Le REM à l’aéroport, un fardeau public démesuré

«Les gouvernements fédéral et provincial doivent refuser de fournir la moindre contribution à la station du REM à l’aéroport», affirment les auteurs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Les gouvernements fédéral et provincial doivent refuser de fournir la moindre contribution à la station du REM à l’aéroport», affirment les auteurs.

Les gouvernements utilisent parfois des « partenariats public-privé » (PPP) pour deux motifs : en théorie, les PPP permettent de réaliser des projets en respectant les budgets prévus et en partageant, avec le secteur privé, certains risques d’un projet. Au Québec, les projets des hôpitaux universitaires (CUSM et CHUM) ont pourtant démontré le contraire avec d’énormes dépassements de budget.

Malgré ces mauvaises expériences, le dernier gouvernement libéral a utilisé les mêmes arguments, pour justifier la réalisation du Réseau express métropolitain (REM). L’entreprise responsable de la réalisation du projet est CDPQ Infra, une entreprise privée créée par la Caisse de dépôt et placement du Québec.

L’histoire va-t-elle se répéter ? Rappelons d’abord que, pour le REM, les choix de tracé et d’équipement de CDPQ Infra ont exigé des subventions importantes : le gouvernement provincial a pratiquement donné le tunnel du Mont-Royal et l’emprise du train de Deux-Montagnes ; le gouvernement fédéral a « donné » deux voies du pont Samuel-De Champlain à CDPQ Infra, qui n’a pas à payer de droits d’usage pour 99 ans. Ces infrastructures représentent des subventions de plus de 2 milliards de dollars.

Il y a deux ans, CDPQ Infra a constaté que plusieurs composantes du REM étaient trop coûteuses. Elle a donc effectué des changements au projet : déplacement de la station Griffintown, abandon d’une station (A13), hausse des budgets… et elle a convaincu Aéroports de Montréal (ADM) de payer entièrement la gare de l’aéroport. Rappelons qu’ADM avait déjà investi pour un accès à l’aéroport par le sud. Mais CDPQ Infra a décidé que l’accès serait souterrain, par le nord. Les coûts d’une station ont donc été multipliés.

Maintenant, à cause de la pandémie, ADM n’a plus les ressources nécessaires à la construction de la station souterraine de 600 millions. CDPQ Infra et ADM demandent donc aux gouvernements de payer la station. L’histoire va-t-elle se répéter ? Les gouvernements vont-ils accepter de payer la station ? Si un développeur du secteur privé, chaque fois qu’il rencontre un imprévu, n’a qu’à tendre la main au gouvernement pour un chèque en blanc, tous les risques sont assumés par les contribuables.

Les gouvernements fédéral et provincial doivent refuser de fournir la moindre contribution à la station du REM à l’aéroport. CDPQ-Infra a deux choix : A) Payer elle-même la station et ainsi accepter que son profit sera moindre que les 8 % visés. B) Annuler la réalisation de l’antenne vers l’aéroport.

Certains élus ont récemment affirmé qu’une station du REM à l’aéroport est absolument essentielle. Cette affirmation est absurde. Selon l’étude d’achalandage Steer Davies, la station du REM à l’aéroport attirera un faible achalandage : 2700 déplacements par jour toute la première année et 3800 déplacements par jour en 2031 (sur un achalandage total du REM de 160 000). Il s’agit de prévisions qui ne tiennent pas compte de la pandémie ou des changements climatiques. Ces prévisions sont trop élevées. La pandémie a créé un contexte qui va réduire l’usage de l’avion. De plus, dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques, il faudra que le carburant des avions soit assujetti aux taxes sur le carbone. Cela va faire augmenter le prix de chaque billet d’avion de plusieurs centaines de dollars et ainsi réduire l’usage de l’avion. Il est donc probable que l’achalandage de la station de l’aéroport soit de l’ordre de 1000 à 1500 déplacements par jour. Un tel achalandage ne peut pas justifier un investissement de plus de 1,1 milliard (600 millions pour la station, 500 millions pour le tunnel sous les pistes).

En contraste, lorsque la planification et la gestion du transport collectif sont réalisées par le secteur public, un investissement de 1 milliard permet d’implanter une grosse ligne de tramway attirant 50 000 déplacements par jour. Un exemple pertinent d’un tel projet est la ligne de tramway « Dorval–Lachine–centre-ville ».

