Le Canada rate «son retour» à l’ONU

Le Canada a subi un sérieux revers à l’ONU. Justin Trudeau a beau avoir clamé que le Canada était de retour sur la scène internationale il y a quatre ans, sa campagne pour décrocher un siège au Conseil de sécurité des Nations unies s’est soldée par un échec mercredi.

Il faut dire que la délégation canadienne avait tenté de baisser les attentes cette semaine, en notant que les courses à l’ONU étaient souvent serrées et que celle de cette année ne ferait pas exception. Mais il n’a même pas fallu plus d’un tour de scrutin pour que le Canada soit éliminé.

La Norvège et l’Irlande ont réussi à rallier les deux tiers des votes requis (soit 128 voix) pour décrocher les deux sièges non permanents réservés au « Groupe des pays d’Europe occidentale et autres ». La Norvège a récolté 130 votes, l’Irlande 128, et le Canada est arrivé troisième avec 108 appuis.

« Le résultat n’est pas celui que nous avions espéré, mais nous sommes fiers de la campagne que nous avons menée », a précisé le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, qui était à New York depuis samedi pour le dernier sprint de la campagne onusienne. Le premier ministre Trudeau enchaînait quant à lui depuis des semaines les appels avec les dirigeants étrangers. Tous ces efforts se sont avérés vains.

C’est la consécration sans surprise d’un vide qui dure depuis longtemps

Le ministre Champagne a refusé d’analyser à chaud la défaite canadienne. « Il y aura beaucoup de temps pour réfléchir aux leçons qu’on a apprises pendant cette campagne. »

Si l’équipe canadienne semblait étonnée du résultat, les experts, eux, l’étaient moins.

Christian Leuprecht, qui enseigne les relations internationales au Collège militaire royal, estime qu’Ottawa a « fait trop de promesses et on n’a pas livré la marchandise ». Ces promesses étaient en outre trop idéologiques et électoralistes, selon lui, en se fondant sur les valeurs du gouvernement — comme les changements climatiques ou l’égalité des genres — plutôt que de répondre aux besoins concrets des pays. « On est comme une sorte de version plus modeste des Américains. On tente de refaire le monde à notre image, au lieu de s’aligner avec les besoins de la planète. »

L’ambassadeur canadien aux Nations unies, Marc-André Blanchard, a contesté cette analyse, en rétorquant que les priorités canadiennes « ont trouvé écho » et que l’échec de la campagne « ne signifie pas que notre programme a été rejeté ».

Une réputation insuffisante

Or, les contributions timides du Canada à l’aide internationale et aux missions de paix de l’ONU (toutes deux en deçà de celles de ses rivales dans la course) ont été critiquées, tout comme l’appui du Canada à Israël jugé trop généreux par certains.

L’ancien ambassadeur Ferry de Kerckhove y voit les causes de la défaite du Canada. « C’est un camouflet assez brutal. Cela prouve que nous ne pouvons pas vivre sur notre seule réputation », tranche-t-il, en rappelant que le Canada s’est lancé dans la course des années après la Norvège et l’Irlande.

Le Canada a fait campagne en vantant cette réputation de négociateur international et ses relations au sein du G7, du G20, de la Francophonie et du Commonwealth. Cet héritage faisait du Canada le candidat idéal pour participer à la réforme des institutions multilatérales comme l’ONU, plaidaient les représentants canadiens.

On tente de refaire le monde à notre image, au lieu de s’aligner avec les besoins de la planète

Charles-Philippe David, de la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, déplore que le Canada n’ait pas mis de l’avant des initiatives qui lui auraient permis de se démarquer, comme la lutte contre l’apartheid de Brian Mulroney ou celle contre les mines antipersonnelles de Jean Chrétien. Le gouvernement Trudeau aurait dû selon lui dénoncer plus férocement la situation au Yémen par exemple. Mais il estime que l’élection de l’actuel président américain et sa relation difficile avec Ottawa ont monopolisé la politique étrangère du Canada.

