Les réponses au racisme

«Le libéralisme refuse toute discrimination, qu’elle soit positive ou négative, car, dans les deux cas, il s’agit de réduire l’être humain au groupe auquel il appartient», soutient l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Le libéralisme refuse toute discrimination, qu’elle soit positive ou négative, car, dans les deux cas, il s’agit de réduire l’être humain au groupe auquel il appartient», soutient l'auteur.

Dans les dernières semaines, on a vu s’installer dans les médias, mais aussi dans les conversations entre amis et en famille, diverses discussions autour de la question du racisme. Heureusement, nous y trouvons un immense consensus pour combattre cette injustice.

En revanche, cette quasi-unanimité se brise et de réels débats émergent concernant la teneur du racisme et les solutions à y apporter. Un désaccord apparaît généralement entre l’antiracisme et le libéralisme. Il est nécessaire de comprendre leur cadre d’analyse respectif pour comprendre les débats actuels.

Pour les antiracistes, le racisme existe principalement sous sa forme systémique. Les inégalités entre les groupes, la différence de taux de chômage entre celui des minorités ethniques et celui des Blancs francophones, par exemple, seraient des « preuves » de racisme systémique. Autrement dit, les antiracistes comparent les différences entre les groupes, surtout ethniques, et en infèrent des discriminations, inconscientes ou non. Cette philosophie racialise donc les rapports sociaux en ne voyant pas deux individus dans une entrevue d’embauche, mais plutôt deux personnes appartenant à des groupes ethniques.

Pour contrer ces inégalités, l’antiracisme propose généralement des quotas de personnes issues des minorités ethniques, comme le recommandait l’Office de consultation publique de Montréal il y a quelques jours. Les antiracistes peuvent aussi aller beaucoup plus loin en déboulonnant des statues, en relativisant l’importance du français comme langue commune, en voyant la liberté d’expression comme un outil d’oppression ou en discriminant négativement les Asiatiques à leur entrée dans les grandes universités américaines, comme Harvard le fait, dans le but de favoriser d’autres groupes ethniques.

Du côté du libéralisme, le racisme est un problème essentiellement individuel. Certaines interactions sont racialisées et d’autres, non ; tout dépend si le racisme s’avère. Les libéraux, pris au sens philosophique du terme, reconnaissent que certaines communautés vivent des défis particuliers, mais ils observent que ceux-ci ne sont pas toujours d’ordre racial.

Pour reprendre l’exemple précédemment cité, la différence entre le taux de chômage des minorités ethniques et celui des Blancs francophones s’expliquerait donc en grande partie par la géographie, la formation, le réseau de contacts, la langue parlée et la connaissance des normes sociales québécoises. Au nom de l’égalité des chances, nous pouvons très certainement choisir, comme le Québec le fait depuis plusieurs décennies, de vouloir réduire ces facteurs d’inégalité.

Bien entendu, le racisme est aussi une des variables qui cause cette différence et nous devons nous y atteler. Cependant, les différences entre les groupes ne constituent pas un problème en soi, car, dans un régime de droit capitaliste, il est tout à fait logique d’en observer. Notre objectif, en tant que société, est plutôt que chaque individu ne vive aucune discrimination.

Finalement, le libéralisme reconnaît qu’il y a plus de différence à l’intérieur même d’un groupe qu’en moyenne entre les groupes. Voilà pourquoi il refuse toute discrimination, qu’elle soit positive ou négative, car, dans les deux cas, il s’agit de réduire l’être humain au groupe auquel il appartient.

Il existe un désaccord profond entre ces deux réponses au racisme, car, autant pour l’une que pour l’autre, le camp adverse crée des discriminations. Considérant cette discorde sur une question aussi fondamentale que celle du racisme, nous avons de bonnes raisons de nous inquiéter de l’avenir des débats autour du vivre-ensemble.

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