Même les plus petits gestes ont des conséquences

«Être une personne survivante, c’est avoir perdu le pouvoir, avoir été la marionnette d’autrui», déplore l'autrice.
Photo: Getty Images / iStockphoto «Être une personne survivante, c’est avoir perdu le pouvoir, avoir été la marionnette d’autrui», déplore l'autrice.

Troisième vague… de dénonciations d’agressions sexuelles. Chaque fois, ces vagues créent un ressac en moi : impossible de me concentrer sur autre chose.

Je suis une survivante d’agressions sexuelles. C’était quelqu’un connu de moi, mais un parfait inconnu du public. Quand même, je suis solidaire avec toutes ces femmes et tous ces hommes (appelons-les personnes survivantes) qui dénoncent leurs agressions.

Cependant.

Cependant, quand on élimine ou « annule » (cancel) un présumé agresseur de ses contacts, des réseaux sociaux et de son travail, que fait-on réellement ?

On exprime notre indignation. La nôtre. Celle de quelqu’un qui n’a peut-être pas vécu (et c’est tant mieux) d’agression de ce type. On exprime notre incompréhension : pourquoi donc existe-t-il des agresseurs encore aujourd’hui ? On exprime aussi notre dégoût envers nous-mêmes d’avoir pu aimer un jour cette personne ou son travail.

Mais a-t-on vraiment écouté ? A-t-on entendu ce que les personnes survivantes souhaitaient, voulaient, ce dont elles avaient besoin en faisant une dénonciation publique ?

Aujourd’hui, le débat tourne en boucle autour de la présomption d’innocence, principe fondamental d’un vivre ensemble relativement serein. J’y crois, en tout cas. Aujourd’hui, nous entendons moult experts du système judiciaire expliquer que ledit système a changé. Je les crois aussi. On nous explique que le corps policier est mieux formé ; que les juges le sont aussi… Je les crois encore, et les remercie de prendre la situation au sérieux, mais, malgré toute la bienveillance des uns et des autres, un procès, c’est un rouleau compresseur.

J’ai témoigné à titre d’experte sur un tout autre sujet dans un procès — trop — médiatisé il y a quelques mois, et j’ai vu, j’ai entendu la souffrance des personnes dans la salle, tant accusé que plaignant, que famille aussi. Aucune bonté ne pouvait enlever cette souffrance. La justice prend trop de temps, laissant ouvertes des plaies qui, tout juste refermées, et encore loin d’être cicatrisées, doivent encore s’ouvrir.

Aujourd’hui, on se questionne sur les conséquences de ce qu’on perçoit comme une vendetta publique. Les conséquences de parler publiquement pour les personnes dénonçant, mais, aussi, et surtout, les conséquences pour les présumés agresseurs. Les présumés coupables perdent leur emploi, leurs contrats, leurs amis, réels ou virtuels. Ils sont intimidés sur les réseaux sociaux, et leurs faits et gestes, de même que leurs excuses, sont scrutés à la loupe. On se demande : cette indignation populaire respecte-t-elle le principe de proportionnalité ? On s’entend, moi aussi je souhaite que ces présumés agresseurs fassent face à leurs responsabilités.

Avez-vous remarqué ? Vous venez de lire deux paragraphes entiers sans qu’on parle réellement des personnes survivantes. Des conséquences que l’agression a eues sur leur corps, leur cœur, leur âme. On ne propose pas de solutions sur la manière dont la société aurait pu, au-delà d’une justice bienveillante, leur apporter soutien et réconfort pour passer à travers : des psychologues, des groupes de soutien, des organismes communautaires financés… Surtout, on ne se demande pas trop pourquoi les personnes survivantes en sont arrivées à dénoncer leur agression publiquement. On suppose que c’est par vengeance ; la colère de sorcières hystériques transformant le beau prince en bossu.

Être une personne survivante, c’est avoir perdu le pouvoir, avoir été la marionnette d’autrui. Dénoncer quelque chose, peu importe la méthode, c’est reprendre ce pouvoir. C’est passer de l’état de victime au rôle de survivante. C’est déboulonner symboliquement la statue du dictateur (ou de la dictatrice) pour y mettre des fleurs et reprendre sa vie, son corps, son âme en sa possession propre. Si les victimes étaient crues, mieux accompagnées, plus tôt elles seraient en mesure d’agir pour se réparer d’une manière peut-être moins négative pour elles.