Dans un contexte de transition énergétique, il importe de dépenser judicieusement les sommes disponibles pour le transport collectif, dans le but non pas d’accroître le bénéfice des promoteurs, mais bien de desservir le plus grand nombre possible d’usagers.


* Signataires : Luc Gagnon et Jean-François Boisvert, Coalition Climat Montréal ; Mathieu Vick, Syndicat canadien de la fonction publique ; Alison Hackney et Leslie Murphy, Trainsparence

6 commentaires
  • Jean-Guy Aubé - Abonné 21 septembre 2020 08 h 43

    Pas d'accord

    Ca fait des années que Montréal a besoin d'un lien ferrovière de passagers rapide entre le Centre ville et l'Aeroport de Montréal et peu importe le prix il faut réaliser ce lien le plus rapidement possible.

  • Bernard Terreault - Abonné 21 septembre 2020 08 h 46

    Malgré tout

    Que ce soit un train, un métro, un autobus et/ou tramway avec voie réservée et sans entraves (pas de ''stops''), tout aéroport de grande ville comme Montréal a besoin d'un moyen de transport rapide vers son centre-ville.

  • Sébastien Manningham - Abonné 21 septembre 2020 12 h 35

    Une lettre d'opinion basée sur une demi-vérité...

    J'ai une excellente nouvelle pour les auteurs de la lettre! Contrairement à ce qu'ils mentionnent, jamais ADM n'a demandé à ce que les gouvernements paient pour la station. L'aéroport a plutôt demandé un prêt, afin de continuer de payer elle-même la station. Vous pouvez donc dormir sans crainte, les deniers publics sont en sécurité!

    Par contre, le fait que les auteurs demandent aussi l'abandon de la desserte de l'aéroport me semble complètement déconnecté de la réalité. Vous en connaissez beaucoup de grandes villes qui refusent une station de métro dans leur aéroport? Je remarque en ce sens que ce texte est supporté par un membre du SCFP, qui représente le syndicat des chauffeurs de bus. J'en déduit alors que l'objectif ici n'est plus le bien commun, mais de faire une guerre au métro automatique de la Caisse, qui ne prévoit pas embaucher de chauffeur.

  • Sylvain Auclair - Abonné 21 septembre 2020 13 h 36

    Mais c'était le seul but

    Le seul but du projet de REM est de relier l'aéroport au centre-ville. Sans cette station, ce projet n'a plus aucune pertinence, sinon le «développement» de la Rive-Sud.

  • Nadia Alexan - Abonnée 21 septembre 2020 14 h 38

    Les projets avec les PPP, une autre méthode pour escroquer les contribuables.

    C’était Einstein qui disait: "La définition de la folie c'est de faire la même chose encore et encore et d'attendre des résultats différents." Malheureusement, nos dirigeants n'ont pas appris cette leçon encore. Ils utilisent maintenant le joli euphémisme «le partenariat public/privé» pour adoucir l'impacte négatif de cette méthode de financement des travaux publics. C'est le gouvernement qui assume tous les risques et le privé qui empoche tous les profits, sur le dos des contribuables.
    Le REM serait un autre «éléphant blanc» après le CUSM et le CHUM.

    • Jacques Patenaude - Abonné 22 septembre 2020 10 h 38

      Un PPP vous dites? Dites-moi dont où est le "privé" dans cette patente? la Caisse de dépôt? une créature du gouvernement du Québec qui en nomme les administrateurs, l'ADM? un OBNL créé par le gouvernement du Canada pour gérer son aéroport à Montréal. La formule financière adoptée par les libéraux l'a soustrait aux instances mis en place pour la planification d'un système de transport collectif par leur propre gouvernement. Peut-on trouver une situation plus absurde. Le gouvernement se court-circuite en « privatisant » lui-même certaines de ses créatures. Un PPP? on devrait plutôt parler d'appropriation de l'épargne et d’infrastructures collectives par des technocrates pour alimenter en capital le système financier. Ceci avec tous les défaut que vous attribuez aux PPP avec raison. Ce REM est-il le meilleur projet de transport collectif? On peut en douter bien qu'un lien avec l'aéroport était effectivement nécessaire. Nous aurions sûrement gagné à ce qu'il ne soit pas mis entre les mains de financiers prédateurs.