Le Canadien en finale, qu’ossa donne?

«Le Canadien en finale, c’est peut-être des dizaines, des centaines de mini-Price et d’aspirants Caufield qui vont aller jouer dans la ruelle cet été ou à la patinoire du coin cet hiver», écrit l'auteur.
Photo: Andrej Ivanov Agence France-Presse «Le Canadien en finale, c’est peut-être des dizaines, des centaines de mini-Price et d’aspirants Caufield qui vont aller jouer dans la ruelle cet été ou à la patinoire du coin cet hiver», écrit l'auteur.

« Il n’y a presque pas de joueurs québécois dans l’équipe. » « Ce sont des millionnaires gâtés, des mercenaires, ils jouent pour l’argent et c’est tout. » « Tout cela détourne notre attention de choses bien plus importantes. »

Voilà le genre de commentaires qu’on entend de gens qu’on pourrait traiter de rabat-joie ou de « casseux de party ». Il serait tentant de simplement écarter ces arguments du revers de la main, s’ils n’étaient pas au moins en partie fondés. Par contre, selon moi, ils passent tout de même à côté d’autres éléments qu’il vaut la peine de relever.

D’abord, un club, c’est bien plus que les 20 joueurs en uniforme le soir d’un match. C’est des entraîneurs, des soigneurs, des responsables d’équipement, un directeur général, un président, une équipe de dépisteurs, des clubs-écoles, et j’en passe… C’est une organisation avec une culture et des traditions qui dépassent largement les « vingt cœurs de vainqueurs », comme le chantent les Loco Locass. En ce sens, le CH est bien un club québécois, même s’il ne compte actuellement que Phillip Danault dans sa formation (avec Jonathan Drouin, à qui l’on souhaite un prompt rétablissement).

Des millionnaires ? Certes. Méritent-ils leur salaire ? Vaste question, mais, personnellement, je préfère retenir que derrière chacun de ces millionnaires se cache un « ti-cul » de 10 ans qui ne rêvait que de jouer dans LA ligue.

Et c’est ici que le sport professionnel peut jouer son rôle social. Le Canadien en finale, c’est peut-être des dizaines, des centaines de mini-Price et d’aspirants Caufield qui vont aller jouer dans la ruelle cet été ou à la patinoire du coin cet hiver. En plus des bienfaits de l’activité physique sur lesquels il est inutile d’insister, ce sont des amitiés qui vont se créer, entre enfants et parfois même entre parents, mais en tout cas pas par écrans interposés (certes, cela serait le cas aussi à Toronto, à Winnipeg ou à Boston, mais sûrement pas à Las Vegas, à Tampa Bay ou à Raleigh).

Ce sont nos enfants qui vont rentrer à la maison sales et en sueur cet été, les joues rougies par le froid cet hiver, mais avec une étincelle dans les yeux en toute saison. Pour les plus curieux, ce sera même des questions qui touchent à notre histoire et à notre identité : « Pourquoi l’équipe s’appelle les Canadiens ? Ça veut dire quoi, Habs ? C’était quoi, l’émeute Maurice Richard ? »

Parce que le CH, c’est aussi ça. C’est un club si étroitement associé à l’identité des Canadiens français d’abord, des Québécois ensuite, qu’on continuera de s’y identifier, même avec des Price, des Caufield et des Gallagher, comme on le faisait avant avec les Morenz, Blake et Dryden, et pas seulement avec les Richard, Béliveau et Lafleur.

Toute comparaison a ses limites, mais je me permets d’évoquer le FC Barcelone, qui joue un rôle similaire en Catalogne. Sous le régime franquiste, le Barça a contribué à maintenir vivante la flamme identitaire des Catalans, et leur stade était un des rares lieux où ils pouvaient s’exprimer sans crainte dans leur langue.

Ici, certains voient dans l’émeute du 17 mars 1955 un catalyseur de la Révolution tranquille. Je laisse trancher les historiens là-dessus, mais, chose certaine, le Canadien a été, et est encore, une source de fierté nationale. Le Canadien est « plus qu’un club », pour citer le slogan du FC Barcelone (« Més que un club »), c’est une partie de notre histoire.

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