Alors, avant de supprimer, de « déliker », de bannir pour mettre loin de vos yeux et de vos cœurs cette personne fautive, pour oublier votre aveuglement envers elle, votre dégoût et faire comme si tout cela n’existait pas, peu importe vos raisons, posez-vous une question : que souhaite la personne survivante et comment puis-je contribuer à l’accompagner dans cette épreuve ?

Car même les plus petits gestes ont des conséquences.

13 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 15 juillet 2020 07 h 21

    Mettre au banc des accusés des médias sociaux

    Justement, j’en connais une survivante qui m’est très cher. Et avant de partir en guerre dans une grande Inquisition de dénonciation et de lynchage, c’est la victime qui a reçu toute mon attention. Je l’ai écouté. Mais au lieu de se plaindre tout azimut sur les médias sociaux, elle a porté plainte officiellement tout de suite. Elle n’a pas attendue.

    Oui, la présomption d’innocence, principe fondamental d’un vivre ensemble, est la différence de vivre en démocratie ou dans une dictature. Le principe de proportionnalité est aussi crucial dans une société qui a fait de l’égalité, un de ses piliers démocratiques. Malheureusement, le système n’a pas changé puisqu’on victimise encore la victime à travers un dédale de bureaucratie. Le corps policier est mieux formé, vous voulez rire ou quoi? On le voit nous démontrer toute son incompétence dans cette affaire des deux fillettes qui a bouleversé le Québec. Ils sont incapables de retrouver un peintre en bâtiment. Pour la cour et les juges, sachez que dans notre cas bien personnel, il aurait fallu que la victime, pour continuer, aille témoigner à plus de 8 heures de route où l’agresseur vivait. Elle n’avait pas le choix de le faire sinon la Couronne laissait tombée l’affaire. Et elle a abandonnée.

    Pour le reste, ces dénonciations publiques sont une vendetta et une vengeance qu’on veut exercer qui ne ramènera aucun pouvoir à la victime, mais lui rappellera toujours cet épisode. L’agresseur était un de ces pauvres types qui avaient des démons bien à lui et la prison et n’auraient pas changé la donne. Et pour nos antiracistes fascistes qui pratiquent une culture de bannissement digne d’un épisode des servantes écarlates, les purges publiques ne changent absolument rien. Pour les gens ordinaires, dénoncer publiquement quelqu’un que le public ne connaît pas, ne fait aucune différence, quoi qu’en dise Isabelle Brais. Elle devrait plutôt dire à son mari d'être moins incompétent en gestion de crise pandémique.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 juillet 2020 09 h 56

      "Pour nos antiracistes fascistes.." - Cyril Dionne

      Ou l''art de d'inverser les réalités.

      Pour Cyril Dionne, désormais, ce sont les antiracistes qui sont fascistes.

      À croire qu'il aurait fallût soutenir Adolphe Hitler.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 juillet 2020 12 h 00

      Non M. Montmarquette, vous ne faites que soutenir les dictatures de Cuba, du Nicaragua, du Venezuela, de la Chine, de la Russie, de la Corée du Nord et j'en passe. Et on savait qu'avec nos islamo-gauchistes, le point Godwin allait être franchi en un temps record même si le nom du principal interlocuteur est mal écrit.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 juillet 2020 14 h 22

      Bizarrerie orthographique: ban des accusés ne prend pas de "c". Il ne s'agit pas d'un banc sur lequel on s'asseoit.

      Détails:
      http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=

      L'erreur est encore plus tentante si on parle d'un.e député.e d'arrière-ban.

      On pardonne celles ou ceux qui trébuchent, mais je profite de l'occasion pour le mentionner.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 juillet 2020 15 h 21

      @ Cyril Dionne,

      "Non M. Montmarquette, vous ne faites que soutenir les dictatures de Cuba, du Nicaragua, du Venezuela, de la Chine, de la Russie, de la Corée du Nord et j'en passe." - Cyril Dionne, 15 juillet 2020

      https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/582448/meme-les-plus-petits-gestes-ont-des-consequences

      Vos pelletées de mensonges ne déshonorent que vous.

