Pouvons-nous relever le défi des mesures sanitaires

«Relâcher un peu les mesures serait envisageable si nous arrivions à vaincre ce plateau et assistions à une véritable tendance à la baisse du nombre de transmissions», estime l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Relâcher un peu les mesures serait envisageable si nous arrivions à vaincre ce plateau et assistions à une véritable tendance à la baisse du nombre de transmissions», estime l'auteur.

Je vais commencer à me réjouir lorsqu’on redescendra SOUS le fameux plateau où nous sommes restés coincés cet automne, juste avant la montée du début de l’hiver. C’était le bon temps : 1300 nouveaux cas par jour, environ. On s’en souvient, Legault n’aimait pas beaucoup ça, il était « tanné »… Relâcher un peu les mesures serait envisageable si nous arrivions à vaincre ce plateau et assistions à une véritable tendance à la baisse du nombre de transmissions. Mais avec un relâchement viendra inévitablement une nouvelle tendance à la hausse… Dire qu’on est nous aussi « tannés » devient un violent euphémisme !

Si notre volonté était véritablement de reprendre le contrôle à long terme sur la propagation de la COVID-19, il faudrait aller un peu plus loin, à mon avis. Il est possible que la vaccination ne se déroule pas assez rapidement ou que les mutations s’accumulant sabotent le travail d’immunité vaccinale.

À cette étape de notre histoire, nous n’avons pas suffisamment de conscience collective pour relever le défi du respect des mesures. Ça me désole, mais c’est vraiment le constat que je fais. Nous n’arriverons pas au niveau de contrôle de la pandémie que le Japon (moins de 5000 morts malgré les villes les plus densément peuplées de la planète) ou le Vietnam (35 morts !) ont su atteindre. Ici et, ma foi, presque partout sur la terre, on dirait bien, la proportion de la population arrivant à tenir compte du lien entre leurs comportements et les conséquences de ces derniers sur la situation nationale est insuffisante. Le nombre de personnes ne respectant pas les règles de distanciation reste trop important pour espérer reprendre le dessus. Ça pourrait changer, on pourrait comprendre collectivement que nous faisons tous partie de la solution, mais pour l’instant ça reste une utopie.

Des objectifs clairs

Pour retrouver une vie plus libre autrement qu’en attendant comme des sacs de farine qu’un ou plusieurs vaccins nous sauvent littéralement de notre misère de confinés, le seul modèle qui m’inspire un peu d’espoir est celui de l’Australie. Des mesures strictes et maintenues des mois durant, de la cohérence entre les directives, mais surtout, surtout, des objectifs clairs à atteindre. Ces derniers étaient associés au relâchement promis de certaines règles. Le gouvernement Legault n’a jamais, à ma connaissance, fixé de tels objectifs précis.

Le 8 février approche, les chiffres commencent à bouger dans la bonne direction, mais personne ne sait ce qui sera annoncé pour encadrer la suite ! Ce flou laisse toute la latitude voulue au gouvernement de faire les annonces qu’il veut bien faire, mais cette liberté de manœuvre qu’il s’accorde a un coût : la fatigue, la démotivation et, chez trop d’entre nous, le manque d’adhésion aux mesures.

Et si, au lieu de nous dire « on se met sur pause jusqu’au 8 février et on en reparle », on nous disait plutôt : « Notre moyenne sur sept jours doit baisser sous telle valeur, nos hospitalisations doivent descendre sous tel niveau, Anne-Marie, infirmière à Sacré-Cœur, doit pouvoir prendre un long week-end de congé sans que l’urgence implose… » En ajoutant que, si on atteint ces résultats mesurables, on obtiendra comme récompense tel ou tel relâchement spécifique des mesures, annoncé d’avance. Peut-être alors que, comme les Australiens, nous arriverions à adopter un comportement collectif solidaire, si les objectifs et leurs conséquences étaient plus clairs.

Je crois que la probabilité que nous puissions y arriver, indépendamment du vaccin et de son potentiel succès, est importante. Allez voir les nouveaux cas en Australie… On en recense moins de 30 par jour depuis l’automne. Cela vaut la peine d’y réfléchir, non ?

4 commentaires
  • Marc Therrien - Abonné 23 janvier 2021 10 h 13

    Pour l'instant, continuer de sauver des vies


    L’objectif général est pourtant bien nommé même s’il n’est pas quantifiable: sauver des vies. À chaque fois qu’on indique le nombre de décès quotidiens, on réalise qu’il faut continuer de respecter les mesures de précaution. Bien évidemment, je ne pense pas qu’on arrivera un jour à connaître le nombre de décès tolérable.

