Agir radicalement pour stopper l’étalement urbain montréalais

«Le coût économique, social et environnemental de l’évolution actuelle est devenu si élevé qu’il faut agir radicalement», croit l'auteur. 
Photo: iStock «Le coût économique, social et environnemental de l’évolution actuelle est devenu si élevé qu’il faut agir radicalement», croit l'auteur. 

Le texte « Étalement urbain : deux visions s’opposent », paru dans Le Devoir du 8 janvier dernier et signé par les maires de Varennes, Repentigny, Terrebonne et Mascouche, est une pièce d’anthologie que tous les étudiants en urbanisme et en aménagement du Québec devraient lire avec attention. Ils doivent le mettre en parallèle avec le texte issu du Forum sur la mobilité et le transport collectif, rendu public le 23 avril 2018, rédigé par les maires du Regroupement de la ville de Laval et de 18 villes des Basses-Laurentides (y compris celles de Terrebonne et de Mascouche), énumérant leurs demandes pour les 15 prochaines années en matière de mobilité et de transport collectif.

La « liste d’épicerie » des 19 villes de banlieue comprenait alors le prolongement de l’autoroute 19 jusqu’à la 640 et de l’autoroute 13 jusqu’à l’autoroute 50 avec des aménagements pour le transport collectif, la mise en place d’un réseau de voies réservées en site propre sur les autoroutes 13, 15, 19 et 25 et sur certains tronçons des autoroutes 640 et 440, ainsi que l’ajout d’un mode de transport lourd dans le secteur densément peuplé de Chomedey, à Laval, que ce soit par l’ajout de stations de métro ou par un prolongement du Réseau express métropolitain (REM).

Or, toutes ces demandes auraient pour effet de favoriser encore plus l’étalement urbain qui déborde actuellement du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, lequel couvre la ville centrale (Montréal), la première couronne (Laval et Longueuil) et la deuxième couronne (Terrebonne, Mascouche, Varennes, Repentigny, etc.). Nous assistons actuellement à la naissance d’une troisième couronne (comprenant, entre autres, Mirabel, Saint-Colomban, Saint-Jérôme et la MRC de Montcalm), chose que dénoncent, avec raison, les maires de Varennes, Repentigny, Terrebonne et Mascouche dans leur texte du 8 janvier.

Coûts et problèmes

En somme, les maires de la première et de la deuxième couronne soulignent les méfaits, les coûts et les problèmes qui découlent de la formation d’une troisième couronne, sans se rendre compte que leurs demandes, formulées il y a seulement un an et demi, en période électorale, exigeant toujours plus d’autoroutes et de dessertes de la deuxième couronne en transport collectif, ne pourront que favoriser le développement d’une troisième couronne.

Oublient-ils que les première et deuxième couronnes se sont développées exactement de la même manière que la troisième couronne le fait actuellement, à coups de construction d’autoroutes, de ponts, de prolongement des infrastructures de transport (y compris le métro), d’aménagement de supposés TOD (Transit Oriented Development) et de laxisme en matière d’urbanisme ?

Ceinture verte

À la lecture de ces deux textes, on peut logiquement se demander si la seule et unique solution pour mettre un terme à l’excès incontestable d’étalement urbain à Montréal ne consiste pas dans l’imposition par Québec d’une véritable ceinture verte « pure et dure » autour du territoire actuel de la Communauté métropolitaine de Montréal. Le coût économique, social et environnemental de l’évolution actuelle est devenu si élevé qu’il faut agir radicalement.

Le texte courageux des maires de Varennes, Repentigny, Terrebonne et Mascouche sonne le réveil. Il faut les en remercier.

9 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 10 janvier 2020 09 h 29

    Pas une question de bon goût ou de morale

    Certains aiment vivre à St-Colomban et n'ont aucun intérêt pour la Place-des-Arts ou la Grande Bibliothèque. D'autres ne peuvent être heureux qu'à Outremont, au Mile-End ou à St-Lambert. D'autres se sentent moralement bien d'aller travailler en vélo ou en métro ou d'autres fiers de ''faire rouler l'économie'' tout en roulant sur l'autoroute en écoutant la radio. Mais ce n'est pas une question de bon goût ou de morale, c'est une question d'insoutenabilité ET économique ET écologique. Les pays développés et particulièrement l'Amérique du Nord sont en train d'épuiser les ressources et de dérégler irréversiblement le climat d'ici une seule génération. Nous n'avons pas le choix.

  • Claude Bernard - Abonné 10 janvier 2020 10 h 24

    Une ceinture verte est un pas dans la bonne direction

    M Tellier
    Tout à fait; ce serait le début de la lutte à l'étalement (et non le début de la fin de celui-ci).
    À mon avis, il faudrait ajouter un meilleur partage des cout de cet exode vers la troisième couronne.
    Plus du péage pour accéder aux heures de pointes sur les iles de Laval et Montréal, plus du transport collectif pour aller chercher les travaileurs aux portes des grandes villes dans les couronnes elles-mêmes avant d'imposer les péages, plus de parkings incitatifs etc...
    À la lecture de cette liste incomplète, je me rends compte que cela est plutôt utopique.
    Quoi qu'il en soit, la ceinture verte est la minmum à exiger de Québec et du gouvernement Legault.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 10 janvier 2020 10 h 40

