Raymond Brousseau au pays des chamans

«L’ami Brousseau avait aussi rêvé de faire connaître l’œuvre de Manasie Akpaliapik (né en 1955 sur l’île de Baffin), un artiste inuit admiré et qu’il considérait comme le plus grand», écrit l'auteur.
Photo: Idra Labrie MNBAQ «L’ami Brousseau avait aussi rêvé de faire connaître l’œuvre de Manasie Akpaliapik (né en 1955 sur l’île de Baffin), un artiste inuit admiré et qu’il considérait comme le plus grand», écrit l'auteur.

Raymond Brousseau (1938-2021) n’est plus. Il aura été un peintre et un sculpteur dont plusieurs spécialistes soulignèrent l’originalité, un praticien atypique du cinéma expérimental à l’ONF, un marchand d’art et d’antiquités qui avait l’œil, un multigaleriste et un collectionneur aussi polyvalent que visionnaire.

J’ai commencé à connaître Raymond Brousseau en 1978 à titre de consultant pour son dernier film, un moyen métrage consacré au fameux peintre et collectionneur québécois Joseph Légaré (1795-1855) dont la critique allait saluer la qualité documentaire et la beauté des images de la ville de Québec. Raymond sera depuis lors devenu un ami précieux.

Chevalier de l’Ordre national du Québec, chevalier de l’Ordre du Mérite de la République française et membre de l’Académie des Grands Québécois, il aura été le directeur fondateur du premier musée d’art inuit privé au Canada et aura contribué à faire découvrir aussi bien au pays qu’à l’étranger un art à part entière qu’on avait trop longtemps négligé.

À elle seule, son exposition Inuit. Quand la parole prend forme — présentée notamment au Musée de l’homme à Paris à compter de décembre 2004 à la suite d’une invitation personnelle du président Jacques Chirac —, fera l’objet d’une impressionnante couverture médiatique. Les communautés inuites du Grand Nord canadien lui auront souvent exprimé leur gratitude pour la profondeur et la constance de son engagement.

En 2005, Raymond Brousseau fait don de la moitié de ses collections d’art inuit à l’État québécois à l’occasion de ce qui constitue alors la plus importante acquisition de l’histoire du Musée national des beaux-arts du Québec : 2635 œuvres et objets d’art qui feront instantanément de l’institution la dépositaire de la quatrième plus importante collection de cette nature au Canada !

Dix ans après une première présentation permanente signée par la designer Lyse Burgoyne-Brousseau, une nouvelle sélection d’œuvres tirées de la riche Collection Brousseau du Musée sera installée à l’étage supérieur du pavillon Pierre Lassonde inauguré en 2016, suscitant aussitôt l’admiration unanime de visiteurs venus de partout dans le monde.

L’ami Brousseau avait aussi rêvé de faire connaître l’œuvre de Manasie Akpaliapik (né en 1955 sur l’île de Baffin), un artiste inuit admiré et qu’il considérait comme le plus grand. Il l’avait découvert en 1998 et il avait depuis lors rassemblé pas moins de 37 pièces inédites.

Elles sont depuis peu exposées au MNBAQ et le seront jusqu’au 12 février 2023 sous le titre Manasie Akpaliapik. Univers inuit. La collection Raymond Brousseau. Voici une occasion rêvée de prendre la mesure de la rencontre d’un artiste exceptionnel et d’un collectionneur visionnaire.

En 2009, Raymond avait retrouvé ses pinceaux, couteaux, truelles et pigments d’artiste-peintre et s’était mis en quête des mystères associés aux couleurs du jour et de la nuit, plus passionné et plus désireux que jamais d’aller au-delà des frontières de l’horizon. Au terme de son voyage, il vient d’entrer dans le monde mythique des chamans inuits, dans l’infini de la nuit arctique, là où la chaleur du froid permet d’échapper à la souffrance et aux contraintes, pour aller encore plus loin et toujours plus haut.

Bon voyage, mon ami.

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