Naviguer avec cette fameuse incertitude

«La rentrée scolaire est à moins de trois semaines et on se demande toujours ce qu’il en adviendra», écrit l'autrice.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «La rentrée scolaire est à moins de trois semaines et on se demande toujours ce qu’il en adviendra», écrit l'autrice.

Depuis le début de la pandémie, le sentiment d’incertitude est le lot de tous puisque l’on ne peut prévoir ce qu’il adviendra de cette situation inédite qui est hors de notre contrôle. En éducation, on peut observer qu’il est l’apanage des enseignants et des intervenants scolaires, ce qui est loin de favoriser leur bien-être au travail.

En effet, depuis le mois de mars, on navigue en eaux troubles au gré des directives ministérielles manquant de clarté et de précision. Bien entendu, lors d’une situation de crise mondiale, on peut s’attendre à une désorganisation du système. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que l’éducation souffre cruellement, depuis des années, d’un manque de vision concertée qui oriente les actions collectives.

La situation actuelle a fait ressortir toutes les lacunes engendrées par les politiques d’austérité et l’idéologie néolibérale qui n’ont fait qu’exacerber, entre autres, les carences en ressources humaines et matérielles, la dévalorisation de la profession enseignante et les inégalités d’un système à trois vitesses (privé, public à vocation particulière et public régulier).

Il ne faut donc pas se surprendre qu’il y ait une pénurie de personnel, des retraites précoces, une détresse psychologique grandissante et un taux de décrochage professionnel d’environ 25 % chez les enseignants. Devant ce constat alarmant, comment peut-on encore se permettre d’improviser en éducation en s’appuyant sur le fait que les principaux acteurs du terrain s’adapteront sans problème à la situation ?

Géométrie variable

Dans la foulée de la documentation anémique partagée par le ministère quant à la rentrée scolaire imminente, on peut se demander si le capitaine de ce navire possèdele leadership nécessaire pour assurer un itinéraire évitant certains écueils afin d’arriver à bon port, en cette période de tempête. Pour l’instant, il semble qu’on veuille laisser toute la latitude aux centres de services scolaires et aux écoles pour établir des plans d’action et des protocoles d’urgence à géométrie variable afin de s’adapter à la diversité des besoins des milieux.

Bien que cette décentralisation des pouvoirs soit perçue par certains comme un gage de confiance du ministère dans la gestion et l’autonomie des établissements scolaires, il est légitime de se demander si le principe de subsidiarité doit être appliqué lorsque la société vit un état d’urgence sanitaire. Il faut se le dire, la rentrée scolaire est dans moins de trois semaines et on se demande toujours ce qu’il en adviendra.

Comme chercheuse qui étudie le bien-être des enseignants et les institutions scolaires bienveillantes, je m’inquiète sincèrement des impacts de cette incertitude sur la santé mentale des divers acteurs en éducation qui ont à gérer émotionnellement une situation anxiogène alimentée par l’impondérabilité.

Dans le contexte actuel, nous ne pouvons pas nous permettre que plusieurs d’entre eux tombent au combat, puisqu’ils détiennent le mandat fondamental d’éduquer nos enfants et nos adolescents pour assurer la pérennité de notre société. Bien qu’ils n’aient pas le choix de conjuguer avec des paramètres inconnus et de s’adapter, ils doivent tout de même agir en ce qui a trait à la mise en place d’un environnement propice à l’apprentissage des élèves qui répond à leurs besoins spécifiques, qu’ils soient en difficulté ou non. Il faut soutenir davantage les équipes-écoles en traçant une ligne directrice sur les plans sanitaire, pédagogique et psychologique, pour diminuer la pression constante exercée à leur égard et les rassurer devant ce défi substantiel.

Malgré toutes ces incertitudes, n’est-ce pas dans la mission première de l’école que d’éduquer pour la réussite de tous, malgré cette rentrée scolaire exceptionnelle ?


 
8 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 8 août 2020 09 h 06

    Bonne chance aux pauvres enseignant.e.s

    On en revient toujours aux conditions de travail des enseignants dans les salles de classe. S’il y a pénurie d’enseignants au Québec, il faudrait se rappeler qu’en plus de 25% qui quittent la profession, plusieurs s’exilent de la belle province pour aller travailler ailleurs où les conditions sont meilleures et le salaire encore plus. En Ontario, dans les écoles françaises, plus de 25% des enseignants sont des Québécois pure laine. Eh oui, « les politiques d’austérité et l’idéologie néolibérale n’ont fait qu’exacerber les carences en ressources humaines et matérielles, la dévalorisation de la profession enseignante et les inégalités … ». La présence des libéraux en éducation a été très néfaste pour tous. En 2003, avec la venue de Jean Charest, ils ont arrêté l’avance marquée que le Québec avait sur les autres provinces dans les TIC. Et on connaît la suite de l’histoire.

