Nous, les profs de Montréal

«Le ministre [Jean-François] Roberge fait fi du processus de négociation en cours, puisque plusieurs points contenus dans la loi auraient dû être négociés de bonne foi dans le cadre du renouvellement de la convention collective», souligne l'auteure.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le ministre [Jean-François] Roberge fait fi du processus de négociation en cours, puisque plusieurs points contenus dans la loi auraient dû être négociés de bonne foi dans le cadre du renouvellement de la convention collective», souligne l'auteure.

L’exaspération des gens au sujet des structures et de l’administration des commissions scolaires est compréhensible. Plusieurs enseignants partagent ce sentiment. Le hic, c’est que la loi 40 adoptée sous bâillon le 8 février ne vient pas seulement abolir les commissions scolaires, mais elle vient aussi changer plusieurs articles de la Loi sur l’instruction publique, notamment ceux qui ont trait à nos conditions d’exercice.

La réforme alourdira la tâche des enseignants, permettra le partage des ressources avec les écoles privées, facilitera l’inscription dans une école autre que l’école de quartier de l’enfant et réduira l’accès à l’égalité des chances pour tous. Est-ce vraiment le système éducatif que souhaitent les Québécois ?

Qui plus est, la réforme ne vient en rien alléger les structures et les mécanismes de gestion. Avec la loi 40, le ministre sera le seul maître à bord en ce qui concerne de nombreux éléments, comme les travaux sur les édifices ou les objectifs et cibles de fonctionnement des centres de services. La machine sera tout aussi lourde et les services, tout aussi insuffisants. Quant à la transparence, elle sera aussi mise à rude épreuve alors que les directions générales des centres de services seront les seuls et uniques porte-parole autorisés à commenter les décisions.

Par ailleurs, le ministre Roberge fait fi du processus de négociation en cours, puisque plusieurs points contenus dans la loi auraient dû être négociés de bonne foi dans le cadre du renouvellement de la convention collective. N’est-ce pas méprisant ? Les enseignants ont droit à une négociation de convention collective digne de ce nom et, ici, le ministre nous a coupé l’herbe sous le pied ! Doit-on rappeler que nous portons l’école publique à bout de bras depuis de nombreuses années ? Cette manoeuvre est peut-être légale, mais elle n’est pas respectable.

Nous étions plusieurs à voir d’un bon oeil la nomination de Jean-François Roberge comme ministre de l’Éducation. Un ancien enseignant à la tête du ministère, l’un des nôtres. Enfin, quelqu’un qui est au fait des réalités et des défis du monde de l’éducation. Il était temps !

Tous nos espoirs se sont rapidement effondrés. Il ne nous aura fallu que quelques mois pour nous rendre à l’évidence que le ministre avait davantage des airs de directeur d’école que d’enseignant. Ses années comme député d’opposition semblent lui avoir fait oublier la réalité des classes et des établissements scolaires. À moins que cette réalité, celle que j’ai vécue, soit unique aux enseignants de la région de Montréal, mais j’en doute.

Besoins

Je vous parlerai donc de nos besoins, nous, les profs de Montréal. Être prof à Montréal, c’est enseigner à des groupes d’élèves dont la langue maternelle est rarement le français. C’est enseigner dans le plus grand nombre de milieux défavorisés. C’est surtout vouloir le mieux pour ses élèves, mais travailler dans des conditions qui nous font sentir impuissants.

Enseigner à Montréal pourrait être un beau défi, mais les conditions actuelles le rendent parfois irréalisable. Ce que nous souhaitons, c’est que nos propositions de solutions soient écoutées. Nos demandes sont loin d’être farfelues et exagérées. Nous voulons travailler dans des lieux adaptés à notre travail : avoir accès à un endroit calme pour corriger et planifier, avoir des locaux pour les spécialistes afin qu’ils n’aient pas à se promener d’un local à l’autre avec leur matériel, avoir accès à une cour d’école suffisamment grande, travailler dans des lieux sains autant pour ce qui est de la qualité de l’air que de l’eau qui coule des robinets.

Nous voulons suivre des formations sans qu’elles soient annulées par manque de suppléants. Nous voulons avoir accès à suffisamment de services pour nos élèves en difficulté, enfants comme adultes. Finalement, nous voulons que notre profession et nos salaires soient suffisamment attrayants pour attirer de nouveaux candidats et pour retenir nos collègues d’expérience.

La réussite de l’élève et le mieux-être de notre système d’éducation sont au coeur de nos demandes. Si l’éducation est aussi une priorité de ce gouvernement, il devra passer de la parole aux actes et investir massivement dans notre système public.

À la lumière de ce que nous savons, la réforme Roberge ne fera qu’aggraver la situation actuelle. Nous ne pouvons rester muets devant ce constat ! Pour sauvegarder le système d’éducation public, pour offrir de bonnes conditions d’apprentissage aux élèves et des conditions d’exercice attrayantes pour les profs de Montréal, le gouvernement et la population doivent revaloriser la profession enseignante.


 
30 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 27 février 2020 06 h 38

    Comme je comprends ces enseignants!

