Verdir pour moins subir

«Les noues et îlots de biorétention, les toitures et murs végétalisés, les arbres de rue sont autant d’outils permettant à la fois de lutter contre les îlots de chaleur et rendre nos milieux de vie plus beaux, plus agréables, plus résilients», écrit l'autrice.
Photo: Centre d’écologie urbaine de Montréal «Les noues et îlots de biorétention, les toitures et murs végétalisés, les arbres de rue sont autant d’outils permettant à la fois de lutter contre les îlots de chaleur et rendre nos milieux de vie plus beaux, plus agréables, plus résilients», écrit l'autrice.

Jusqu’à récemment, il aurait été saugrenu que les environnementalistes brandissent les conséquences d’une pandémie pour convaincre de verdir nos villes. Certains y auraient vu une tentative déraisonnable de « faire avancer leur agenda », d’autres se seraient désolés qu’on en soit rendu là. En ce moment, la réalité rattrape la fiction, et l’on constate les enjeux suivants :

L’ONU prédit que 2020 battra des records de chaleur. Imaginons un instant que le confinement doive perdurer en juillet, en août : il faudrait trouver des alternatives fort originales aux heures étendues des piscines publiques et à la fréquentation des bibliothèques, centres d’achats et autres espaces climatisés, pour offrir de la fraîcheur aux citoyens. Aux décès de la COVID-19 s’ajouteront de trop nombreux autres découlant de la vague de chaleur, touchant principalement des populations vulnérables vivant dans des appartements mal ventilés entourés d’îlots de chaleur.

Les individus les plus à risque de mourir de la COVID-19 sont notamment ceux qui présentent des problèmes de santé chronique, à commencer par des maladies cardio-vasculaires. Il est prouvé que la présence d’arbres a un effet sur la qualité de l’air et, incidemment, sur la santé cardio-vasculaire et respiratoire. La pandémie est un argument de plus démontrant qu’il est impératif d’améliorer la qualité de l’air en ville. Cela passe par l’interdiction du chauffage au bois et la promotion des transports alternatifs à l’auto-solo, certes, mais aussi par un verdissement massif de nos milieux de vie.

La fermeture des frontières, des enjeux de production et de distribution et la montée du « chacun pour soi » nous font prendre connaissance de la vulnérabilité de notre approvisionnement alimentaire, et l’on entrevoit clairement que la solution passe par davantage de production locale.

Des générateurs de bien-être

Aussitôt les beaux jours arrivés, les citadins ont pris d’assaut leurs parcs, à un point où la mairesse Plante a menacé de devoir en interdire l’accès. Or, non seulement ils sont des espaces privilégiés pour l’exercice physique, mais leur végétation fait du bien au moral. Des études ont même démontré les bienfaits d’un environnement végétalisé sur la diminution de la douleur ressentie et l’augmentation de la capacité de rétablissement chez les malades.

Devant tous ces faits, la voie à prendre est claire, mais sa concrétisation relève d’une mosaïque d’interventions qui demanderont bien plus qu’une visite chez le pépiniériste. Parmi les conditions habilitantes à instaurer pour ajouter de l’ombrage et des légumes aux paysages urbains, il y a évidemment la question du financement. Les fonds octroyés à ces interventions devront à la fois couvrir leur implantation et leur entretien. Cette dernière portion est trop souvent négligée, du moins dans le cas des arbres, et nos forêts urbaines ont besoin de soins sur le long terme pour maximiser les bénéfices qu’elles nous procurent.

L’argent n’est pas tout, et parfois même, il n’est simplement pas question de financement ; pour verdir et cultiver toutes les parcelles disponibles, des terrains gazonnés, aux plates-bandes publiques, aux cours avant et aux cases de stationnement sous-utilisées, il faudra des ajustements réglementaires, de la formation aux décideurs, aux praticiens et aux citoyens, de même que du travail sur la perception de la verdure au sein de la population.

Finalement, pour arriver à végétaliser les secteurs denses, là où l’espace doit être occupé avec efficacité, il nous faudra être audacieux et nous tourner vers des solutions éprouvées, certes, mais rarement déployées massivement : les phytotechnologies. Les noues et îlots de biorétention, les toitures et murs végétalisés, et bien sûr, les arbres de rue, sont autant d’outils permettant à la fois de lutter contre les îlots de chaleur et rendre nos milieux de vie plus beaux, plus agréables, plus résilients.

Ainsi, grâce à une végétalisation soutenue de son milieu de vie, le citoyen 1) bénéficiera d’îlots de fraîcheur ; 2) respirera un air plus sain ; 3) sera moins vulnérable quant à son approvisionnement alimentaire et 4) profitera d’espaces verts de proximité, pour son plus grand bien-être. Le verdissement de nos villes est un outil de santé publique que tout médecin, s’il le pouvait, s’empresserait de prescrire. Trouvons sans attendre les remèdes à bien des maux dans la pharmacanopée !

1 commentaire
  • Jeannine Laporte - Abonnée 28 mai 2020 10 h 16

    entrée de cour, rues, le tout à l'asphalte

    Depuis des années j'essaie de trouver une alternative à l'asphalte pour notre entrée de cour. Des solutions de rechange devront bien faire place à tout cet asphalte qui nous entoure. Quand j'essaie de me renseigner, un sourire en coin, pour toute solution on me réplique «ben voyons donc...». Et pourtant, ça urge, non? Et je garde mon entrée en asphalte à moitié défoncée, brisée... parce que je ne veux pas en rajouter une couche... j'attends et je cherche.