Les valses-hésitations du gouvernement Legault

«Il est temps pour le cabinet du premier ministre Legault de se recentrer et de poser toutes les actions nécessaires pour accélérer la campagne de vaccination contre la COVID-19», écrit l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Il est temps pour le cabinet du premier ministre Legault de se recentrer et de poser toutes les actions nécessaires pour accélérer la campagne de vaccination contre la COVID-19», écrit l'auteur.

Dans mon quartier, où se côtoient des premiers immigrants, des mangeurs de quinoa, des groupes ultraorthodoxes, des hipsters multicolores, des jeunes familles, des propriétaires de Tesla, etc., il m’est toujours apparu difficile de tracer une ligne claire entre les différents espaces de dialogues qui s’y croisent. À l’échelle du Québec, il faut alors imaginer une diversité encore plus grande de personnes, de genres, de microcosmes et d’enjeux sociaux naviguant souvent à vue entre la fiction du monde dans lequel nous vivons et la franche réalité du quotidien.

Cela dit, je suis toujours étonné d’entendre le niveau de langage infantilisant utilisé par le premier ministre François Legault pour s’adresser à la population depuis le printemps dernier, sans tenir compte de sa diversité justement. Un ton assez paternaliste, comme celui du docteur Horacio Arruda. Sans parler aussi du côté brouillon et chaotique de plusieurs de leurs prestations publiques et des innombrables contradictions et improvisations qui en ont fait la marque de commerce depuis le début de cette crise. Ces valses-hésitations, ces pas en avant, ces pas en arrière surtout, dont on a tous essayé de suivre la cadence et auxquels on a tenté d’apporter notre soutien et notre compréhension au cours des derniers mois… avec beaucoup de patience… avec beaucoup de découragement.

Il faut réécouter en cette matière, non pas sans rire (ou pleurer), le bon docteur Arruda, en mars dernier, répondre à la question d’un journaliste sur l’imposition probable d’un couvre-feu au Québec. Selon le directeur national de la santé publique du Québec, jamais l’idée d’un couvre-feu ne pourrait être envisagée dans le cas d’une pandémie, cette mesure extrême n’étant réservée qu’en cas de guerre ou autres situations graves du même genre. Pas au Québec en tout cas. Et nous voilà les deux pieds dedans avec pour résultats une multiplication de mesures et de décrets en pagaille et une répression policière qui s’accentue de jour en jour.

Remettre le train sur les rails

Nous comprenons tous que notre système de santé est vacillant et qu’il faut le supporter. Nous savons tous que ce système de santé a été mis à mal par les précédents gouvernements, que la réforme Barrette lui a donné son coup de grâce en 2014 ; que les CHSLD et les RPA opéraient dans des conditions lamentables depuis longtemps mettant à risque la santé déjà fragile de leurs résidents et celle du personnel de la santé en général. Nous le savions. Mais ce que nous savons surtout aujourd’hui, c’est que ces cafouillages doivent cesser, tout comme doivent cesser ces tensions inutiles avec le gouvernement fédéral.

Il est temps pour le cabinet du premier ministre Legault de se recentrer et de poser toutes les actions nécessaires pour accélérer la campagne de vaccination contre la COVID-19. Un point c’est tout. Et ce n’est pas en distribuant des contraventions à tout vent qu’il y parviendra. Cessons de nous comparer aux autres provinces du Canada ou de chercher des coupables dans la foule ou chez nos oiseaux qui reviennent du Sud. On a beau nous raconter cette lumière qui point au bout du tunnel, il faudrait à tout le moins remettre le train sur ses rails pour s’y rendre. Il faut arrêter de tourner en rond et mettre fin immédiatement à ce couvre-feu absurde qui nous prive gravement de nos libertés individuelles et collectives ; qui mine profondément notre état de santé mentale. On n’a pas voté pour ça.

19 commentaires
  • Jean-Marc Cormier - Abonné 15 janvier 2021 07 h 44

    Excusez du peu, mais...

    Cessons de jouer les gérants d'estrade et soyons solidaires pour arrêter la pandémie par tous les moyens.
    Le petit tyran oblige tous les États à improviser sans arrêt. Les vaccins arrivent, mais nous ne les avons pas en quantité suffisante et nous ne connaissons même pas leur véritable degré d'efficacité, alors même que d'autres gérants d'estrade y sont opposés et invitent à refuser d'être vaccinés.
    L'auberge est dans le bois et nous ne sommes même pas sorti de l'auberge encore à ce jour.
    Mon commentaire n'a rien de politique. Imaginons-nous comme un village qui risque de s'éteindre... et combattons, nom de Dieu.

  • Pierre Poulin - Abonné 15 janvier 2021 08 h 17

    Je, me, moi

    M. Petel se croit lésé par le couvre feu et les mesures décrétées par le gouvernement. Et que proposez vous en attendant qu'il y ait suffisamment de personnes vaccinées pour ralentir la pandémie, ce qui n'arrivera pas avant plusieurs mois? Vivre et laisser vivre en laissant les travailleurs de la santé dont je suis s'échiner au combat, tant qu'on ne touche pas à votre "libarté"? À tous les matins je me lève pour aller travailler en me demandant si à la fin de la journée j'aurai attrappé ce foutu virus et si je le ramènerai à la maison pour contaminer mes proches. Que ça vous plaise ou non, M. Petel, nous sommes en guerre, contre un ennemi invisible, mais cruel et implacable. À la fin de cette guerre il y aura eu probablement plus de victimes au Québec que pendant la dernière guerre. Ce que vous proposez, c'est une attitude de collabo pour aider à l'ennemi à faire plus de ravages?
    Je suis tanné de cette attitude d'enfant roi gâté pourri qui ne veut pas être dérangé dans ses petites habitudes pendant que nos soldats sont au combat et que plein de victimes s'accumulent.