    J’ai, déjà, exprimé mon opinion sur le fond.Ce que je trouve déplorable : le fait qu’on ait apporté de très nombreux changements, à la dernière minute, à toutes vitesses. Et surtout, sans AUCUNE forme de consultation. C’est la marque de commerce de ce gouvernement: aller trop vite et « Runner l’État comme une business « http://lautjournal.info/20200219/runner-letat-comm

    On aurait aimé connaître les implications du choix de l’école; alors que le système québécois est, déjà, le plus inégalitaire au Canada.

    Depuis l’adoption de cette loi,une seule personne peut parler au nom de votre commission scolaire : la personne qui occupe le poste à la direction générale, une non élue. c’est exactement comme en santé. On remet le système entre les mains d’un ministre tout puissant et des fonctionnaires.

    Très déplorable que ce ministre ait bouscoulé les enseignants, comme ça, à la dernière minute....... à la "Crois ou meurs!"

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 février 2020 09 h 50

      Honte au ministre Roberge qui a imposé ses idées rétrogrades au lieu d'entendre le cri du coeur des enseignants. Ça ne prend pas un génie de savoir que la première chose à faire pour résoudre un problème c'est de consulter les gens qui travaillent sur place et qui connaissent les solutions qui s'imposent.
      Comme son collègue avant lui, monsieur Barrette qui a détruit le système de santé avec une centralisation extrême, monsieur Roberge a fait la même chose avec l'éducation. C'est dommage que ce soient nos enfants qui vont souffrir les conséquences de ces décisions irréfléchies.

  • Raynald Rouette - Abonné 27 février 2020 07 h 03

    Vous, les enseignants de Montréal


    Mettre Félix Leclerc à la poubelle, n'est pas digne d'un enseignant au Québec. Ignorance,inculture et obscurantisme, tout à la fois. Honte à vous et à vos directions d'écoles...!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 27 février 2020 08 h 39

      "Une hirondelle ne fait pas la printemps", monsieur! Votre "vous" généralisant est regrettable!

  • Caroline Langlais - Inscrite 27 février 2020 07 h 10

    Nous sans moi

    Je vais prendre ma retraite et je vais partir de Montréal, de cette ville où on entend à peine parler français et, je vais oublier toutes ces années de dévouement pour lesquelles on ne m'a jamais dit MERCI...

  • René Racine - Abonné 27 février 2020 07 h 14

    Pourqoi ne pas créer '' l'Ordre professionnel des enseignants''

    Quand on parle de revalorisation de la tâche des enseignants, c'est du sérieux et ils méritent d'être reconnus à leur juste valeur. Dommage, ils ne sont que des syndiqués.
    Lorsque les enseignants voudront être des ''vrais professionnels'', ils deviendront membres d'un ordre professionnel, donc soumis aux exigences de leur ordre, celui que nous nommerons ici L’Ordre professionnel des enseignants.
    Un Ordre professionnel a le mandat de protéger le public en surveillant la qualité des actes posés par ses membres. Il s’en acquitte en appliquant divers mécanismes de contrôle: les sanctions disciplinaires, l’inspection professionnelle, la réglementation (le Code de déontologie, les Normes de pratique professionnelle), la formation continue obligatoire, l’admission, l’assurance de la responsabilité professionnelle
    Un syndicat ne fait que revendiquer, représenter, protéger et défendre ses membres, autant les incompétents que les compétents; un syndicat ne protège jamais le public.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 27 février 2020 09 h 16

      J’ai, déjà, fait cette suggestion. Mais, après réflexions, je ne pense pas que ce serait faisable. Je pense que ce serait difficilement réalisable avec la profession d'enseignant. Quel enseignant? L'enseignant en maternelle 4 ans ou l'enseignant en enfance inadaptée ou l'enseignant en physique à l'université ou l'enseignant en mécanique automobile au DEP au secondaire ou l'enseignante en techniques d'archives médicales au collégial? Ou l'enseignant en musique à l'élémentaire ou l'enseignant en génie électrique à Poly?

      D’autre part, des personnes exerçant des professions encadrées par un ordre professionnel peuvent être syndiquées : psychologues, ingénieurs…..etc. En éducation, il y a les syndicats des professionnels non enseignants.

      Faux: un syndicat ne fait pas que revendiquer!

      Il va y avoir de plus en plus d’élèves dans les écoles et de moins en moins d’enseignants, pouvait-on lire dans LE DEVOIR, récemment https://www.ledevoir.com/societe/education/572286/moins-d-enseignants-plus-de-souplesse

      La profession attire moins les jeunes. Et c’est pire à Montréal. Pourquoi? A Montréal, environ 40% des élèves sont au privé? Comme le souligne la présidente, dans sa lettre, à Montréal, on y rencontre davantage le problème de la langue et souvent dans des écoles avec indices de défavorisation élevés?

      Pendant ce temps-là, le ministre effectue, en éducation, une réforme Barrette no 2…en jouant dans les structures. Actuellement, sur le territoire de la CECM, et à l'avenir, la seule personne autorisée à aller sur la place publique pour parler au nom de l'organisme:le(la) directeur(trice) général(e).. Ce sera comme en santé: à qui s'adresser quand il il y aun problème?

    • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2020 09 h 41

      Une fausse de bonne idée. J'ai fait partie de l'Ordre des enseignants de l'Ontario et cela n'a fait aucune différence sur la qualité de l'enseignement, les normes de pratiques professionnelles et sur notre bien-être professionnel et personel à part de soutirer des enseignants, plus de 120$ par année. Ajoutez à cela les frais syndicaux obligatoires parce qu'on est obligé d'être syndiqué en Ontario pour enseigner et vous voyez, on n'était pas sorti du bois. Tapez mon nom sur le site de l'Ordre des enseignants de l'Ontario et vous verrez mon nom apparaître en plus de toutes mes formations et diplômes universitaires. Et pis après? C'est un organisme bureaucratique totalement inutile.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 27 février 2020 10 h 10

      "Un Ordre professionnel a le mandat de protéger le public en surveillant la qualité des actes posés par ses membres".

      En théorie, c'est vrai! Mais, en pratique? L'inspection professionnelle dans combien de cas, par année? Essayez de prouver que votre médecin, votre avocat, votre orhopédagogue, votre physiothérapeute, votre travailleur social, votre chiro est imcompétent: attachez votre tuque! C'est facile à comprendre: pas facile à prouver...;pis la personne intimée à le droit de se défendre.

      La Commission Charbonneau nous a révélé que des firmes d'ingénieurs pouvaient être impliquées dans des actions questionnables dans le dossier des municipalités.

      A la défense des professions régies par un Ordre professionnel, il y a obligation d'avoir une formation uniforme....

    • Clermont Domingue - Abonné 27 février 2020 10 h 31

      L'ordre professionnel, je le préconisais il y a cinquante ans; mais le grand Charbonneau voulait un syndicat de travailleurs.Je partage en bonne partie votre analyse,mais aujourd'hui, je pense que l'école publique est mal foutue quelles qu'en soient l'organisation et les structures.

      Voyez-vous, nous sommes à l'ère des émotions et de la pensée magique.Beaucoup de parents ne comprennent pas que DAME NATURE est bien injuste.Ils voudraient que leur rejeton soit le plus beau et le plus fin. Si ça ne va pas à l'école, c'est à cause de l'enseignante. Ils se plaignent d'une école à trois vitesses, inconscients que dans une classe il y a autant de vitesses que d'élèves.Ils pensent que leur enfant deviendra vite plus doué si on le place dans une classe de doués. Ils croient que la motivation de leur trésor viendra de l'enseignante et qu'eux et leur chéri n'ont pas à fournir beaucoup d'efforts pour maîtriser la langue, les mathématiques et autres matières scolaires.

      A Montréal, je pense que beaucoup d'enseignants (es) ont la chance d'accueillir des élèves motivés qui savent ce que leurs familles attendent d'eux.

      L'école privée et les classes à vocation particulière ont un bel avenir.On peut se plaindre de l'élite si elle ne se préoccupe pas des autres, mais les non instruits font rarement avancer les sociétés

    • Pierre Grandchamp - Abonné 27 février 2020 11 h 28

      M. Domingue:"L'école publique est mal foutue... quelques ...etc."

      Le Conseil supérieur de l'Éducation, qui n'a rien à voir avec les méchants syndicats, a dit et écrit au Ministre, en 2016, que plus ça va, plus le système d'éducation québécois est le plus inégalitaire, au Canada. Avec les impacts!

      Que diriez-vous si le Québec finançait 60% des cliniques privées en santé?????? La journaliste Emmanuelle Latraverse a très bien décrit la situation:"Le faux débat des commissions scolaires" https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/

      En ce qui me concerne, c'est un des rares reproches que je fais à la Commission Parent et à Gérin Lajoie: le financement des écoles privées.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 28 février 2020 08 h 01

      Oui, j’ai, déjà, fait partie de ceux qui souhaitaient un Ordre professionnel des enseignants. Mais, je me suis rendu compte que ce serait trop compliqué.

      D’abord, les membres d’un Ordre professionnel doivent suivre une formation spécifique commune .Or, on peut enseigner à la maternelle, à l’élémentaire, au secondaire général, au secondaire professionnel, en enfance inadaptée, en déficience intellectuelle, au collégial général, au collégial professionnel, à l’université. On peut être enseignant au privé : karaté, piano, judo, espagnol…..etc.

      Il m'a semblé qu'il serait compliqué d'établir une base commune, une formation commune...pour porter le nom de "enseignant"!

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 27 février 2020 07 h 40

    Les barrages sont plus importants que les enseignants

    On parles des indiens et des barrages pendant que les enseignants vivent des moments difficiles et leurs élèves.
    Pourtant le ministre est un ex-enseignant qui devrait connaître sa profession et agir en conséquence. De belles écoles vitrées avec des enseignants insatisfaits ne peut résoudre une situation désastreuse. Comme ministre, il a acquis un bon salaire qui dépasse celui de l'enseignant. On commence à regretter les commissions scolaires qui vivaient près du monde scolaire. La loi 40 a réussi son baillon mais a raté son objectif.

    Chantale Lafond