Il n’y a pas de vaccin contre la maltraitance

«Les personnes âgées en perte d’autonomie ont été vaccinées contre la COVID-19, pas contre la maltraitance», écrit l'auteur.
Photo: iStock «Les personnes âgées en perte d’autonomie ont été vaccinées contre la COVID-19, pas contre la maltraitance», écrit l'auteur.

Les révélations des journalistes sur les atrocités subies par les aînés au CHSLD Herron, à la résidence Manoir Liverpool et dans plusieurs autres établissements horrifient une fois de plus la population et soulèvent toujours les mêmes questions. Comment peut-on, durant d’aussi longues périodes, maltraiter tant de personnes vulnérables ?

Les enquêtes menées par les établissements, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), la coroner et les policiers mettront en lumière différentes facettes de ces échecs, allant des processus administratifs inefficaces aux gestes illégaux. Plusieurs recommandations non contraignantes seront communiquées au MSSS et au gouvernement pour éviter que les erreurs commises ne se répètent, et quelques individus pourraient même être sanctionnés.

Tout cela a du sens. Ce qui n’en a pas, c’est qu’en 2021 des aînés vulnérables sous la responsabilité de l’État continuent d’être victimes de mauvais traitements physiques et psychologiques.

Pendant que se jouent des drames humains dans des milieux de vie de substitution publics et privés, messieurs Legault, Dubé et Arruda demandent très justement à la population de protéger de la COVID les bâtisseurs du Québec. Des millions de citoyens responsables ont rempli leur part du contrat social. Il appartient maintenant au premier ministre d’honorer la sienne. Voici quatre chantiers que M. Legault pourrait confier dès maintenant à ses ministres de confiance :

– Procéder à un blitz national d’inspection au cours duquel tous les établissements qui accueillent des aînés en perte d’autonomie seraient rigoureusement évalués et au cours duquel les failles observées, les correctifs exigés et les problèmes réglés seraient du domaine public.

– Prendre légalement le contrôle des établissements dont la mauvaise gestion compromet la santé et la sécurité des aînés et en confier l’administration à une équipe externe, qui disposerait des leviers nécessaires pour redresser rapidement la situation et protéger les aînés.

– Préparer et appliquer un plan national de protection de l’intégrité physique et psychologique des aînés en perte d’autonomie, et l’accompagner des ressources financières et humaines suffisantes pour mettre fin à toute forme de maltraitance.

– Bonifier le panier de services de santé et de services sociaux accessibles aux personnes âgées et l’adapter à leurs besoins afin qu’ils puissent vivre le plus longtemps possible à domicile en toute sécurité.

Parce que les prédécesseurs de M. Legault ont été négligents, il y a beaucoup à faire, et ce programme, même incomplet, peut sembler ambitieux, mais on n’envoie tout de même pas un robot sur Mars. Le premier ministre et son équipe ont deux options : ils se mettent sérieusement à l’ouvrage ou ils attendent le prochain scandale pour ouvrir de nouvelles enquêtes.

Les personnes âgées en perte d’autonomie ont été vaccinées contre la COVID-19, pas contre la maltraitance.

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