Pour un véritable accès aux plans d’eau

«Ce manque d’accès public est d’autant plus ironique que les lacs foisonnent au Québec», soulignent les auteurs.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Ce manque d’accès public est d’autant plus ironique que les lacs foisonnent au Québec», soulignent les auteurs.

Le gouvernement n’a cessé de répéter ces derniers mois que les Québécois devraient profiter de leurs vacances estivales pour découvrir le Québec et profiter de ses attraits. Le hic est que plusieurs des endroits vantés ne sont pas à la portée de tout le monde. C’est le cas notamment des espaces naturels.

L’accès aux cours d’eau et aux lacs est particulièrement difficile. Parfois l’accès est réservé aux résidents de la municipalité. Dans d’autres situations, il faut payer pour accéder à la plage. Et, souvent, la zone assignée à la baignade est à peine plus grande qu’une baignoire (la plage du lac Bromont en est le parfait exemple).

Comment est-il possible que tout le monde soit autorisé, selon l’article 920 du Code civil du Québec, à circuler sur les cours d’eau et les lacs, mais que les berges, et donc les plans d’eau eux-mêmes, soient pratiquement inaccessibles ? En réalité, hormis quelques rares exceptions, il faut être propriétaire d’un bout de rive pour avoir accès à un lac, ce qui n’est pas le cas de la majorité des Québécois. Et, malheureusement, louer un chalet au bord d’un plan d’eau est trop cher pour plusieurs (et compliqué en temps de pandémie). Ce manque d’accès public est d’autant plus ironique que les lacs foisonnent au Québec.

Pourtant, des solutions de rechange à la privatisation de la nature existent. À titre d’exemple, la Bavière, une région au sud de l’Allemagne, s’assure que tous peuvent profiter des lacs en garantissant l’accès à une bonne portion des rives. De plus, et cela nous paraît important de le souligner, l’accès est gratuit. Cet accès est un droit inscrit dans la constitution qui s’applique même dans le contexte de lacs très prisés, comme le fameux lac de Starnberg, où les nantis de la ville de Munich possèdent de grandes villas. Dans ce cas-ci, ce n’est rien de moins que la moitié des 49 km de rives qui sont accessibles à tous !

Démocratisation

Dans le contexte québécois, où les étés sont de plus en plus chauds et les périodes de canicule intense, plus longues, continuer à restreindre l’accès aux plans d’eau semble contre-productif. Maux de tête, insomnie, épuisement et crise cardiaque ne sont que quelques exemples d’effets néfastes sur la santé physique et mentale répertoriés par l’Organisation mondiale de la santé.

Les enfants, les personnes âgées et les personnes à faible revenu sont parmi les groupes les plus vulnérables. Or, les plans d’eau naturels peuvent nous aider à nous adapter aux changements climatiques. Non seulement la baignade permet à plusieurs de se rafraîchir, mais la natation est aussi une façon simple de rester en forme et elle peut être pratiquée même lorsqu’il fait très chaud.

Ainsi, nous sommes d’avis que les différents niveaux de gouvernement devraient agir dès maintenant afin de rendre accessible ce qui, en fait, appartient déjà aux Québécois. Par exemple, racheter des terres riveraines permettrait de créer davantage de points d’accès public. Les autorités municipales devraient être proactives et identifier des terrains potentiels, adopter des règlements pour limiter les nouveaux projets de développement immobilier aux abords des lacs, négocier des droits de passage, etc. Il faudrait également redoubler d’efforts pour rendre les cours d’eau, tel le fleuve Saint-Laurent, plus propres.

D’ailleurs, ce raisonnement est également valable en ce qui concerne l’accès à la montagne et à la forêt. Il faut, certes, s’assurer de protéger ces milieux naturels, mais nous pensons que notre patrimoine collectif serait davantage apprécié et protégé par le biais d’une bonification de l’accès public que par sa privatisation. La (re)démocratisation de la nature, notamment en assurant un accès public aux cours d’eau et aux lacs, est une question de santé publique et de justice sociale et environnementale.


 
9 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 6 août 2020 04 h 46

    Monarchie ou République, là est la question

    Les mœurs et structures administratives au Canada et au Québec sont monarchiques plutôt que républicaines, comme aux États-Unis. Or, l’accès de la population aux plans d’eau publics est différent selon qu’on vit en régime monarchique ou républicain. Sous une monarchie, le nombre ne compte pas dans la prise de décision des élites tandis que sous une république, c’est le premier facteur qui emporte la décision.
    Réf.: http://www.gensdebaignade.org/DiscoursdeGaspe_2004

    • Jacques Patenaude - Abonné 6 août 2020 11 h 37

      @ Naud
      J'ai lu votre très intéressant article mais en quoi démontre-il la supériorité du républicanisme sur la monarchie. Effectivement votre article nous démontre que dans le domaine de la gestion des cours d'eau les USA sont des modèle d'égalitarisme mais c'est l'exception plutôt que la règle. Le républicanisme américain est plutôt un modèle d'inégalitarisme. Le présenter en modèle de république égalitaire à partir de l'exception est peu convaincant. Loin de moi l'idée de soutenir la monarchie britanico-canadienne dont j'espère on se débarrassera un jour mais il me semble qu'il existe des modèles républicains plus intéressant à mettre en valeur.
      D'autre part dites-moi comment la monarchie canadienne pourrait empêcher les gouvernements de légiférer dans le même sens que ce qui se fait aux USA où vous avez raison la gestion des plans d'eau est nettement supérieure.