      Donnez-nous les textes et déclarations officielles de Québec solidaire ou de moi qui disent ça.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 juillet 2020 16 h 30

      Cher M. Labelle,

      Ne pas confondre « mettre au banc des accusés » et « mettre au ban de la société ». Dans un cas, « banc » fait référence au siège des accusés, dans le 2e cas, le ban fait référence au pouvoir de commandement du seigneur et à la condamnation au bannissement.
      http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ban/

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 juillet 2020 16 h 52

      S'il y a une chose que j'ai apprise dans ces pages, c'est de toujours vérifier les références de M. Montmarquette. Souvent, mis à part le titre la référence nie bord en bord ce que dit M. Montmarquette.
      C'est qu'il croit au départ que personne n'ira lire sa référence, ce qui permet souvent d'écrire n'importe quoi. Faut prendre les gens pour des caves.

      Ici, c'est plus rigolo qu'autre chose : M. Montmarquette cite l'article en cours! Il a tout simplement copié ce qu'il avait écrit dans "La liste", un autre artile, où le texte est mot pour mot le même, avec la même citation.
      Référemce : https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/582441/denonciactions-la-liste

      Serait-ce une attaque en règle contre M. Dionne? Euh.... oui.

      Il n'y a pas pelletée de mensonge.
      M. Montmarquette est marxiste. Dans les faits réels, les critiques qu'il sert ici sont tout aussi valables pour la Suède ou le Danemark. Il donfond la social-démocratie avec les capitalismes les plus sauvages, tout comme les néolibéraux et les nazis mais à l'inverse.

      Tous les gouvernements marxiste ont failli lamentablement à la tâche, tuant, emprisonnant et affamant des millions de personnes pour raisons "hautement morales".
      Pourtant M. Montmarquette reste fidèle à l'idéologie, avec le résultat qu'il appuie " les dictatures de Cuba, du Nicaragua, du Venezuela, de la Chine, de la Russie, de la Corée du Nord et j'en passe.". Les faits sont les faits.

      Pour M. Montmarquette, seule la gauche a raison dans tous les cas, ce qui l'oblige sensément à toujours aller plus à gauche dans ses raisonnements.

      C'est la définition d'un extrémiste.

      Un point est parfaitement clair : tous les marxismes sont des cul-de sac qui procèdent d'une volonté puérile d'avoir raison, et utilisent la critique sociale sans jamais en comprendre le sens.
      Leur tenants le prouvent chaque jour.

      Je copie ceci partiellement dans l'autre article.

    • Marc Therrien - Abonné 15 juillet 2020 18 h 04

      En tout cas, force est de constater que l’animosité qui existe entre messieurs Dionne et Montmarquette les empêche de réfléchir à cette question posée par l’auteure : « que souhaite la personne survivante et comment puis-je contribuer à l’accompagner dans cette épreuve ? »

      Marc Therrien

    • Marc Therrien - Abonné 15 juillet 2020 18 h 24

      M. Labelle,

      Avons-nous lu la même page de la banque de dépannage linguistique de l'OQLF? Après deux lectures, j'en conclus qu'il faut bien écrire banc des accusés comme dans l'exemple donné: « Il s’est retrouvé une fois de plus au banc des accusés. »

      Par ailleurs, pour ma part, quand je lis « Mettre au banc des accusés des médias sociaux », je me demande si les médias sociaux sont le banc lui-même ou ceux qui s’y retrouvent, auquel cas j’aurais plutôt écrit « mettre les médias sociaux au banc des accusés ».

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 15 juillet 2020 21 h 02

      M. Therrien,

      Disons que cet article me touche un petit plus que vous si vous avez pris la peine de lire mon commentaire. Il n’y a rien de philosophique là-dedans. Et pour mon titre, il faut y réfléchir avant de se faire une opinion.


      M. Trottier,

      Vous avez raison, son lien nous renvoie à la même page. (lol)
      De toute façon, je persiste et je signe.

      Et on se rappelle tous de son commentaire du 29 mars 2019 à 14 h 28 lorsqu’il a traité les Québécois d’idiots et d’analphabètes : « La majorité (53%) des Québécois sont des analphabètes fonctionnels incapables de comprendre un texte simple avec un minimum de mots. De ce nombre, 20% ne savent ni lire ni écrire. »

      https://www.ledevoir.com/opinion/idees/550976/la-caq-et-sa-conception-immaculee-de-l-education

      Mais la crème sur le sundae, c’est la lettre des plus grandes lumières de la gauche, Noam Chomsky, Margaret Atwood, Salman Rushdie, Gloria Steinem en passant par John R. MacArthur du Devoir publiée dans Harper’s Magazine qui ont condamné cette nouvelle gauche antiraciste fasciste dont Québec solidaire fait partie.

      https://harpers.org/a-letter-on-justice-and-open-debate/

  • Réal Gingras - Inscrit 15 juillet 2020 08 h 31

    Attention! c'est dangereux.

