Comment l’histoire jugera-t-elle notre inaction?

«Le Canada doit évidemment faire toute la lumière et documenter tout ce qui s’est déroulé dans les pensionnats pour Autochtones pendant près d’un siècle», écrit l'auteur.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne «Le Canada doit évidemment faire toute la lumière et documenter tout ce qui s’est déroulé dans les pensionnats pour Autochtones pendant près d’un siècle», écrit l'auteur.

Notre inaction envers la situation actuelle des Autochtones et celle du climat nous rend responsables, sinon coupables, de négligence. Les découvertes de dépouilles et de sépultures anonymes à Kamloops et à Marieval représentent un nouveau sursaut pour nombre d’entre nous, un réveil particulièrement brutal qui fait un peu plus sortir le pays de son « innocence », de sa torpeur, voire de son aveuglement vis-à-vis du passé infligé aux Premières Nations. Il nous fait comprendre que l’État canadien et l’Église semblent avoir organisé une assimilation et une acculturation qui dépassent le cadre du génocide « culturel ».

Le Canada doit évidemment faire toute la lumière et documenter tout ce qui s’est déroulé dans les pensionnats pour Autochtones pendant près d’un siècle. Cette enquête doit être quantitative (combien de personnes affectées) et qualitative (quelles conditions de vie dans les pensionnats, quels traumatismes pour les survivants et les familles).

Mais ce n’est pas suffisant. La vraie réconciliation passe par l’action. Pour qu’un jour l’État n’ait pas à nouveau à s’excuser, nous devons une fois pour toutes faire en sorte que chaque personne autochtone dispose d’un accès à l’eau potable, à l’éducation, à la mobilité sociale, à la justice et à la prospérité, de manière équivalente à la moyenne canadienne.

Tant que cette dette morale ne sera pas réglée, nous ne serons, comme nation, ni réhabilités ni crédibles ; d’abord devant les Autochtones, notamment les descendants de toutes les victimes, mais également sur le plan international.

Climat

Notre réputation en matière climatique n’est pas plus reluisante. Nos émissions de gaz à effet de serre (GES) passées et actuelles contribuent au réchauffement mondial de manière disproportionnée par rapport à la majorité des nations. Ainsi, alors qu’avec d’autres pays riches une responsabilité collective historique nous incombe comme Canadien et comme Québécois dans les changements climatiques, nous continuons à avoir une empreinte carbone et un impact environnemental parmi les plus élevés au monde.

Tant que collectivement nous ne réduirons pas radicalement nos émissions de GES et notre consommation de ressources matérielles, le Canada et le Québec n’auront aucune crédibilité sur le plan international. Or, l’avenir climatique repose sur l’accumulation des émissions de GES passées et à venir. Nos actes actuels déterminent le destin des Terriens de demain.

À titre d’exemple, les scientifiques envisagent qu’un réchauffement de 1,5 à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle puisse rendre irréversible la fonte des inlandsis du Groenland et de l’Antarctique. Dans l’éventualité où un tel point de non-retour serait atteint, notre négligence collective imposerait alors aux générations futures de devoir vivre pendant plusieurs millénaires avec les conséquences d’une hausse du niveau mondial des océans pouvant s’élever à dix mètres. Or, il est encore temps d’agir pour stabiliser le climat, mais la fenêtre se referme.

Alors, si nous échouons, si le climat s’emballe, quel sera le regard de l’histoire lorsque l’on jugera nos actes ? Comment expliquera-t-on l’indéfendable schizophrénie collective de notre temps, soit le sacrifice de l’écosphère et de son fonctionnement sur l’autel de la croissance économie et de notre confort matériel ?

Le pire qui pourrait arriver serait qu’un jour futur, comme pour les Autochtones, l’État doive s’excuser pour l’incurie des présentes générations.

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