C’est la deuxième fois en 75 ans que le Canada perd une élection au Conseil de sécurité de l’ONU. En 2010, sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, le Canada avait d’abord tenu bon après s’être classé troisième au premier tour, mais s’était finalement retiré de la course lorsque ses appuis ont fondu au deuxième tour. Christian Leuprecht s’étonne que le résultat soit encore pire cette fois-ci, alors que le gouvernement a mis tant d’efforts pour faire campagne.

L’ancien premier ministre Joe Clark, qui a prêté main-forte au gouvernement, s’est avoué « un peu surpris » de la défaite. « Mais il ne serait pas juste de dire que notre candidature a été rejetée. Je crois que nous étions dans une course à trois très serrée et nous sommes arrivés troisième. Ça arrive. »

Pas assez d’amis

L’ancien ambassadeur en Chine, Guy Saint-Jacques, estime que le Canada a souffert de ses mauvaises relations avec certaines superpuissances. « La Chine ne nous aime pas et voulait s’assurer qu’on ne gagne pas », rapporte-t-il. Ce qui pourrait avoir privé le Canada d’une cinquantaine de votes de la part de pays où la Chine a de l’influence, notamment en Afrique. L’Inde n’a pas non plus le Canada en haute estime, tout comme la Russie qui lui en veut de défendre la souveraineté de l’Ukraine.

Christian Leuprecht ajoute que l’Union européenne a assurément appuyé ses propres pays membres. « Si on n’a pas nos alliés traditionnels en Europe et si en plus on a un pays comme la Chine qui fait du lobby contre nous, les circonstances sur le terrain ne sont pas très favorables. »

Je crois que nous étions dans une course à trois très serrée et nous sommes arrivés troisième. Ça arrive.

Le ministre Champagne s’est dit ouvert à faire un « post-mortem » et à revoir les priorités de politique étrangère du Canada, après ce second revers onusien. Mais il a défendu une fois de plus du même souffle la réputation du Canada dans le monde et son rôle au sein d’organisations internationales.

Pour Guy Saint-Jacques, cette défaite illustre plutôt les limites de la « diplomatie spectacle » du gouvernement Trudeau.

Le Canada n’a pas siégé au Conseil de sécurité de l’ONU depuis son dernier mandat en 1999-2000. Le pays s’y était auparavant fait élire régulièrement tous les dix ans.

« C’est la consécration sans surprise d’un vide qui dure depuis longtemps, commente Charles-Philippe David. Il n’est pas le seul fait de Justin Trudeau. Mais on s’attendait à plus quand il a dit que le Canada serait de retour. Il est où le retour ? »

M. David est d’avis que le Canada devrait tirer leçon de cet échec et ne plus tenter sa chance aux élections au Conseil de sécurité. « Si on n’est plus le digne représentant de Lester B. Pearson, quel est notre droit d’être au conseil de sécurité exactement ? »

Avec Hélène Buzzetti

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18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 18 juin 2020 01 h 44

    Les belles paroles ne suffirent pas!

    Monsieur Trudeau pense que les gens sont dupes. Il pense qu'il peut continuer de parler des deux côtés de la bouche sans problème. Il dit tous ce que l'on veut entendre, mais les belles paroles ne suffissent pas. En matière de l'environnement, Trudeau veut réduire nos effets de serre, mais il continue de subventionner les énergies fossiles.
    En matière de relations internationales, il suit aveuglément la politique toxique de Trump. Il croit à la justice sociale, sans pour autant dénoncer la politique colonialiste de l'État d'Israël envers les Palestiniens. On dit en anglais "The path to hell is paved with good intentions," c'est-à-dire: «le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions»!

