Fermeture de la bibliothèque du ministère de la Culture

«Il est difficile de comprendre qu’un ministère qui se situe au carrefour des questions qui touchent de si près l’essence même d’un peuple se prive ainsi d’un outil documentaire pouvant servir sa compréhension des dossiers et ses orientations futures», estime la Société des Dix.
Photo: Andrew Cribb Getty Images «Il est difficile de comprendre qu’un ministère qui se situe au carrefour des questions qui touchent de si près l’essence même d’un peuple se prive ainsi d’un outil documentaire pouvant servir sa compréhension des dossiers et ses orientations futures», estime la Société des Dix.

Le ministère de la Culture et des Communications a procédé récemment et sans bruit à la fermeture de son centre de documentation de Québec, connu sous le nom de « bibliothèque ministérielle » sur son site Web. Un communiqué du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) du 28 janvier nous apprend que les postes des deux documentalistes qui y étaient affectés ont été abolis à la suite de la réaffectation de l’un et de la prise de retraite de l’autre.

Cette décision est difficile à comprendre et à justifier. À l’interne, les fonctionnaires du ministère chargés d’élaborer des dossiers seront coupés d’une source d’information à jour, facile d’accès et fiable. Ils devront s’en remettre à des sources extérieures plutôt qu’à l’expertise de documentalistes professionnels pour les guider.

Même si ce centre de documentation spécialisé était d’abord destiné à un usage interne, de nombreux spécialistes y ont eu accès depuis plusieurs décennies, notamment les chercheurs en analyse des politiques culturelles, les historiens, les ethnologues, les sociologues, les archéologues, les spécialistes du patrimoine et les agents de développement culturel. La bibliothèque a ainsi constitué, au fil des ans, un lieu d’échanges et un lien entre le ministère et le milieu de la recherche. En plus de réunir sous un même toit les informations récentes dans le domaine culturel, ce centre constitue un véritable patrimoine documentaire. On y trouve toutes les études et anciens rapports spécialisés commandés par le ministère au fil des années depuis sa fondation, en 1961. Il y a là des dossiers colligés et des documents imprimés qui entrent dans la catégorie dite de la « littérature grise » et qu’on ne retrouve pas dans les bibliothèques universitaires ou ailleurs. Faut-il le rappeler, TOUT n’est pas numérisé et disponible sur Internet.

Nous demandons instamment à la ministre de la Culture et des Communications, madame Nathalie Roy, de réviser cette décision et de pourvoir les postes vacants de documentalistes. Sans personnel d’accueil, le centre de documentation sera irrémédiablement fermé à la recherche. À terme, cette documentation risque d’être dispersée ou élaguée, comme ce fut le cas pour plusieurs dossiers, dont le Macro-Inventaire du patrimoine québécois, réalisé de 1977 à 1983 pour l’ensemble des régions du Québec. C’est parce qu’elle est rassemblée et organisée qu’une collection documentaire devient un point de repère et qu’elle sert efficacement le savoir. Une bibliothèque démembrée et fragmentée cesse tout simplement d’exister. Si la décision du ministère reste sans appel, il faut qu’un inventaire complet de ce patrimoine documentaire soit effectué dans les meilleurs délais par un comité d’experts, en collaboration avec BAnQ, pour voir à sa conservation et à son accessibilité dans l’avenir.

Il est difficile de comprendre qu’un ministère qui se situe au carrefour des questions qui touchent de si près l’essence même d’un peuple se prive ainsi d’un outil documentaire pouvant servir sa compréhension des dossiers et ses orientations futures.

*La Société des Dix (membres actifs et membres émérites) : Bernard Andrès, Denys Delâge, Dominique Deslandres, Andrée Fortin, Gilles Gallichan, Jocelyne Mathieu, Fernand Harvey, Louis-Georges Harvey, Laurier Lacroix, Yvan Lamonde, Simon Langlois, Marie-Thérèse Lefebvre, Michel Lessard, Louise Pothier, Lucie Robert, Jean Simard

2 commentaires
  • Marc Bourdeau - Abonné 25 février 2021 08 h 59

    53 restantes sur 88, cela fait 40% de fermetures

    Et non 23% comme l'écrit la journaliste. Une telle erreur saute aux yeux. Étonnant qu'elle soit passée comme du beurre dans la poèle... 40%, c'est presque le double. Presque la moitié, ce n'est pas rien.

  • CLAUDIA DESHARNAIS - Inscrite 25 février 2021 10 h 48

    Vers un Québec inefficace, mais un Québec qui sait se cacher.

    Depuis l'an dernier, j'ai eu à communiquer avec divers ministères ou organismes gouvernementaux. Lorsque j'ai voulu faire sortir des informations me concernant, je me suis fait répondre régulièrement que ç'avait été détruit. Si on veut poursuivre des gens en justice pour des causes qui ne sont pas prescrites et faire sortir des informations nous concernant personnellement, c'est ce qu'on se fait répondre... et il est aussi ajouté que: La LOI nous permet de détruire les documents s'il n'y a pas eu de poursuites à l'intérieur de 10 ans concernant les dossiers concernés. Un ministère ferme ou change de nom? On détruit les "vieux" documents.
    Microficher existe depuis longtemps. Mais ça ne se fait pas, semble-t-il, au Québec. Et c'est fou ce que ça permet à des coupables de s'en sortir sans conséquences quand les documents se référant aux faits sont détruits. Alors suis-je surprise qu'ils ferment leurs bibliothèques? Non. Je ne le suis pas. Le Québec, on vit dans le temps des dinosaures (façon de parler, naturellement). Les coupables sont protégés. Les victimes, lorsqu'enfin prètes à se défendre, sont maintenues au sol avec un genou sur le cou. Semble que ce soit là où le monde s'en va! Ne sait-on pas tous, au Québec, qu'on doit se remettre OBLIGATOIREMENT d'événements traumatisants à l'intérieur d'un délai précis peu importe les circonstances? Non. Ce n'est vraiment pas surprenant que d'autres informations soient détruites, coupées du public ou des gens qui gèrent la province...