Malgré MEC, il ne faut pas perdre foi dans le modèle coopératif

«On relève un manque criant de vision coopérative des dirigeants de MEC pour assurer la pérennité de cette organisation», écrit l'auteur.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne «On relève un manque criant de vision coopérative des dirigeants de MEC pour assurer la pérennité de cette organisation», écrit l'auteur.

La nouvelle a surpris des dizaines de milliers de Québécois membres de la réputée coopérative de plein air MEC : cette dernière, par la décision de son conseil d’administration, a été vendue à des intérêts américains, un processus qui aurait été rendu possible parce que l’organisation s’était placée sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Malgré la perte de la souscription en part de 5 $, il est important que ces membres et le grand public ne perdent pas aussi foi dans le modèle coopératif ! Quelques explications s’imposent.

Ayant étudié 25 cas de démutualisation au Canada, aux États-Unis, en Australie et en Suède, dont celle qui fut un temps la plus grosse coopérative non financière au Canada, Saskatchewan Wheat Pool, je peux dégager quelques traits communs.

D’abord, une situation financière précaire, qui dégénère à un niveau avancé : ce contexte ouvre la porte à des solutions draconiennes balayant trop souvent des solutions fondamentalement coopératives, mais qui demandent du temps et des convictions, par exemple, l’émission de diverses catégories de parts auprès des membres ou de non-membres, mais dans ce cas, sans droit de vote ou encore, l’appel d’un financement patient provenant d’un système de finance solidaire.

Sur le plan démocratique et des valeurs coopératives, selon l’information disponible, il s’agit d’une décision du seul conseil d’administration donc sans égard à la consultation des millions de membres qui constituent les assises associatives de cette coopérative. Pourquoi esquiver ce processus de consultation, alors que l’on se permet de modifier l’ADN de l’organisation ? La ressemblance avec d’autres cas de démutualisation est saisissante ! C’est un euphémisme de dire que la démocratie en prend pour son rhume. Ce qui renvoie à une autre dimension fondamentale, soit les structures de réglementation, le cadre légal. Le cadre qui régit cette coopérative est à l’évidence permissif, libéral. On peut aussi émettre l’hypothèse que ce cadre permet le partage de la réserve ou le transfert à une société de capitaux, ce qui heureusement, par nos lois québécoises, est interdit auprès de la majorité des coopératives au Québec, y compris, les coopératives de services financiers, à savoir les caisses Desjardins.

Pour finir, on relève un manque criant de vision coopérative des dirigeants de MEC pour assurer la pérennité de cette organisation. C’est pathétique ! Pourtant, il faut le répéter une fois de plus, il est possible pour une coopérative et une mutuelle de se développer dans un contexte de marché concurrentiel sans pour autant vendre son âme au diable. Agropur joue dans les lignes majeures de la production laitière en maintenant une solide base coopérative. Dans un contexte de concurrence accrue, SSQ Groupe financier et La Capitale ont eu l’heureuse initiative de se regrouper pour former désormais la plus grosse mutuelle d’assurance au Canada. On peut émettre une dernière hypothèse : cette fin de MEC doit être aux antipodes du rêve des cinq amateurs de plein air qui ont fondé cette coopérative dans un garage de Vancouver en 1971 !

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 22 septembre 2020 09 h 49

    Membre, québécois, mais non surpris

    « La nouvelle a surpris des dizaines de milliers de Québécois membres de la réputée coopérative de plein air MEC »

    J'ai été membre de la défunte coopérative à partir de 2004. Pendant un certain temps, j'ai fréquenté le magazin du marché central (à Montréal), même s'il fallait traverser un lugubre désert hostile aux piétons et aux cyclistes pour y arriver. Et je suis allé quelques fois au magasin de la rue Saint-Denis, malgré l'absence de voies cyclables et la rareté des stationnements de vélo.

    La mise en service d'un site web, bien conçu par ailleurs, aurait pu contribuer à améliorer le service aux membres. Or, il se pourrait que l'effet contraire se soit produit. Voyons un peu : vous mettez la main sur un article convoité et vous poursuivez la démarche « Vérifiez la disponibilité en magasin ». Le résultat : « Non vendu dans ce magasin » dans le cas de celui de la rue Saint-Denis et « Rupture de stock » dans le cas du marché central. Pourtant, dans l'ouest du grand Canada, c'était habituellement disponible. Se buter plus souvent qu'autrement à des ruptures de stock ou de la non disponibilité a eu raison de ma fidélité. Je n'ai pu m'empêcher de me poser la question suivante : se pourrait-il que cette coopérative soit à l'image du Canada, une fédération qui a ses provinces préférées ? Se pourrait-il que cette coopérative fonctionne comme un Canada, c'est-à-dire tout croche ?

    Du côté de Québec, MEC a aussi fait des mécontents lorsqu'il y a quatre ans, elle décida de quitter le quartier Saint-Rock pour s'installer dans un gros centre commercial de la périphérie. MEC a alors démontré aux gens de Québec que sa vision se rapprochait davantage de celle des Walmart que celle des coopératives.

    Vision détournée, recherche du gigantisme, non volonté de s'adapter aux différences marquées à l'intérieur d'un grand Canada où la tête ne voit plus la queue, autant de raisons qui ont contribué à l'agonie de cette coopérative.

  • Patrick Boulanger - Abonné 22 septembre 2020 09 h 56

    Triste nouvelle

    Je viens d'apprendre quelque chose ce matin : une coopérative peut non seulement se faire acheter, mais en plus elle peut le faire sans consulter ses propriétaires. Moi qui encourage souvent les coopératives (ex. : MEC), cette nouvelle me désilusionne un peu plus par rapport à ces soi-disant institutions démocratiques.