la personne. Et j’ai espoir qu’avec le temps, on va retrouver ces valeurs », dit-elle. Des valeurs qui définissent ce que sont les États-Unis, hier comme aujourd’hui.

« On est une terre d’accueil, une terre d’opportunités où on peut s’exprimer sans craindre pour notre sécurité », glisse Meaghan Hoffman, qui se dit toujours fière d’être Américaine au milieu de cette tempête.

« Être Américain, ça veut encore dire être au top du monde, affirme Joe Rodgers, à côté d’une pile de clôtures qui allaient servir à renforcer le dispositif de sécurité. Tout le monde nous regarde et tout le monde veut venir ici. On est le pays de la liberté. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat — Le Devoir.

Des militaires écartés

Douze soldats de la Garde nationale américaine ont été écartés du dispositif de sécurité de la cérémonie d’intronisation de Joe Biden dans le cadre d’une procédure de recherche d’éventuels liens avec des groupes extrémistes, a indiqué mardi le Pentagone. Sur les douze soldats écartés, deux l’ont été pour des « commentaires ou textes déplacés », a indiqué à la presse le commandant de la Garde nationale, le général Daniel Hokanson, en refusant de préciser la nature de ces commentaires. Ces vérifications ont été décidées après que des policiers et des militaires en civil ont participé au violent assaut contre le Capitole par des partisans du président sortant, Donald Trump, le 6 janvier. Les autorités redoutent une infiltration d’extrémistes au sein des forces chargées de sécuriser mercredi la prestation de serment du nouveau président des États-Unis. Les deux soldats dont les commentaires ont été jugés « déplacés » se trouvaient déjà à Washington quand ils ont été signalés au commandement de la Garde nationale, l’un par un supérieur hiérarchique et l’autre par une source anonyme, a précisé le général Hokanson. Ils ont été renvoyés chez eux. Dans le cas des 10 autres soldats écartés du dispositif de sécurité, la décision « n’a rien à voir avec les événements qui se déroulent au Capitole ni avec les inquiétudes de beaucoup de monde au sujet de l’extrémisme », a assuré le porte-parole du ministère de la Défense, Jonathan Hoffman, sans fournir plus de précisions.

Agence France-Presse