    On est bien d’accord avec cette situation inacceptable et on comprend très bien la douleur des victimes mais en même temps comme il est dit dans ce texte , il faut faire attention à l’erreur judiciaire et à la présumée victime qui a peut-être inventé, imaginé ou modifié ce qui lui est arrivé. La jurisprudence nous démontre que des accusations étaient souvent issues de faits tronqués et cela cause d’énorme préjudice à la personne dénoncée. Alors attention!

    Le gouvernement devrait légiférer de la manière suivante: "Interdire toute forme de dénonciation publique tant et aussi longtemps que le juge et que le procès, qui pourrait en découler, ne se soit prononcer ou non sur la culpabilité d’un présumé agresseur. Cela s’applique aussi à n’importe qu’elle autre type d’accusation."

    Autrement dit, les médias ne devraient pas avoir le droit de mentionner quoi que ce soi, de rendre publique
    un procès en cours avant que le jugement ne soit rendu.

    Ce n’est qu’après le jugement qu’une loi devrait autorisée à mentionner la culpabilité ou l’acquittement d’un accusé.

    Imaginez une personne qu’on accuse inutilement et qui se fait ostraciser pendant des mois sur de fausses accusations et qui, suite à un procès, se retrouve acquittée. Non vraiment , il faut interdire tous types d’accusations préalables et ne pas rendre publique ces accusations.

    Il y a eu trop d’erreurs judiciaires qui se sont produites dans le passé. Ce qui se passe actuellement est très dangereux.
    Allez en parler à ceux qui croupissent en prison depuis des années et qui n'ont rien fait.

    • Christian Montmarquette - Abonné 15 juillet 2020 11 h 34

      D'accord avec vous, M. Gingras.

      Si le système judiciaire a des problèmes, c'est le système qu'il faut changer, et non le remplacer par la vindicte populaire.

      - La loi ne dit-elle pas qu'on ne peut se faire justice soi-même?

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 15 juillet 2020 16 h 15

    Une chose est sûre, penser que le problème présentement est de trouver la bonne façon de gérer la suite d'une agression c'est comme chercher le meilleur tapis sous lequel cacher la poussière.

    Il faut que cesse ces agressions, avec de l'éducation et des ateliers de prévention soutenu et régulier dans le cadre scolaire directement.
    Il faut diminuer drastiquement les agressions avec des solutions concrètes comme des cours d'auto défense hebdomadaire de la première année au 5iem secondaire, obligatoire pour les filles et optionnel à tout étudiant le désirant.

    Revenir à la base d'une agression: une personne en supériorité physique et/ou psycologique qui en abuse une autre, plus faible.

    La vraie solution n'est pas du côté des tribunaux légaux ou non, la solution est d'équilibrer les forces physiques entre les genres pour que les plus faibles aillent des outils pour empêcher l'agression et aider les futurs agresseurs à ce reconnaître et leur apporter le soutien nécessaire pour que le pire n'arrive jamais.

    Arrêtons de chercher le meilleur endroit pour juger l'agresseur comme si c'était une fatalité de la vie et lançons nous l'objectif d'en finir avec ces agressions.

    À nos Qs, grand défenseurs des droits religieux: les religions font la promotions des agressions sur les femmes par punition ou par simple envie depuis des siècles, la banalisation effrayante de la violence systémique, physique et psycologique sur la femme religieuse avec la permission officielle des prètes, des imams et des rabbins influence les hommes partout sur terre, laïque ou religieux.

    Les femmes ne vivront pas en paix, partout sur terre, tant et aussi longtemps que les enseignements religieux mysogine et violent se feront que soit ici ou ailleur. Vos commentaires n'ont aucune crédibilité à partir du moment ou vous marchez main dans la main avec l'islam
    Les jeunes québécoises ont besoin de modèle de femme forte, fière et capable de se défendre pas des brebis de dieu voilée soumise à leur bourreau.