L’éducation, une priorité du gouvernement?

«Si nous voulons conserver l’expertise des professionnelles dans nos écoles publiques, nous devons les reconnaître à leur juste valeur, tout comme leurs collègues enseignantes», pensent les signataires.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Si nous voulons conserver l’expertise des professionnelles dans nos écoles publiques, nous devons les reconnaître à leur juste valeur, tout comme leurs collègues enseignantes», pensent les signataires.

Commençons d’abord en mettant les choses au clair : les enseignantes et enseignants du Québec méritent amplement les bonifications salariales qui leur ont été accordées lors des négociations actuelles. Tout le monde le sait, les enseignants travaillent fort et leur métier avait bien besoin d’une telle reconnaissance. Mais… les professionnelles et professionnels de l’éducation aussi !

Cela dit, passons aux faits. Avant les négociations, la majorité des professionnelles1 du réseau scolaire et les enseignantes avaient le même taux salarial. À la suite de celles-ci, les enseignantes auront une augmentation salariale, au plafond de l’échelle, de 11,3 % sur trois ans. Les professionnelles se font pour leur part offrir une augmentation de 6 % sur trois ans. Comment celles-ci ne peuvent-elles pas ressentir un profond sentiment de frustration et d’injustice face à une telle iniquité ? Il nous apparaît complètement aberrant que des employés travaillant dans le même milieu, avec les mêmes élèves, soient considérés différemment.

Pour tourner le fer dans la plaie, les professionnelles travaillent plus de journées par année que les enseignantes. Et de beaucoup ! En effet, les enseignantes ont un salaire annuel réparti sur l’année pour 200 jours travaillés alors que les professionnelles travaillent 230 jours par année. À cela s’ajoutent les trois heures par semaine que les professionnelles doivent faire de plus que leurs collègues enseignantes. Donc, pour un salaire annuel moindre, les professionnelles travaillent en moyenne l’équivalent de neuf semaines de plus par année ! Évidemment, tout le monde sait que les enseignantes travaillent régulièrement plus que leurs 32 heures attendues, sans que ce temps leur soit reconnu. Mais il en va de même pour leurs collègues professionnelles !

Ce n’est pas tout : à la différence des enseignantes, pour pratiquer, certaines professionnelles (orthophonistes, psychoéducatrices) ont besoin d’une maîtrise. De plus, pour leur part, les professionnelles doivent faire partie d’un ordre professionnel, ce qui leur coûte en moyenne 700 $ par année et qui les tient pour responsables de toutes leurs actions quotidiennes.

Résumons un peu : bien que les professionnelles aient un niveau d’étude plus élevé, plus de responsabilités légales et travaillent neuf semaines de plus par année, M. Legault trouve logique de les payer beaucoup moins que leurs collègues enseignantes.

Lorsque M. Legault dit ne pas avoir d’argent pour investir davantage dans le réseau public, alors que chaque dollar investi dans les services publics rapporte 1,11 $ au PIB québécois, et qu’il promet un investissement de 10 milliards pour un tunnel en béton, il y a de sérieuses questions à se poser.

Nous rappelons à M. Legault qu’il n’y a pas pénurie de personnel professionnel, mais bien exode des services publics. Si nous voulons conserver l’expertise des professionnelles dans nos écoles publiques, nous devons les reconnaître à leur juste valeur, tout comme leurs collègues enseignantes.

Si M. Legault affirme que l’éducation est une priorité au Québec, il doit reconnaître qu’il n’y a pas seulement les enseignantes qui contribuent à la réussite des élèves, que les professionnelles jouent également un grand rôle. Les élèves ont besoin des enseignantes, mais n’oublions pas que les élèves ET les enseignantes ont besoin des professionnelles.

1 À partir d’ici, le féminin est utilisé puisqu’il est question de corps d’emploi majoritairement féminins.

* Cette lettre est signée par 159 professionnelles et professionnels de l’éducation.

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