L’après, c’est maintenant

«Dès le début de la pandémie, le télétravail et la flexibilité ont été la bouée de sauvetage qui a permis à la collectivité de fonctionner», écrit l'autrice.
Photo: Miodrag Ignjatovic Getty Images «Dès le début de la pandémie, le télétravail et la flexibilité ont été la bouée de sauvetage qui a permis à la collectivité de fonctionner», écrit l'autrice.

Comment se sentir devant le retour au travail en présentiel ? Tant d’articles en vantent les avantages que je me demande ce qui modère mon enthousiasme. Est-ce parce que je suis déshabituée des contacts humains, comme l’avancent certains experts ?

Il serait aussi facile d’attribuer ma réaction au simple fait que je crains de perdre du confort personnel. Il est vrai qu’il est difficile d’être réjoui à l’idée de retrouver les irritants qui composaient le quotidien avant la COVID-19 : perdre du temps dans les transports et en subir les inconforts, ou encore devoir jouer à l’équilibriste sur le fil de l’accommodement de la vie de famille avec le travail.

L’enthousiasme de certains collègues devant le retour en présentiel me force cependant à me demander ce qui me dérange vraiment. Rétrospectivement, mon bilan des 18 derniers mois est bien plus positif que négatif pour ma famille et moi.

J’ose affirmer aussi que mon employeur a bénéficié de l’employée épanouie que j’ai été. Il est vrai aussi que ma réalité n’a pas été la même que celle de la personne d’à côté, tout comme il est vrai que le télétravail ne convient pas à tous ni à toutes les tâches. Seulement, comment savoir ce qui fonctionne ou non, sur quoi bâtir et quoi laisser derrière nous, si ce n’est pas documenté ? Il est là, le chaînon manquant du retour au présentiel.

Dès le début de la pandémie, le télétravail et la flexibilité ont été la bouée de sauvetage qui a permis à la collectivité de fonctionner. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir ce que ça apporte, mais bien ce que ça va coûter de ne plus l’avoir. Même si le télétravail est encore vu comme un cadeau fait aux employés, il faut souligner qu’ils sont bien rares les cadeaux dont le retour sur investissement est aussi intéressant pour celui qui l’offre (rétention, attractivité et efficience).

Ainsi, le retirer sans explication raisonnable s’apparente à une punition arbitraire. À ce jour, qui a vu des résultats d’enquêtes objectives qui viennent ancrer dans du concret le souhait tenace du « tous au bureau » et qui démontrent l’échec du télétravail ? Il est d’ailleurs frappant de constater l’absence de cohérence entre le fait de défendre le présentiel pour favoriser, entre autres, les interactions sociales (pas toujours très productives), alors que l’argument contre le télétravail est justement la peur que les employés ne travaillent pas !

La volonté de retourner à un avant-COVID est si forte qu’elle fait oublier d’analyser la situation avant de proposer des actions qui permettront un renouveau vraiment gagnant. Les personnes en position d’autorité ne sont pas avares de positivisme ni de discours prônant une gestion humaine et bienveillante, mais elles oublient de dialoguer avec tous les acteurs et de simplement leur demander comment ça s’est passé pour eux durant la pandémie.

Pourtant, il est normal que les gens s’attendent à être questionnés et entendus : ne savent-ils pas ce qui a fonctionné ? Au lieu de nous inclure dans les réflexions, on nous vend de l’émotion, on nous étourdit d’initiatives pour faire retourner dans les bureaux les travailleurs-consommateurs et vivre « comme avant ». Il est d’ailleurs légitime de se demander où est l’innovation lorsqu’on fait le choix de passer à côté d’un potentiel de gain de productivité et de mieux-être des employés. Les solutions pour demain qui nous sont proposées manquent tellement d’audace : pourquoi se contenter de réchauffé périmé ?

Les dirigeants et les chambres de commerce aiment dire que nous sommes une société innovante. Pourtant, l’état d’esprit propice à l’innovation ne se forge pas dans des pratiques de gestion aujourd’hui caduques. Embrassons le changement et bienvenue en 2021 !

À voir en vidéo