    Si l’objectif spécifique est de préserver la viabilité du Réseau de la Santé en maintenant la capacité des soins intensifs à répondre aux diverses situations d’urgence susceptibles de se présenter cet hiver, il reste à préciser les indicateurs permettant de mesurer si on s’en approche ou si on s’en éloigne. Il faudrait alors commencer par définir la capacité maximale d’accueil en soins intensifs et suivre la progression du nombre d’hospitalisations en soins intensifs en fonction du nombre de nouveaux cas de Covid-19 déclarés. On comprend en même temps que le Gouvernement ne souhaite pas travailler à mesurer le nombre de nouveaux cas de Covid-19 qu’on pourrait tolérer en fonction de la proportion de ceux-ci qui conduisent à des hospitalisations aux soins intensifs. On n’est pas encore rendu à penser qu’on peut accepter un certain nombre de cas positifs qui contribuent à la poursuite d’un autre objectif qui n’est pas encore établi, c’est-à-dire la progression vers une immunisation collective.

    Marc Therrien

  • René Pigeon - Abonné 23 janvier 2021 13 h 02

    Il est peu probable que les mutations déjouent le système immunitaire renforcé par le vaccin même conçu pour l’ancien virus.

    Extrait :
    "Il est possible que la vaccination ne se déroule pas assez rapidement ou que les mutations s’accumulant sabotent le travail d’immunité vaccinale."
    Il est peu probable que les mutations déjouent le système immunitaire renforcé par le vaccin même conçu pour l’ancien virus.
    Source : The Economist, Jan 02, 2021, Variations on a theme. p58).

    • Godefroy Laurendeau - Abonné 23 janvier 2021 16 h 51

      Vous avez bien raison. Mon idée de fond est que nous avons tout à gagner à diminuer radicalement le nombre de cas actifs (radicalement!) de façon à ce que des mesures allégées et respectées finissent par être suffisantes. Je voulais amener l'idée suivante : pour bien des raisons différentes, prévisibles ou totalement surprenantes, nous pourrions très bien devoir miser sur les mesures de bases encore plus longtemps pour nous protéger. Salutations!

  • Cyril Dionne - Abonné 23 janvier 2021 13 h 46

    Le défi de chaque individu, c’est d’accepter d’être imparfait

    Bon. On nous dit que nous sommes en temps de guerre et il y a des gens qui font des voyages d’agrément. Si nous étions impliqué dans une guerre totale, on ne tiendrait même pas 24 heures. Il y en a même qui se moquait du virus au début de cette crise sanitaire et c’était plus qu’évident qu’une culture scientifique leur aurait fait du bien. Que voulez-vous, ils sont embourbés dans des schèmes métaphysiques et philosophiques d'un monde parallèle et ne manquent jamais une occasion de vous citez un philosophe mort et enterré.

    Les nations asiatiques sont non seulement disciplinées, mais cultivent aussi les qualités du collectif. Nous, nous nous sommes emmurés dans des chartes à n’en plus finir ou les droits individuels ont préséance sur les droits collectifs. Alors, j’espère que personne n’est surpris des résultats catastrophiques.

    Ceci dit, les règles de base ne sont pas suivies par plusieurs. Les plus importantes sont la distance physique, la lavage des mains et demeurer chez soi. En fait, si tout le monde s’assurait de faire tout pour ne pas contracter le virus, nous serions comme la Nouvelle-Zélande.

    Enfin, le manque de leadership politique est criant dans toute cette histoire. Les politiciens, pour demeurer populaires, appliquent des demi-mesures et réagissent aux situations au lieu des prévenir. En sciences, on s’assure de prévenir les choses qu’on ne sait même pas qu’on ne sait pas (merci M. Baillargeon). Si Justin Trudeau vous disait qu’il avait la situation en main, c’est hier que vous auriez du commencer à courir.

    Pour ceux qui se fient aux vaccins de toutes sortes et tout en espérant qu’ils soient efficaces pour au moins quelques mois, qu’arrivera-t-il si seulement la moitié de la population veut se faire vacciner au Québec? Ici, on ne parle même pas de la pénurie de vaccins. Aux États-Unis, ce serait surprenant que le taux de vaccination dépasse les 40% à la fin de l’exercice.