    • Bernard Plante - Abonné 18 juin 2020 07 h 49

      Trudeau verse des larmes en parlant du sort réservé aux Autochtones, mais ne change en rien l'infecte Loi sur les Indiens et travaille de concert avec les compagnies pétrolières pour faire progresser les projets de pipelines contre leur volonté. Il se proclame vert mais dirige un État pétrolier.

      Les membres de l'ONU ont simplement compris qu'entre ce que dit le Canada et ce qu'il fait il y a un monde. Un monde dont on ne fait plus partie.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 18 juin 2020 08 h 48

      @ Alexan
      D'accord avec vous sur le fait que la complicité du Canada avec les ÉUA sur plusieurs dossiers n'aide pas sa cause. Bien au contraire.

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 18 juin 2020 04 h 06

    De nombreux groupes de la société civile souhaitaient cette défaite

    Notamment en raison de l'alignement inconditionnel du Canada en faveur de la politique d'Israel contre le peuple palestinien, de nombreux groupes de la société civile souhaitaient cette défaite. Les millions de costumes du saltinbanque hurluberlu qui dirige de ce pays n'ont rien pu y faire. Les membres de la communauté internationale ont plus de bon sens que les électeurs canadiens.

    • William Dufort - Abonné 18 juin 2020 08 h 09

      Vous avez raison, M. Aubé.

      Depuis l'avénement du gouvernement Harper, l'appui du Canada à Israel est devenu inconditionnel au point où les exactions commises contre les Palestiniens ne sont plus dénoncées, même timidement. Le gouvernement Trudeau n'a rien fait pour corriger cette bévue.

  • Marcus Marchoix - Inscrit 18 juin 2020 05 h 54

    Meng Wanzhou prisonnière

    Bizarre que dans les commentaires et sur les causes de l'exclusion du Canada des grands pays (ONU) vous ne mentionnez pas madame : Meng Wanzhou , qui est scandaleusement et quasiment en prison au Canada parce que les USA l'ont demandé ! quand le Canada ne sera plus à la botte des USA ce sera un grand pays !!

    • Gilles Théberge - Abonné 18 juin 2020 11 h 30

      Le nain Canada ne pourra jamais ne pas être à la botte du géant USA.

  • Marcus Marchoix - Inscrit 18 juin 2020 06 h 04

    Meng Wanzhou en prison au Canada et l'ONU

    Si cette dame n'était pas en prison (ou presque) au CANADA , la Chine n'aurait pas fait pression pour exclure le Canada de l'ONU , tant que le Canada sera à la botte des USA en enfermant la dirigeante d'une des plus grande compagnie mondiale , il ne sera pas crédible .
    La prochaine fois que Bill Gates , ou Google ou Bezos viennent en Europe , nous les mettrons en prison , pour captage de données !

  • Bernard LEIFFET - Abonné 18 juin 2020 08 h 05

    Le Dominion (le Canada) n'est qu'un grand territoire pas assez peuplé pour avoir du poids sur le plan international.

    Dire que la Chine, l'Inde et la Russie n'aiment pas le Canada est un point acquis. Cependant, à la force de tenter de jouer sur tous les tableaux on ne peut que faire des mécontentents. Faire de la figuration chaque jour à la TV pour apparaître le défenseur du Dominion n'apporte pas grand chose ailleurs. Le PM J. Trudeau ne devrait pas oublier que l'harmonie dans son pays n'est guère mieux que ce qui se passe en Russie. Qu'un peuple (Ukraine) veuille garder son indépendance après l'avoir eu non sans mal a de quoi faire rélléchir bien des québécois qui ont connu l'ère de P.E. Trudeau et de Jean Chrétien!
    Sur le plan de la défense le matériel militaire, sur terre, sur mer et aérien n'est pas éloquent! Il est plus facile d'encourager Israël que de défendre la Palestine meurtrie sur son propre territoire! Bref, la voie de la facilité et du moindre engagement à défendre les plus opprimés! Et puis comme modèle pour l'Environnement, on repassera!