Le PQ cherche encore sa position sur le ​racisme systémique

Le chef parlementaire péquiste, Pascal Bérubé
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef parlementaire péquiste, Pascal Bérubé

La reconnaissance du racisme systémique fait débat au sein du Parti québécois, qui n’a toujours pas de position officielle sur la question.

« C’est un enjeu de course à la chefferie », a répondu la députée Véronique Hivon lorsque les journalistes l’ont interrogée mercredi sur la présence de racisme systémique au Québec.

« Vous allez comprendre que les gens qui sont neutres dans la course à la chefferie ne se prononcent pas sur cet enjeu-là en ce moment. C’est bien plate, je le sais, mais c’est ça », a-t-elle ajouté.

Le PQ n’a pas de position officielle sur la présence de racisme systémique au Québec, a indiqué l’élue. « L’expression, ce n’est pas dans le programme, il n’y a pas eu de débat là-dessus [dans le passé] », a-t-elle dit.

Son confrère Martin Ouellet s’est, lui, drapé de son titre de leader parlementaire pour refuser de se prononcer sur l’existence de racisme systémique au Québec. « Comme officier, j’ai un devoir de réserve de ne pas interférer dans la course », a-t-il répété. « Tu peux me la poser trois fois, quatre fois [ta question], je vais te répondre la même chose. »

Le chef parlementaire, Pascal Bérubé, n’a pourtant pas pris de détours la semaine dernière pour dire ce qu’il en pensait. « Est-ce qu’il y a du racisme au Québec ? Oui. Est-ce qu’il y a des actes racistes au Québec ? Oui. Est-ce qu’ils méritent d’être combattus, dénoncés, jugés, condamnés ? Oui. Est-ce qu’il y a du racisme systémique au Québec ? Je n’y crois pas », a-t-il statué.

 

Le candidat à la chefferie Sylvain Gaudreault a, de son côté, dit souscrire à la définition du racisme systémique de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Cette dernière le définit comme étant « la somme d’effets d’exclusion disproportionnés qui résultent de l’effet conjugué d’attitudes empreintes de préjugés et de stéréotypes, souvent inconscients, et de politiques et pratiques généralement adoptées sans tenir compte des caractéristiques des membres de groupes visés par l’interdiction de la discrimination ».

Le candidat Paul St-Pierre Plamondon a quant à lui fait savoir sur Twitter qu’il juge la lutte au racisme « très importante », mais que la « théorie du racisme systémique ouvre la porte à [des] dérapages ». Il réagissait aux propos du chef néodémocrate Jagmeet Singh, qui a associé au racisme systémique la chasse aux fraudeurs de la Prestation canadienne d’urgence.

« On est rendus » ailleurs, selon Anglade

La chef du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, croit quant à elle qu’il vaut « toujours mieux » trancher le débat sémantique sur l’existence de racisme systémique au Québec. Or « le plus important » demeure, selon elle, le déploiement d’un « plan d’action » pour lutter contre le racisme.

À son avis, nul besoin cependant de mener une commission sur la discrimination et le racisme systémique — une idée avec laquelle le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait flirté.

« Maintenant, on est rendus ailleurs », a statué la chef libérale. « Il faut pousser davantage avec un plan d’action, avec des mesures. » Mme Anglade a insisté sur l’importance de poser des « gestes très concrets », comme « des mesures sur le profilage racial » ou « le travail avec les CV ».

Elle a préféré laisser aux experts le soin de se prononcer sur les propositions de « définancement » des services policiers, préférant miser sur « l’évidence » d’investir dans les programmes sociaux. « Je n’aime pas répondre à ces questions quand je n’ai pas toutes les données en main. Mais formation, encadrement, sensibilisation dans le milieu de travail, toute la question de l’emploi, c’est évident qu’il y a un travail à faire et c’est évident que ça va requérir de l’argent supplémentaire », a-t-elle affirmé.

Pour QS, les mots permettent d’agir

Le député de Québec solidaire Sol Zanetti a quant à lui dit croire qu’au-delà du débat sémantique, la reconnaissance du racisme systémique « donnerait confiance aux gens qui subissent ce racisme-là que, vraiment, on va faire quelque chose en profondeur ».

Une commission sur la question pourrait « aider à faire cheminer le concept et à documenter pour avoir des meilleures politiques publiques », a-t-il affirmé.

« Je pense qu’un des problèmes dans les réticences du premier ministre, c’est qu’il fait comme si on s’attaquait au Québec quand on parlait de ça », a-t-il ajouté.

« Mais ce qui nous définit, ce n’est pas : est-ce qu’il y a du racisme systémique ici ? C’est comment on y fait face. Est-ce qu’on se met la tête dans le sable, nous, ou est-ce qu’on lutte contre ça de façon assumée ? C’est ça qui nous définit. »

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