«J’ai commis une erreur»

Nous ne pouvons passer sous silence les omissions qui ont été commises en cette page dans l’édition du samedi 1er juillet. Pour écrire un texte intitulé « Remuer le fer dans la plaie » et portant sur les célébrations entourant le 150e anniversaire de fondation du Canada, le député néodémocrate Roméo Saganash a puisé dans des écrits rédigés par deux étudiants sans toutefois leur en attribuer le crédit, ce qui est bien sûr contraire aux règles éthiques les plus élémentaires.

Les auteurs visés sont Eric Ritskes, étudiant au doctorat à l’Université de Toronto, et Erica Violet Lee, étudiante, militante autochtone et animatrice communautaire.

Dans une déclaration acheminée mardi au Devoir, M. Saganash reconnaît le plagiat et s’en excuse. Nous reproduisons ici l’intégralité de la missive du député d’Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou, envoyée également au Globe and Mail, qui a aussi publié le 1er juillet dernier la version anglophone de la lettre.

« En rédigeant ma lettre sur mes réflexions par rapport à Canada 150, j’ai commis une erreur en ne donnant pas le mérite approprié à des personnes ayant exprimé des idées qui se trouvaient dans mon texte. J’assume l’entière responsabilité de cette omission, et j’ai déjà fait des gestes pour y remédier. Une importante leçon devrait être tirée de cette situation. Nous devrions tous faire tous les efforts possibles pour nous assurer que nous donnons la pleine reconnaissance à ceux et celles qui nous fournissent des idées. Pendant trop longtemps, les Autochtones ont été privés de voix, et par conséquent j’offre mes excuses aux auteurs pour avoir failli à leur donner le mérite auquel ils avaient droit. »

La lettre d’opinion fautive fut rédigée en anglais à l’origine. Nous reproduisons ici l’extrait publié en français dans Le Devoir suivi du passage duquel il fut tiré, en anglais.

« Que veut dire être en sécurité et libre dans le contexte d’un État colonial qui célèbre son sesquicentenaire ? Aujourd’hui, on voit partout les lignes de front du combat des Autochtones : qu’il s’agisse des prairies, de la forêt boréale, des rivières, des rues dans les villes, des salles de classe ou des édifices du Parlement. Dans un monde où notre simple existence est un crime et notre présence une provocation, nous, les Autochtones, sommes forcés de vivre chaque jour de notre vie dans le monde que les colonisateurs ont créé. »

Dans une conférence prononcée en mars 2017 à l’Université Carleton lors du congrès « Reckoning with Canada at 150 : Critical Perspectives and Indigenal Sovereignties », Erica Violet Lee écrivait : « What does it mean to be safe and free in the context of a colonial state ? The frontlines of Indigenous struggle are everywhere, now : from the prairies and rivers to city streets, and in classrooms. In a world where our movement is criminalized and our presence is resistance, Indigenous curiosity is radical vulnerability, memory, and futurism. Travelling toward an Indigenous feminist conception of freedom, we reclaim our homes in the world. »

Le second passage visé est le suivant : « Le colonialisme exige la disparition des Autochtones pour ensuite revendiquer leurs territoires ; il s’agit là de la substitution symbolique et réelle des colonisateurs, qui tentent de s’approprier les biens d’autrui, aux Autochtones. »

Dans un texte publié le 25 février 2013 sur le site New Left Project sous le titre « This Is the Way of the Ancestors : Idle No More and Indigenous Resistance », Éric Ritskes, alors étudiant au doctorat à l’Université de Toronto, écrivait : « Settler colonialism demands Indigenous erasure for the purpose of claiming Indigenous land, it is the symbolic and real replacement of Indigenous Peoples with settlers who attempt to claim belonging. »

1 commentaire
  • Yves Gingras - Abonné 5 juillet 2017 10 h 52

    Ne pas faire la morale aux autres...

    Il est curieux que dans ses excuses le député passe du "je" au "nous" et considère qu'une "importante leçon devrait être tirée de cette situation". Et il se met alors à vouloir moraliser toute la population comme si le problème n'était pas simplement le sien: "Nous devrions tous faire tous les efforts possibles pour nous assurer que nous donnons la pleine reconnaissance à ceux et celles qui nous fournissent des idées." Le plagiat (car c'est de cela qu'il s'agit derrière les euphémismes d'avocat...) est pourtant le sien seulement et il serait plus décent de l'assumer pleinement au lieu de vouloir faire la morale aux autres en disant que "nous" devrions donner la "pleine reconnaissance à ceux et celles qui nous fournissent des idées". Aussi, il est particulièrement maladroit d'écrire qu parce que "les Autochtones ont été privés de voix" il offre "par conséquent" ses "excuses aux auteurs". Cette formulation laisse-t-elle entendre que si le plagiat avait été fait sur des personnes non privées de voix, des excuses n'auraient, "par conséquent", pas été nécessaires?

    En somme, le député aurait du réfléchir encore plus longuement aux conséquences de son geste avant de rédiger sa lettre d'excuse...