    L’Ontario a déjà dévoilé son plan pour la rentrée scolaire de 2020-2021. La fréquention des élèves sera facultative, les parents devront inscrire leurs enfants, il y a aura un dépistage quotidien des symptômes et des stratégies de protection. Prenons par exemple l'hygiène des mains. Les élèves seront formés et il y aura des pauses programmées pour permettre à ceux-ci de se laver les mains.

    En plus, les élèves de la 4e à la 12e année seront tenus de porter un masque non médical à l'intérieur de l'école, y compris dans les couloirs, en classe et dans les autobus. Pour les élèves de la maternelle à la 3e année, le port du masque dans les espaces intérieurs sera encouragé, mais non obligatoire. Tous les cours d’éducation physique auront lieu à l’extérieur. Des masques médicaux et des visières seront fournis à tout le personnel enseignant et aux autres membres du personnel des conseils scolaires. Les élèves sont incités à prendre leur déjeuner dans leur salle de classe. Les enseignant.e.s enseigneront toutes les matières en classe avec des groupes de moins de 15 élèves.

    Bonne chance.

  • Benoit Gaboury - Abonné 8 août 2020 09 h 11

    Prendre le temps qu'il faut

    Très bon article, qui apporte un éclairage important. Mais ce n'est pas une mauvaise idée, non plus, dans une situation inédite comme celle que nous vivons actuellement, d'attendre un peu pour bien observer ce que feront les autres, pour mieux analyser leurs choix et mieux prévoir également les réactions aux mesures devant être prises. On peut penser qu’ainsi le ministère pourra entrevoir des possibilités ou des obstacles auxquels nous n'aurions pas pensé.

    Le Québec a été le premier à ouvrir les écoles primaires au printemps dernier, et ce, dans toute l'Amérique du Nord, faisant coïncider cette réouverture avec la date que la France avait choisie, elle pourtant qui avait été frappée depuis plus longtemps qu'ici. Cet empressement du Québec avait été critiqué, à juste titre, comme un pari risqué peut-on dire, puisqu'on ne savait que peu de choses sur la transmission du virus par les enfants, le risque étant bien sûr de contaminer les enseignants, les parents, et leurs proches aussi, bien entendu.

    Or voilà que maintenant, pour la rentrée d'automne, le ministre et ses conseillers semblent vouloir prendre un peu plus de recul, au lieu d'être en pointe du mouvement comme au printemps. Cela, même si ça peut être embêtant pour le monde de l'éducation - on le comprend bien et c'est en un sens regrettable - laisse présager des décisions qui auront été basées sur la connaissance des diverses approches des autres provinces et pays et des choix qui tiendront donc compte de davantage de facteurs. Et qui seront ainsi mieux ciblées, peut-on espérer. Et tout cela prend le temps et la patience qu’il faut, quitte à retarder d'une semaine ou deux la rentrée scolaire pour que tout ce qui sera décidé soit bien préparé et fin prêt, au meilleur de nos possibilités.

    • Jérôme Guenette - Abonné 8 août 2020 11 h 59

      @ Gaboury

      "On peut penser qu’ainsi le ministère pourra entrevoir des possibilités ou des obstacles auxquels nous n'aurions pas pensé." C"est malheureusement l'inverse qui s'est passé à répétition. Quand le ministre annonce le lundi aprés-midi qu'une partie des élèves sera de retour en classe le lundi suivant, il ne voit pas les obstacles, et quand il souhaite bonne vacances à tout le monde, il oublie la mission première de l'école soit instruire, socialiser, qualifier et a cruellement rendu le retour en classe à distance très difficile parce qu'il a envoyé le mauvais message, et quand à cette date-ci, et comme il n'a toujours pas annoncé quelles seront les procédures pour les cas de covid en classe, il crée de l'incertitude et de l'inquiétude. On peut en ajouter encore et encore.
      Il y aura toujours des ajustements à faire dans une telle situation, mais il a eu plus que le temps de réfléchir et se préparer, et maintenant serait le temps de présenter un plan.

  • Jérôme Guenette - Abonné 8 août 2020 09 h 39

    "...comment peut-on encore se permettre d’improviser en éducation en s’appuyant sur le fait que les principaux acteurs du terrain s’adapteront sans problème à la situation ?..." Indépendamment de la pandémie, on demande depuis longtemps à l'école de faire de plus en plus avec de moins en moins. Dire que les profs et le milieu va s'adapter dans de telle circonstances est un des principes fondamental de gestion en enseignement même si cette façon de fonctionner amène le décrochage des enseignants et la dévalorisation de la profession et par le fait même, de l'éducation en général. Inutile de dire que les enfants s'en ressentent.

