Nominations partisanes: plus ça change…

«Au Québec, ce procédé de
nomination dommageable et condamnable
relève d’une tradition
bien établie de copinage et de patronage», affirme l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Au Québec, ce procédé de nomination dommageable et condamnable relève d’une tradition bien établie de copinage et de patronage», affirme l'auteur.

On se doit de le dire : la nomination de l’ancienne « ex-clubeuse » Marie Grégoire au poste de directrice de BAnQ n’est que la dernière d’une longue série de nominations pour le moins douteuses où on tente chaque fois, tous partis confondus, de faire avaler la même vieille couleuvre : après une recherche de candidatures bidon, le comité de sélection nous apprend — ô surprise ! — que le candidat retenu — et soi-disant le plus qualifié — est un habitué de longue date des coulisses de la scène politique et ne possède pas vraiment le profil rêvé pour occuper le poste en question.

Il semble que le fait d’être connu du pouvoir constitue un atout qui prime largement toute expérience pertinente ou diplôme universitaire. À ce jeu hautement partisan, la notoriété et une fidélité sans failles battent la compétence et l’expérience à plate couture. On verra donc d’anciens députés, ministres ou employés politiques dûment pistonnés atterrir comme des ovnis dans des postes stratégiques dont, au départ, ils ignorent à peu près tout.

Soyons clairs : je n’ai rien a priori contre Mme Grégoire, que je trouve au demeurant plutôt sympathique. Sa notoriété est bien établie et sa feuille de route est impressionnante. Le seul problème, toutefois, est que cette dernière n’a aucune pertinence avec le poste convoité et que rien, dans sa formation universitaire, ne la prédestine à ce type d’emploi. Les gens du milieu se sont d’ailleurs faits fort de relever l’incongruité de sa nomination en soulignant ce point crucial.

On prétendra bien sûr qu’une personne de son calibre va apprendre « sur le tas » et saura vite tirer les marrons du feu. Cette attitude de matamore trahit en fait une méconnaissance profonde de la tâche à accomplir et sous-estime grandement la nature des nombreux défis auxquels on devra faire face.

Dans ce genre de formation « à chaud », on apprend surtout des erreurs qu’on ne manquera pas de commettre ; il s’agit maintenant de savoir quel tribut plus ou moins lourd devra être payé à terme pour réparer les dégâts qui vont survenir. Ces derniers risquent d’être sévères et de compromettre au final l’institution qu’on croit ainsi servir.

Au Québec, ce procédé de nomination dommageable et condamnable relève d’une tradition bien établie de copinage et de patronage. On est en droit de se demander comment un comité de sélection prétendument neutre peut arriver à faire des recommandations qui tiennent si peu compte de l’expérience pertinente et du profil universitaire des divers candidats.

Comment quelqu’un qui n’a pas au départ la formation minimale requise pour occuper un poste stratégique peut-il croire un seul instant que sa candidature sera vue comme sérieuse ? À moins, bien sûr, que cette personne n’ait été approchée au préalable et ses démarches, encouragées en sous-main par des gens bien placés pouvant influer efficacement sur le processus de sélection.

C’est sans compter également le souverain mépris dans lequel les gouvernants et leurs mandarins dociles tiennent la formation universitaire. D’une part, on prétend encourager les étudiants à faire des maîtrises et des doctorats susceptibles de les qualifier pour des postes de pointe, mais quand vient le temps de pourvoir ces derniers, on leur fait savoir par la bande qu’on va possiblement leur préférer un candidat parachuté notoire sans qualités particulières, venu de nulle part.

Le gouvernement actuel avait promis de mettre fin aux nominations partisanes. À la lumière de ce qui vient de se produire, on est en droit maintenant d’être déçu et de douter sérieusement de sa parole.

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