Le saccage du patrimoine beauceron

«L’intérêt et l’inquiétude de la Société du patrimoine des Beaucerons (SPB) persistent devant la démolition précipitée de demeures ou d’entreprises de la vallée de la Chaudière à la suite des inondations catastrophiques du printemps 2019», écrit l'auteur.
Photo: Gaston Cadrin «L’intérêt et l’inquiétude de la Société du patrimoine des Beaucerons (SPB) persistent devant la démolition précipitée de demeures ou d’entreprises de la vallée de la Chaudière à la suite des inondations catastrophiques du printemps 2019», écrit l'auteur.

La Société du patrimoine des Beaucerons (SPB) tient à signifier son appui à toute tentative de sauvegarde de la Maison d’Élyse à Beauceville, comme elle l’a déjà fait, notamment pour la maison Chabot à Vallée-Jonction.

L’intérêt et l’inquiétude de la SPB persistent devant la démolition précipitée de demeures ou d’entreprises de la vallée de la Chaudière à la suite des inondations catastrophiques du printemps 2019. Certaines revêtaient une valeur patrimoniale digne de considération. Elles ont pourtant été rasées, comme si la Beauce était la seule zone inondable ingérable du Québec, du pays, du continent, sinon de tout l’Occident ! L’est-elle ?

La Nouvelle-Orléans existe toujours, même si les digues ont cédé. Paris survit aux débordements de la Seine. Ni le mont Saint-Michel ni Venise ne sont abandonnés à l’enlisement. Le Vieux-Québec, Trois-Rivières, la Montérégie, Montréal et Sainte-Marthe-sur-le-Lac subissent l’assaut des flots et s’en tirent. Mais il faut croire que la Beauce est du lot des exceptions.

Au vu des événements, en dépit du démarchage du GIRAM (Groupe d’initiatives et de recherches appliquées) ou de celui de volontaires, comme certains membres de la famille Bernard (autrefois propriétaire de la demeure), force est de constater l’inflexibilité du ministère de la Sécurité publique dans le dossier. Il a, jusqu’ici, préféré ratisser largement, couper les têtes plutôt que d’en sauver en y mettant quelque effort de distinction.

Malheureusement, la solution unique est souvent le chemin royal de l’erreur. Il est vrai que, dans un peloton d’exécution, il vaut mieux tuer tout le monde au nom de l’égalité que de sauver une ou deux vies. C’est du moins la logique qui semble prévaloir dans cette affaire.

Un écran de fumée?

Il y a quelques semaines, à Vallée-Jonction, la maison Chabot a été jetée à terre, en dépit d’interventions pertinentes et d’un projet consistant de sauvegarde. Que penser de ce saccage ? Maintenant, le remous créé autour de la Maison d’Élyse n’est-il qu’un écran de fumée pour distraire et épuiser ceux qui s’intéressent à sa conservation ?

Peut-on le soupçonner lorsqu’on considère, entre autres, l’exigence démesurée du ministère susnommé qui céderait la demeure à la municipalité à un coût exorbitant, comme si ce n’était qu’une mauvaise idée de vouloir sauver cette maison témoin, une maison bourgeoise bâtie en 1890, significative par son histoire et, de surcroît, peu endommagée par la crue des eaux ?

Et maintenant?

Qu’advient-il exactement en ce moment, alors que sa destruction est supposément prévue pour ce mois-ci ? Pour plus tard ? Quand ? Y a-t-il un plan d’animation de ce « monument » ? De l’hébergement pour des organismes municipaux ? Des espaces loués à des particuliers ?

Bref, faudra-t-il finalement se soumettre à l’intransigeance du ministère de la Sécurité publique et à l’inertie du ministère de la Culture et des Communications, responsable des questions patrimoniales ? Le récent rapport dévastateur de la vérificatrice générale à son endroit en cette matière serait-il déjà tabletté ?

2 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 21 août 2020 15 h 58

    Fierté?

    Mais quel avenir peut-il y avoir pour un peuple qui n'a aucun respect pour son patrimoine? Je n'en vois guère. Que penserait un Robert Cliche ou une Madeleine Ferron de cette bien triste situation? Où est rendue la fierté légendaire des ''jarrets noirs''? Les Polermeau et Dutil, deux familles d'entrepreneurs beaucerons, pourraient relever le défi de sauver ce qui reste du patrimoine beauceron. Il est encore temps!

    Michel Lebel
    ancien Beauceron par alliance

    • Pierre Robineault - Abonné 21 août 2020 17 h 56

      En effet, monsieur Lebel. Mais pauvre alliance !