  • Pierre Robineault - Abonné 15 janvier 2021 08 h 48

    "Je vous ai compris !"

    Oui je vous comprends très bien, monsieur Petel ! Ce doit être très difficile pour vous d'avoir à supporter un discours qui n'est pas à votre hauteur et surtout strictement adressé au citoyen moyen qui a du mal à comprendre aussi bien que vous et moi ce qui se trame de nos jours. Peut-être devriez- vous ... être plus compréhensif de votre côté?

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 15 janvier 2021 09 h 56

    Il y a des traits communs entre nous

    Dont celui, d'une familiarité dans le langage dont René Lévesque demeure l'exemple iconique, lui qui acceptait comme un gage d'appartenance que bon nombre d'ouvriers l'interpelle par un joyeux "Eille ti-poil". François Legault possède la même bonhommie et sensibilité vis-à-vis de ses commettants quand il s'adresse à eux, ce qui n'équivaut pas à utiliser un langage "infantilisant". Que voulez-vous tout le monde n'a pas encore adopté la culture des bobos multiculturalistes du "Mile-End" !

    Mais plus fondamentalement, ce qui nous distingue des Anglo-américains, c'est l’importance que notre culture accorde aux normes de son groupe d’appartenance qui peut être mesurée à l’aide de l’échelle individualisme-collectivisme. On peut en résumer ainsi les caractéristiques majeures: la dimension « collectiviste » décrit des personnes se définissant à partir d’éléments ou d’aspects d’un groupe d’appartenance, alors que la dimension « individualiste » décrit des individus se référant à des définitions centrées sur eux, indépendantes de leur appartenance à un groupe. Chez les « collectivistes », le comportement social s’explique par les normes et la perception des devoirs et obligations, alors que chez les « individualistes » le comportement social est mieux expliqué à partir d’attitudes personnelles. De nombreuses études ont relevé ces différences dont plus particulièrement celles menées par Grabb et Curtis publiées dans une monographie intitulée “Region apart : the Four Societies of Canada and the United States” (Oxford University Press, 2010). Au Québec les francophones se distinguent de leurs voisins américains et canadiens-anglais en étant plutôt collectivistes alors que les anglophones présentent un profil « individualiste » générant des différences marquées au niveau des valeurs et des attitudes.

    C'est ce qui explique qu'un forte majorité accepte le couvre-feu alors que celui-ci est mis de côté en Ontario au grand dam de la santé publique.

  • Marc Pelletier - Abonné 15 janvier 2021 11 h 04

    M. Alain Petel

    Pour ma part, je suis totalement en accord avec l'imposition du couvre feu actuel et je crois que notre le gouvernement devrait à nouveau faire appel à l'armée, même si cette décision ferait la démonstration de son échec pour contrer le virus. Sauver des vies est plus important que de se sauver la face.

    De plus, j'espère que les divers services de police continueront à distribuer des contraventions à ceux et celles qui dérogent aux directives actuelles : le temps des explications molles à connotation politique a assez duré ! Si les récalcitrants n'ont pas encore compris ou ne veulent pas comprendre, leur portefeuille les obligera éventuellement à se conformer .

    Malheureusement, on en est rendu là !

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2021 15 h 41

      M. Pelletier, le gouvernement n'a fait "appel à l'armée", en fait appel au fédéral puisque jamais le gouvernement du Québec ne pourrait décider quoi que ce soit en matière de forces armées, que pour aider dans les CLSC. Rien de plus, et c'est bien assez!
      C'est d'ailleurs tout de suite après ça que Trudeau a tenté une mainmise sur la santé au Québec. L'armée est la main droite de Trudeau, un homme fort peu scrupuleux qui sait que plus il "remet le Québec à sa place", plus il est aimé dans le très raciste Canada des anglo-saxons.
      Combien d'élections ont été gagnées ainsi par les Libéraux? Elles ne se comptent plus.

      Il n'a jamais été question de faire patrouiller des soldats dans les rues. La dernière fois que ça s'est produit ici, c'était en octobre 1970. Pas vraiment de bons souvenirs.
      Utiliser les policiers pour des mesures exceptionnelles, je veux bien, en autant que la presse et la liberté de paroles font leur travail de critique constructive. Mais l'armée? Jamais! L'armée est utilisée pour gagner, parfois pour aider, jamais pour conserver l'ordre.

      L'unique méthode de l'armée, c'est la menace. Les soldats ne savent pas négocier comme le fait un agent de police, ils suivent les ordres sans les interpréter.
      C'est non.

    • Marc Pelletier - Abonné 16 janvier 2021 13 h 41

      M. Trottier, l'armée nous a sorti du trou ( covid ) lors de la première vague : elle possède des services en soin de santé à tout le moins égaux, sinon supérieurs, à ceux de la croix-rouge et d'ailleurs, ces services sont présentement déployés en Ontario, pour les patients atteints par le virus.

      Est-ce que la petite politique partisanne au Québec a plus de poids que la protection de la santé du peuple ?