Éric Duhaime, le mouton bleu foncé

«La venue d’Éric Duhaime fait donc oeuvre d’un vent de fraîcheur pour les électeurs et les électrices qui se sentent oubliés dans la conjoncture politique actuelle», estime l’auteur. 
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «La venue d’Éric Duhaime fait donc oeuvre d’un vent de fraîcheur pour les électeurs et les électrices qui se sentent oubliés dans la conjoncture politique actuelle», estime l’auteur. 

La campagne électorale provinciale actuelle met en relief le décadrage progressif du spectre politique actuel vers un socialisme de plus en plus décomplexé. Le fait qu’Éric Duhaime et son Parti conservateur du Québec (PCQ) soient perçus comme les éléphants dans la pièce par la gente politicienne de 2022 nous amène donc inévitablement à nous poser la question suivante : « Quand le pendule est-il donc resté coincé du côté gauche du métronome idéologique québécois ? »

S’il est vrai qu’Éric Duhaime a fortement profité des restrictions sanitaires pour mobiliser et solidifier ses appuis, force est d’admettre que son parti véhicule des idées qui, jusqu’à tout récemment, étaient ignorées par la plupart des formations politiques de l’échiquier actuel. Dans le décor de l’unanimisme éhonté que partagent les quatre autres partis, Éric Duhaime fait oeuvre de véritable mouton noir, mettant en avant des idées rejetées par les vieilles formations. L’exploitation pétrolière, l’avènement d’une saine concurrence entre les secteurs privé et public en santé et un allégement fiscal significatif sont quelques-unes des propositions prédominantes qui, à l’évidence, détonnent considérablement dans le discours ambiant.

Il fut une époque où le premier ministre sortant affectionnait pourtant bien ces idéaux, poussant même l’audace jusqu’à écrire un livre autour de son Projet Saint-Laurent en vantant ouvertement l’exploitation pétrolière. C’est aussi à cette époque que François Legault défendait fermement la nécessité d’une épuration au sein de la fonction publique québécoise — en très grande partie par attrition. L’idée a été récupérée aujourd’hui par M. Duhaime.

Nous pouvons aussi parler longuement de la volte-face idéologique du Parti québécois, qui, il y a moins d’une décennie, prônait ouvertement l’exploration du potentiel pétrolier sur l’île d’Anticosti. Ce même parti, autrefois reconnu et promu comme une coalition de souverainistes de tous horizons, a donc emboîté le pas vers un virage à gauche assumé et dévoilé. Nous pouvons dire de même de la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, qui fut jadis présidente de la Coalition avenir Québec, alors que le parti en était encore au stade embryonnaire et qu’il assumait alors l’essence des idéaux nouvellement reniés par M. Legault.

Il serait bien naïf de ne pas corréler, et même de ne pas expliquer ce soudain virage à gauche de la politique québécoise par la montée en popularité de Québec solidaire, officiellement catapulté à l’Assemblée nationale du Québec en 2008. Ce parti gagna rapidement en popularité, au point qu’il risque fort bien de se hisser au statut d’opposition officielle à la suite du scrutin du 3 octobre prochain.

Or, la suite est fascinante. Plutôt que d’assumer la nature historique intégrale de leur parti respectif, ses adversaires choisirent d’ajouter une quantité impressionnante d’eau dans leur vin, si bien que les mixtures proposées par la CAQ, le PLQ et le PQ ont maintenant toutes le même arrière-goût : une volonté ardente de se conformer davantage au discours imposé par QS.

La venue d’Éric Duhaime a donc l’effet d’un vent de fraîcheur pour les électeurs et les électrices qui se sentent oubliés dans la conjoncture politique. Il serait bien réducteur d’associer la croissance historique du PCQ à un simple mouvement de contestation populaire face à des mesures sanitaires trop musclées. Ce parti incarne des idéaux trop souvent ignorés depuis la disparition de la défunte ADQ.

Qu’à cela ne tienne, de grandes franges de la population semblent plutôt effrayées par l’avènement d’un parti aux idéaux différents. On refuse de voir dans l’exercice sain d’un clash idéologique entre les idées conservatrices et socialistes l’occasion de réévaluer la pertinence du modèle étatique prôné depuis des décennies, selon les enjeux et les réalités d’aujourd’hui.

Cela amène inévitablement à une autre question : quand les débats sont-ils donc devenus tabous dans la Belle Province ?

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