Ne méprisons pas la culture scientifique!

«Les batailles sociales et politiques qu’a menées feu le frère Marie-Victorin dans les années 1930 pour développer la culture scientifique au Québec, il les menait au nom du futur développement économique du Québec, un développement plutôt réussi, non?» écrit l'auteur.
Photo: Archives BANQ «Les batailles sociales et politiques qu’a menées feu le frère Marie-Victorin dans les années 1930 pour développer la culture scientifique au Québec, il les menait au nom du futur développement économique du Québec, un développement plutôt réussi, non?» écrit l'auteur.

Michel David, dans son bulletin ministériel du 12 juin, attribue un B à Nathalie Roy (Culture, Communications) pour son réseau muséal régional, les « Espaces bleus », « une belle initiative », selon lui. Je suis plutôt d’accord avec lui. Mais encore une fois, même depuis le premier titulaire des Affaires culturelles, Georges-Émile Lapalme en 1960, la culture artistique et historique passe bien avant la culture scientifique.

À preuve ? Le premier ministre, François Legault, en annonçant ce projet dans votre édition du 11 juin dernier, exprime ainsi son indifférence : « Je ne veux pas que ce soit de l’ennuyeux ou du poussiéreux, [je souhaite] que ça rejoigne l’ensemble des Québécois, pas juste une petite élite. » Que pense-t-il alors de l’Herbier Marie-Victorin, de l’Université de Montréal, l’un des trois plus grands au Canada, toujours sous-financé ? Est-ce que les botanistes qui le consultent pour leurs recherches, comme les militants écologistes pour leurs batailles, ne sont qu’une petite élite parce qu’ils sont peu nombreux ? Les batailles sociales et politiques qu’a menées feu le frère Marie-Victorin dans les années 1930 pour développer la culture scientifique au Québec, il les menait au nom du futur développement économique du Québec, un développement plutôt réussi, non ? Les causes profondes de ces progrès ne devraient-elles pas vous intéresser, M. Legault ?

Un autre travers de notre société transpire dans les propos de M. Legault : l’antiélitisme. Les « porteurs d’eau » qu’étaient autrefois les Québécois, qui n’aimaient pas l’élite anglophone qui les dominait, ne le sont plus maintenant : ils ont une élite économique, à laquelle appartient l’ex-ministre Fitzgibbon. L’élite scientifique, surtout en sciences naturelles (les amateurs de « bibittes »), semble moins importante aux yeux de M. Legault que l’élite économique. Et aussi aux yeux d’autres anciens dirigeants politiques québécois, sauf Mme Marois qui, malgré son trop court mandat, a réussi à lancer le projet du Pavillon MIL désormais destiné aux facultés scientifiques de l’Université de Montréal, pépinières d’une future élite.

Toutefois, je pardonne aisément ses préjugés à M. Legault. À mon âge (90 ans), ayant enseigné les collections de sciences naturelles dans le programme conjoint UdeM-UQAM de maîtrise en muséologie, j’ai connu des musées « poussiéreux » encore tenus par des religieux et des religieuses qui admiraient et voulaient imiter le frère Marie-Victorin, mais qui n’avaient pas l’expertise scientifique suffisante pour les rendre attrayants. Je comprends également M. Legault qui, espérant une grande visibilité lors de sa prochaine campagne électorale, a donné le feu vert à sa ministre de la Culture. La vulgarisation muséologique dans les régions, c’est très bien. Mais pourquoi les sciences naturelles — notre biodiversité — sont-elles toujours les parents pauvres de notre culture ?

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