Cessez les coupes en enseignement postsecondaire en français au Canada

«Une université ou un cours est parfois le seul lieu où un individu peut s’exprimer en français dans son quotidien», écrivent les auteurs.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse «Une université ou un cours est parfois le seul lieu où un individu peut s’exprimer en français dans son quotidien», écrivent les auteurs.

À titre de présidents et présidentes de l’Acfas centrale et des Acfas régionales, nous nous inquiétons de la tendance des programmes et des cours universitaires en français à être la cible de coupes dans plusieurs provinces canadiennes lors de périodes économiques difficiles. Nous souhaitons rappeler que cette formation en français est un élément capital de notre prospérité politique, économique, diplomatique, sociale et culturelle.

Dans les derniers mois, encore une fois, une diminution de l’offre de cours en français a été annoncée dans plusieurs universités bilingues et de langue anglaise à l’extérieur du Québec. Nous savons que les exercices de rationalisation des programmes universitaires sont nécessaires et que des cours en anglais ont aussi été abolis.

Des cours en français ont déjà été éliminés dans les dernières années, et nous craignons que ce mouvement s’amplifie. Il est essentiel d’offrir une variété de cours universitaires en français dans toutes les provinces canadiennes pour y assurer la vitalité de la langue française, de la recherche en français ainsi que pour respecter le droit fondamental des étudiants de se former en français.

Nous souhaitons aussi rappeler la nécessité pour les gouvernements de mieux soutenir les universités et les campus francophones situés en contexte minoritaire au Canada, car ils contribuent à la richesse et à l’épanouissement de leur communauté. Les programmes universitaires en français sont en outre cruciaux pour assurer le maintien et le développement du bilinguisme des citoyens.

Plusieurs d’entre eux ont étudié dans des écoles de langue française ou d’immersion française à l’école primaire et à l’école secondaire, mais qui doivent, une fois à l’université, se tourner vers l’anglais pour étudier dans le programme qui les intéresse, ou changer de province pour poursuivre leurs études en français. Il existe au Canada un cruel déséquilibre entre l’offre universitaire en français et en anglais, et il manque de programmes et de cours en français au sein de plusieurs régions.

Il est donc crucial de préserver ceux qui sont en place. De plus, dans plusieurs provinces, la disparition d’un programme en français au sein d’une université entraîne, il est important de le souligner, l’impossibilité d’étudier ce sujet en français dans la province en soi. En raison de cette fragilité, lorsque des mesures de restrictions financières doivent être mises en place, il importe d’utiliser des critères d’évaluation adaptés aux programmes en français.
Assurons-nous de trouver les moyens de maintenir nos acquis, pour ainsi épargner beaucoup de temps et d’argent.

Par ailleurs, à ces programmes et cours francophones sont également liés des axes de recherche spécifiques, par exemple sur l’étude de la francophonie canadienne. Ces axes de recherche sont cruciaux pour obtenir des données probantes qui guideront les politiques publiques touchant les communautés minoritaires francophones [...].

N’oublions pas que les universités sont plus qu’un lieu de formation; elles représentent un milieu de vie pour le corps professoral et les populations étudiantes. Également, une université ou un cours est parfois le seul lieu où un individu peut s’exprimer en français dans son quotidien.

Nous invitons donc les gouvernements et les établissements d’enseignement postsecondaire de langue anglaise et bilingues à mettre leurs efforts en commun pour soutenir la vitalité de la langue française au Canada. Nous incitons également le gouvernement fédéral à prévoir un fonds pour stabiliser le financement des universités, campus et programmes francophones en contexte minoritaire, afin d’assurer leur pérennité et leur développement. L’Acfas et ses Acfas régionales sont disposées à apporter leur contribution, avec l’expertise de leurs membres et de leurs partenaires, dans ce dossier.

Lyne Sauvageau, présidente de l’Acfas; Renée Corbeil, présidente de l’Acfas-Sudbury; Valérie Lapointe-Gagnon, présidente de l’Acfas-Alberta; Patrick Noël, président de l’Acfas-Manitoba; Stella Spriet, présidente de l’Acfas-Saskatchewan; Selma Zaiane-Ghalia, présidente de l’Acfas-Acadie; Et les membres des comités de direction des Acfas régionales.

9 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 27 août 2020 06 h 59

    « Don't cry for me French postsecondary institutions from the Rest of Canada »

    Quoi ! On enseigne en français hors Québec et en plus de cela, dans les institutions postsecondaires? Wow! Des universités bilingues sont des mots polis pour dire des institutions anglophones. Le bilinguisme n’est que l’antichambre de l’assimilation « in Canada ».