  • Réal Gingras - Inscrit 8 août 2020 10 h 24

    … et pendant ce temps en Suède…

    En Suède. presque rien n’est mis en place, tout est ouvert et le nombre de cas n’est pas plus grand qu’ici.

    Les Suédois sont certainement plus sage. Il n’y pas à s’énerver. Je ne comprends pas que certains parents puissent mettre en demeure le ministre pour lui demander de favoriser le libre choix de l’obligation scolaire.

    ”Les parents ne devraient pas avoir à faire un choix entre la sécurité de leur enfant ou son éducation”. — Julius Grey

    Il n’y a pas de choix à faire. Nos enfants ont toujours été en sécurité dans les écoles.
    L’école ne relève pas du libre choix. Les pédiatres et tous les intervenants auprès des élèves en difficulté vous le diront.

    Comme grand-parent, je m’oppose fortement à tout ce discours qui deviendra de plus en plus alarmiste d’ici la rentrée. Il n’y aura pas de 2e vague et je ne me sens absolument pas inquiet de fréquenter mes petits-fils. C’est le gouvernement, la Santé publique et les contradictions scientifiques qui nous amènent à cet atmosphère de paranoïa. Il n’est pas compréhensible que cette rentrée COVID-19 provoque quelques bouffées d’anxiété chez les parents.

    Il n’y a pas de souci et la rentrée doit se faire le plus normalement possible de la même manière qu’elle se faisait dans les années passées, sans incertitude.
    Les discours qui entoureront cette rentrée doivent se faire dans un climat de détente, d’harmonie et de bonne humeur. Les élèves ont perdu beaucoup de temps depuis le mois de mars à tourner en rond chez eux à la maison, plus souvent qu'autrement devant des platitudes de jeux vidéos ou de sornettes souvent lues sur certains médias sociaux. J’invite les parents et les enseignants à réfléchir, à retrouver la raison et à arrêter de s’en faire avec si peu.

    « Ce qui tourmente les hommes, ce n’est pas la réalité, mais les jugements qu’ils portent sur elle. » (Épictète)

    • Cyril Dionne - Abonné 8 août 2020 12 h 53

      « Il n’y aura pas de 2e vague et je ne me sens absolument pas inquiet de fréquenter mes petits-fils. «

      Est-ce que je peux vous citer à l’automne ou au début de l'hiver M. Gingras?

    • Jérôme Guenette - Abonné 8 août 2020 15 h 09

      M. Gingras,

      Je vous invite à consulter le site de l'INSPQ qui présente les projections pour la Covid-19. https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees/projections/29-juin

      Je ne suis pas du tout en position de dire ce qui se passe ailleurs au Québec, mais ce que je vois autour de moi et une rentrée "normale" correspond, à mon humble avis, à une diminution des mesures de protection. L'avenir nous dira laquelle de ces courbes nous auront suivie.

      Pour les parents d'élèves au secondaire, il existe déjà des ressources pour faire l'école à la maison, reconnues par le ministère de l'éducation. Le ministère ne semble pas capable de guider ces gens inquiets vers ces ressources. Ça serait pourtant une façon efficace de diminuer le nombre d'élèves par classe et de diminuer l'inquiétude de ces parents.

      Pour ce qui est d'une rentrée normale, il manquera probablement plus d'enseignants cette année que d'habitude parce que certains ont des problèmes de santé ou prennent soin de personnes ayant de tels problèmes et devront rester à la maison. Quand un enseignant attrappera la Covid, il partira pour au moins 14 jours et il faudra quelqu'un pour le remplacer. Les élèves qui tomberont malade auront aussi du rattrapage à faire à leur retour en classe, ce qui augmentera la charge de travail des enseignants.

      Tous ces problèmes et bien d'autres étaient prévisibles en mai, ou même avant. L'inquiétude vient de l'incertitude et du manque de confiance créé par la gestion catastrophique de cette crise par le ministre.

  • Jacques Lafond - Abonné 8 août 2020 16 h 29

    Je suis tout à fait d'accord avec les propos de M. Gingras. L'école devrait recommencer exactement comme avant avec le lavage des mains comme seule mesure. Et surtout, qu'on oublie définitivement cette idée délirante de masques. Les parents qui croient que leur progéniture est en danger à l'école n'ont qu'à garder leurs enfants à la maison ou à les inscrire dans une école privée qui adoptera des mesures qui les satisferont; ou encore, il peuvent engager des tuteurs privés qualifiés à leurs frais, bien entendu.
    Il est grandement temps que toute cette hystérie collective cesse, car les dommages sont déjà colossaux et ne feront qu'augmenter si on laisse cette clique de la santé publique continuer à dicter des politiques suicidaires et insensées qui nous conduisent au désastre.
    Il n'y aura pas de 2e vague, à moins que les responsables (ou plutôt les irresponsables) de la santé publique la fabriquent en renommant la prochaine grippe saisonnière 'Covid'.