La DPJ et les bons services au bon moment

«La prévention et le dépistage sont des éléments essentiels pour soutenir les enfants et les parents», écrit l'auteur.
Photo: iStock «La prévention et le dépistage sont des éléments essentiels pour soutenir les enfants et les parents», écrit l'auteur.

Je veux d’abord remercier M. David Bournival d’avoir pris le temps de s’exprimer sur un sujet qui lui tient manifestement autant à cœur qu’à moi : le bien-être de nos enfants (« DPJ : le paquebot à la dérive », Le Devoir, 4 septembre 2021).

Je sais à quel point le quotidien des intervenants en protection de la jeunesse est difficile. Cet été, j’ai eu la chance d’en rencontrer des dizaines un peu partout au Québec. Les échanges que nous avons eus ont été fructueux et constructifs pour l’avenir.

Le travail a d’ailleurs commencé dès notre arrivée au gouvernement. Dans notre premier budget, en 2019, du soutien clinique a été ajouté afin de mieux appuyer les nouveaux intervenants dans leurs décisions au quotidien. L’année suivante, nous avons ajouté des postes dans tous les secteurs de la DPJ, des services juridiques jusqu’au soutien des familles d’accueil.

Mais malgré cela, il nous reste du chemin à faire. Et ce chemin passe par un profond changement de culture.

La prévention et le dépistage sont des éléments essentiels pour soutenir les enfants et les parents. C’est dans cet esprit que nous avons instauré le programme Agir tôt, qui permet d’intervenir plus précocement auprès des enfants ayant un retard de développement. C’est plus de 650 intervenants 0-5 ans, dont plus de 140 orthophonistes, que nous avons ajoutés au réseau.

Lorsque j’ai dévoilé ce nouveau programme, je me suis aperçu qu’il n’existait pas de services précis pour les enfants de 0 à 5 ans dans nos régions éloignées. Quand un enfant avait besoin de soins, il fallait donc presque toujours passer par la DPJ. Quand on dit qu’il faut intervenir en amont, investir en prévention pour éviter que les enfants se retrouvent à la DPJ, c’est exactement l’objectif du programme Agir tôt.

Un autre programme peu connu, Négligence, sera aussi rehaussé pour les enfants qui ne semblent pas recevoir les soins appropriés de leurs parents. Je crois sincèrement que ces deux programmes devraient permettre d’orienter tous les enfants en situation de négligence éducative ou psychosociale vers des services de première ligne avant d’avoir à impliquer la DPJ.

Abordons maintenant les situations de crise. Encore une fois, dans ces cas, on a le réflexe d’appeler la DPJ. Pourtant, il existe un programme extrêmement efficace qui répond aux situations de crise de nos enfants et adolescents dans les délais requis. Je parle notamment de CAFE (Crise ado famille enfant).

Malheureusement, les coupes budgétaires qui ont précédé notre arrivée au gouvernement ont malmené ces programmes. Nous avons donc réinvesti. Dans la région de la Montérégie, ce rehaussement a permis d’éviter un potentiel de 800 signalements entre le 1er avril et le 1er août 2021. Il faut maintenant s’assurer que tout le monde utilise ce service plutôt que d’appeler la DPJ lors d’une situation urgente.

Un autre changement majeur que nous souhaitons réaliser est d’offrir plus de services directs à nos enfants les plus vulnérables. Plusieurs programmes mis en place dans les 30 dernières années ne se rendent pas aux personnes vulnérables qui en ont le plus besoin. Nous devons aller à la rencontre de ces familles pour aider les enfants et soutenir leur entourage. Nous travaillons présentement à mieux outiller les intervenants afin qu’ils aient accès à ces milieux de vie.

Nous voulons aussi améliorer la collaboration entre les services jeunesse et le ministère de l’Éducation. Dès cet automne, des intervenants en dépendance seront déployés dans les écoles secondaires, ainsi que des intervenants en santé mentale dans les écoles primaires et secondaires, partout au Québec. Ces équipes vont offrir du soutien au personnel des écoles pour le repérage, la gestion et l’orientation de nos enfants vers le réseau de la santé.

La prévention reste le levier le plus efficace pour réduire la pression sur les intervenants sociaux en protection de la jeunesse. La réalité est que 60 % des signalements à la DPJ ne sont pas retenus. En réduisant le nombre de ces signalements, nous pourrions libérer les employés occupés à les évaluer et ainsi consacrer beaucoup plus de ressources aux enfants et aux familles qui en ont vraiment besoin. Après quatre décennies, il est grand temps que les enfants soient orientés vers les bons services au bon moment.

Je suis convaincu qu’avec des intervenants dont le rôle est mieux valorisé, une mission recentrée sur le bien-être de l’enfant et une première ligne forte qui offrira plus de services en amont de la DPJ, nous pouvons redresser la situation. Nous pouvons et nous devons en faire plus pour le bien-être de nos enfants.

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