    • Léonce Naud - Abonné 7 août 2020 10 h 33

      À M. Patenaude. - Ayant eu la chance d'examiner longuement et sur place les lois et pratiques en matière d'accès des populations aux plans d'eau à la fois en Europe occidentale et aux États-Unis, j'ai découvert une similitude de comportements entre des pays Européens de moeurs plus ou moins Républicaines tels la France et la République américaine.

      Tandis qu'au Canada et au Québec, tout comme en Grande-Bretagne et sans doute ailleurs dans le Commonwealth, les lois et les comportements publics dans ce domaine se ressemblent étrangement.
      Quant au système monarchique canadien, je me suis vu forcé d'admettre qu'il est beaucoup plus prégnant dans nos vies que nous ne le réalisons tout d'abord. En surface, le Canada est une démocratie. En profondeur, nous vivons sous une charpente monarchique à laquelle on a accolé une Constitution. Cette greffe a-t-elle vraiment pris ? Pas très sûr. Rarement cette réalité émerge-t-elle à la surface. Un organisme Fédéral, l'Administration du Port de Québec, a cependant jugé bon de s'en prévaloir il y a quelques années : « Le Port de Québec appartient à sa Majesté la Reine Élizabeth II qui lui en confie la gestion. » (APQ, 2013) - En clair : ses braves officiers sont gestionnaires...de la Reine.

      Il est exact que dans un système de gouvernement de type monarchique, rien n’empêche de légiférer quant à l’accès de la population aux plans d’eau publics. Le problème, c’est que dans une culture de type monarchique, le nombre ne compte pas, seulement les titres et les droits qui leurs sont rattachés. C’est là-dessus que la différence fondamentale de comportements entre le Canada et les États-Unis m'a semblé la plus irréductible.

      Enfin, en Occident, c'est l'Empire romain que la population devrait remercier quand elle peut utiliser à son aise grèves et littoraux. Ce droit remonte au Code Justinien adopté à Byzance le 7 avril 529.

      Réf. : http://www.gensdebaignade.org/documents/La_doctrin

  • Michel Corbeil - Abonné 6 août 2020 09 h 24

    Plans d'eau

    En 2012 je m'installe dans les Laurentides enhtousiasmé par l'idée de me baigner dans un lac ce que je préfère à la piscine chlorée. Quel ne fut pas ma déception de ne pas trouver de rives pour le faire. Tous les alentours des lacs de ma région sont occupées par des accès privés! Si ne sont pas des terrains privés, la municipalité se réserve le droit d'accès ou les plages sont payantes.
    Autre point dans le même sujet. Est-ce que quelqu'un à pensé à mesurer les rives occupées à Laval par ces condos en hauteur qui évidemment se vendent pour la meilleure vue (est-ce l'effet "Vaillancourt"? Certes il y a quelques mini parcs d'aménagés pour faire bonne conscience. Vous allez me dire que de toute façon les rivières des Mille-îles et des Prairies ne sont pas baignables à cause du courant, par contre on pourrait y aménager des promenades ou des parcs en longueur comme le parc de la Visitation dans Ahuntsic.

  • Olivier Légaré - Abonné 6 août 2020 09 h 37

    Suite

    Je suis tout à fait d'accord avec ce que vous avancez. C'est une préoccupation que je partage depuis longtemps déjà. En fait, ma question est que peut-on faire pour la suite. S'il est possible de s'impliquer, n'hésitez pas à m'écrire.

  • Yann Leduc - Abonné 6 août 2020 10 h 08

    Think big

    Sans compter la Plage Jean Drapeau à 10$ l'entrée, la "Plage du Vieux port" interdite à la baignade et la nouvelle Plage de Verdun, grosse comme un carré de sable. Vive les chats-laids pis les Winnie-Bagot et tant pis pour les pôôvres. Think big.

  • Michele Sawchuck - Abonnée 6 août 2020 15 h 07

    Bien d’accord!

    C'est très dommage mais c'est la triste réalité...
    Il sera à mon avis très difficile de détricoter ce qui constitue les accès privés aux lacs du Québec. Voyez-vous ça le gouvernement du Québec légiférer pour une vraie politique d'accès des plans d'eau?
    De plus, les lacs les plus près des villes sont par ailleurs les moins ouverts car privatisé par les plus nantis d'entre nous.