    C’est bien beau de soutenir des campus francophones et des programmes universitaires en français, mais deviner dans quelle langue ces gens vont travailler une fois sortie de l’école? La très grande majorité, pour ne pas dire 99,9%, s’acquitteront de leur tâche quotidienne dans la langue de Don Cherry et de Doug Ford et ceci, à 100% du temps. Et combien de fois faut-il le répéter que le bilinguisme, dans la définition « canadian », est synonyme d’assimilation?

    Bon, on veut continuer cette instance virtuelle d’universités francophones hors Québec à l’intérieur de ghettos linguistiques pour procurer des emplois à des professeurs. C’est pour cela que cette lettre émane de ceux-ci et non pas de la population francophone hors Québec parce qu’elle n’existe tout simplement pas. Et n’est-ce pas pathétique d’entendre dire de la part de ces membres de l’Acfas que l’université ou un cours est le seul lieu ou un francophone hors Québec peut s’exprimer dans sa langue maternelle dans son quotidien hors Québec dans ce Canada qui se prétend bilingue « coast to coast » ou A Mari usque ad Mare?

    Alors, pourquoi est-ce que vous vous êtes battu bec et ongles contre l’émancipation du Québec alors qu’il désirait devenir un pays? J’y étais durant cette époque et on crachait littéralement sur les Québécois dans ces mêmes universités qui étaient fréquentées à presque 50% par des gens du pays de Gilles Vigneault. Eh bien aujourd’hui, vous récoltez ce que vous avez semé; le Canada anglais et multiculturaliste ne vous aime pas.

    • Marc Therrien - Abonné 27 août 2020 15 h 06

      Et j'imagine qu'il y a très peu de fiers Québécois comme vous qui ont encore de la compassion pour les Canadiens-français, ces "dead ducks", qui ne veulent pas mourir.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 27 août 2020 16 h 49

      Vous n'y connaissez absolument rien. Je suis Franco-Ontarien et ces « dead ducks » il y a longtemps qu'on les a enterrer. Ceux qui ne veulent pas mourir, eh bien, ce sont les subventionner qui sont littéralement payés pour parler français durant les heures de travail. Les autres, ce sont des Québécois exilés.

      Amen.

  • Jean Lacoursière - Abonné 27 août 2020 07 h 44

    Les auteurs de la lettre écrivent :

    « Également, une université ou un cours est parfois le seul lieu où un individu peut s’exprimer en français dans son quotidien. »

    Oups !

    Voilà une manière inattendue de dire que le français est une langue négligeable dans ces provinces.

  • Frédéric Lavoie - Inscrit 27 août 2020 08 h 03

    Professeurs-es du Québec...

    Collectivement, et à l'échelle nationale, nous avons besoin me semble-t-il d'une présence des professeurs-es des Universités du Québec...qu'ils et elles joignent leurs voix à leurs collègues du Canada francophone. Sans quoi.....dites-moi, comment gagner cette bataille ?
    Chercheurs-es et professeurs-es des Universités du Québec......où êtes-vous ?

  • Gilles Théberge - Abonné 27 août 2020 11 h 25

    J'aimerais savoir qui vous souhaitez toucher par votre lettre, bien bien polie...?

    Vous êtes certain... ?

  • Daniel Gagnon - Abonné 27 août 2020 15 h 42

    Si nos étudiants et étudiantes n’étudient plus en français, quel avenir aura ce pays, quelle sera donc sa raison d’être?

    Il est très inquiétant en effet que des programmes et des cours universitaires en français soient la cible de coupes dans plusieurs provinces canadiennes. On pense à la décision unilatérale du premier ministre ontarien Doug Ford de couper les fonds à l'Université de l'Ontario français, projet sur lequel tous les partis avaient pourtant été d'accord. Sa décision a soulevé un tel tollé qu'il avait été obligé de faire quelque peu marche arrière, la ministre fédérale Mélanie Joly ayant aidé aussi à trouver des fonds pour combler la méprisante coupe raciste.
    On pense aussi à la décision honteuse du recteur de l'Université Laurentienne, Robert Haché, véritable fossoyeur du français à Sudbury : aussitôt nommé, il s’est aussitôt armé de sa machette pour envoyer à la trappe 17 programmes, dont une majorité en arts et en français. Utilisant le même argument économique fallacieux du besoin de restructuration que l’inénarrable Doug Ford, cachant un mépris pour la francophonie ontarienne.
    Dans tout cela, il est triste de constater que ces administrateurs et recteurs divers n’ont aucune conscience de leurs responsabilités sociales comme canadiens : il semble que leur philosophie soit un immense effort pour supprimer de la carte les droits des francophones canadiens.
    Si nos étudiants et étudiantes n’étudient plus en français, quel avenir aura ce pays, quelle sera donc sa raison d’être? Ces gestionnaires arrogants, capables d’annihiler d’un trait de plume ou d’un clic des années d’efforts de la francophonie canadienne, devraient être remis devant leurs responsabilités sociales ou alors être congédiés.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 28 août 2020 16 h 51

      Tout à fait.