    Logement mal isolé et sans insonorisation, délai de la régie, abus des propriétaires, aucune initiative pour stopper l'augmentation du coût des loyers et des maisons, peu de service aux familles, rien pour les ados, peu d'attraction gratuite pour les enfants, transport en commun à découvert partout en plein hiver, service de transport en commun déficient, impossibilité de se stationner.
    Arrêtez de blâmer les gens qui quittent, la mairesse Plante dort au gaz, elle et les maires avant ne travaillent que sur le rayonnement de Mtl à l'internationale, l'enveloppe du budget de la culture pour les enfants ( 11 millions ) à été remis à deux musées du centre ville situés à 2 coins de rue l'un de l'autre alors que nos maisons de la culture ne présente plus rien ou à peine pour les familles.
    Allez voir les banlieues! Ha soudainement la famille est reine et on le sent!

    Éclairez le pont en mauve et construire un stade de baseball est complétement inutile aux montrealais.
    Pas de vision, c'est le principale problème de Montreal. Une indigestion de culture pour une certaine clientèle, presque toujours la même mais rien d'autre.

    Partez pendant qu'il est encore temps..moi qui habite le plateau depuis plus de 30 ans j'y pense.
    Avec deux enfants quand on compare l'offre pour le prix , on se dit que Montreal n'en veut pas de famille.

    • Patrice Soucy - Abonné 11 janvier 2020 07 h 52

      "Quand on compare l'offre pour le prix", c'est bien là le problème: la ville coûte cher. D'une manière ou une autre, la relation devrait être inversée. Au expert de la fiscalité de me dire à quel point c'est utopique mais la taxation devrait être inversement proportionnelle à la densité. Idem pour le prix des terrains, notion plus absurde encore, j'en conviens. Mais avons nous le choix? Le crépuscule orangée du continent Australien fait peur. Quelqu'un, quelque part devra faire preuve d'imagination, inventer le mécanisme qui pousse tout naturellement vers la solution.

  • Denis Carrier - Abonné 10 janvier 2020 12 h 09

    Sortir de son île

    Cet article de Luc-Normand Tellier est représentatif du manque de profondeur de l’aménagement. Il se limite à l’aménagement de Montréal alors qu’il faudrait voir l’ensemble du territoire Québécois.
    Il manque une vision de l’occupation du territoire qui devrait aller au-delà d’une ou deux îles (l’île Jésus et l’île de Montréal). Occuper notre territoire n’a pas encore fait l’objet de politiques sérieuses et musclées.
    L’exemple américain devrait nous servir de modèle. Si, comme au Québec, rien n’avait été fait, seule New York aurait accaparé l’essentiel du développement. L’industrie automobile n’était qu’à New York avant qu’elle soit forcée d’aller à Détroit. L’industrie électrique n’a existé qu’à New York avant qu’elle ne migre ailleurs (répartie uniformément dans tous les États). L’industrie aéronautique était à New York avant d’être déplacée dans l’État de Washington. L’industrie électronique de pointe a vue le jour à New York avant de se retrouver en Californie. Même les Barons du pétrole ont été de New York avant de se regrouper au Texas. Mais au Québec tout reste ankylosé à Montréal, même le premier ministre y est embourbé.
    On a construit non pas un mais deux super hôpitaux, une bibliothèque centrale, les bureaux d’Hydro Québec, plein d’agences gouvernementales, les principales universités, etc, etc. tous sur l’île de Montréal. Ensuite, on se demande pourquoi il y a de la congestion routière. Pour y remédier, on creuse des trous sous terre(le Métro) et des ponts à n’en plus finir et à coût exorbitants. Le problème n’est pas l’étalement urbain mais d’avoir tout concentré à Montréal en oubliant que d’habiter une île était nécessaire au début de la colonie pour des raisons militaires : voir venir les Indiens sur l’eau et pouvoir facilement leur tirer dessus.

    • Claude Bernard - Abonné 11 janvier 2020 10 h 34

      M Carrier
      Votre commentaire m'interpelle; votre descripton de la manière dont les USA se sont développés aussi.
      Avez-vous des références à me suggérer?
      Autrement dit, intrigué, je suis par ce qui serait pour moi une théorie impliquant une planification qui me semble peu conforme à l'esprit américain.
      Bonne journè et en attente de vos lumières.

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 janvier 2020 18 h 04

    La vision à court terme

    Empêche de planifier à long terme. Les revenus l'emportent sur la raison et les coupures ont coincé les maires de ces villes autour et partout. Nous avons besoin collectivement de se nourrir et le réchauffement climatique sans être aussi alarmiste que certains le prétendent n'est pas non plus à négliger. Alors ces terres agricoles qu'on sacrifient au profit du profit ne feront que nous éloigner du gros bon sens. Et puis il y a toutes les infrastructures de nos grandes villes qui ne sont pas conçu pour recevoir ces flots de voitures sans compter que le transport en commun est inexistant et/ou inefficace à l'extérieur des grands centres. C'est à croire qu'il n'y a personne au volant pour paraphraser un ex PM en place pendant quinze ans et je ne blanchie pas ses prédécesseurs et successeurs, sont tous pareils.