Les idées passéistes nuisent à la lutte

«M. Fournier a sévi de nouveau alors qu’il a présenté comme
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «M. Fournier a sévi de nouveau alors qu’il a présenté comme "mort et enterré" le projet de convergence souverainiste sur lequel OUI-Québec (Organisations unies pour l’indépendance) planche depuis plusieurs années», écrit l'auteur.

Le syndicaliste à la retraite Louis Fournier vient de se livrer, dans les pages d’opinions du Devoir, à une nouvelle attaque à fond de train contre Québec solidaire, qu’il voudrait ni plus ni moins voir disparaître de la scène politique afin de redonner la suprématie de la lutte pour l’indépendance à un Parti québécois refondé sur les mêmes bases que sa mouture initiale de 1968.

Fournier avait d’abord, en mai 2016, qualifié la formation de gauche — qui devait recueillir près de la moitié des votes souverainistes aux élections de 2018 — de « parti d’extrême gauche ». Puis il était revenu à la charge, en novembre dernier à la suite des élections fédérales, en reprochant à la direction de QS de ne pas avoir invité ses membres à voter pour le Bloc québécois. Il a alors profité de l’occasion pour dénoncer le programme du parti, qu’il a qualifié de « marxiste radical ».

M. Fournier a sévi de nouveau dans LeDevoir du 28 décembre dernier alors qu’il a présenté comme « mort et enterré » le projet de convergence souverainiste sur lequel OUI-Québec (Organisations unies pour l’indépendance) planche depuis plusieurs années. Il qualifie d’ailleurs la convergence de « stratégie mortifère pour le PQ ». Puis il reprend la même ritournelle anti-QS en comparant, à l’instar de l’ex-chef péquiste Jean-François Lisée, le Comité de coordination national de ce dernier au « politburo du parti communiste de l’URSS ».

Mais les faits contredisent en bonne partie les prétentions de cet indépendantiste de salon. OUI-Québec, dont je suis membre, n’a jamais été en aussi bonne position pour remplir sa mission de promotion de l’indépendance. En témoigne notamment la réunion que l’organisme a tenue à Trois-Rivières en septembre dernier. À cette occasion, la députée péquiste Véronique Hivon et le député solidaire Sol Zanetti ont tour à tour pris la parole en faisant preuve d’une solidarité souverainiste exemplaire.

On est bien loin de l’imbroglio d’avril 2017, alors que les représentants de QS, à la suite de discussions sous l’égide des OUI-Québec, ont entériné un projet d’entente entre les partis souverainistes établissant une démarche commune d’accession à l’indépendance. Mais comme un point du document, qui concernait le mandat à confier à une future Assemblée constituante, contredisait le programme du parti, elle n’a pu être entérinée par ses instances nationales. Ce point du programme ayant été modifié en Congrès par la suite, l’obstacle a été levé.

Mais dans son dernier texte, Louis Fournier prend bien soin d’ignorer le cheminement accompli par Québec solidaire dans ce dossier. Il continue plutôt à l’accuser d’avoir effectué une « volte-face ». Comment peut-on qualifier ce procédé ?


 
47 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 7 janvier 2020 05 h 23

    Chicanes picrocholines intra-tribales

    Du point de vue d'un observateur situé loin des limites géographiques de la « French Preserve » repliée dans le Nord-est du continent, les « luttes » chères à l’auteur de ce texte ne sont que chicanes picrocholines intra-tribales.

    • Michel Héroux - Abonné 7 janvier 2020 09 h 02

      Je suis un observcateur qui vit à Montréal. ces « luttes » sont tellement dépassées et m'intéressent plus grand monde, si tant est que du monde s'y intéresse encore. Tout ça est d'une tristesse absolue.

    • Sylvie Paré - Abonnée 7 janvier 2020 10 h 57

      Ces deux commentaires sont profondément condescendants et méprisants. Il ne s'agit pas ici d'une tribu mais d'un peuple. Il n'y a pas que les gros peuples bien câlés dans leur passé d'arrogance et d'impérialisme qui ont droit de cité. Et si cela est tellement dépassé, que faites-vous de tous les petits pays souverains. Les luttes fraticides entre souverainistes sont triste en effet mais quand on est loin de l'Amérique du Nord, madame Naud, on se garde une réserve, on lit, on s'informe avant de déblatérer n'importe quoi.

    • Marc Therrien - Abonné 7 janvier 2020 12 h 08

      Et tous ceux qui se plaignent encore que les méchants libéraux fédéralistes ont volé le référendum de 1995 sont bien forcés de constater 25 ans plus tard que les souverainistes-associationnistes et les indépendantistes sont bien disposés à se diviser eux-mêmes et n’ont pas besoin de leurs gouvernants malveillants pour le faire.

      Marc Therrien

    • Léonce Naud - Abonné 7 janvier 2020 15 h 38

      Madame Paré :
      1) Le patronyme "Léonce" est aussi un nom masculin.
      2) Je ne réside pas "loin de l'Amérique du nord" mais à Deschambault. Notre famille est arrivée sur place à l'époque de la Nouvelle-France.
      3) Dans le passé, j'ai effectivement vécu hors du Québec durant une dizaine d'années et longtemps travaillé avec des Canadiens et des Américains. C'est pourquoi je m'intéresse à ce pense du Québec le nord-Américain moyen. Pour l'Amérique normale, c'est-à-dire anglo-saxonne (355 millions de personnes), le Québec français n'est qu'un regrettable résidu ethnique destiné à disparaître, c'est-à-dire à se fondre dans la normalité nord-américaine.
      5) Étudier de près une carte géographique de l'Est de l'Amérique est un exercice instructif. Le Québec a d'intéressants voisins et les États ont en général la politique de leur géographie.

      Bien à vous, et Bonne et Heureuse Année !

    • Serge Lamarche - Abonné 7 janvier 2020 20 h 17

      Les séparatistes démontrent très bien leur valeur séparatiste en se séparant et se re-séparant. Les séparatistes sont un sous-peuple du grand peuple franco-américain. Ils ne peuvent jamais gagner mais ils tirent la couverture française de leur côté.

  • Pierre Jobin - Abonné 7 janvier 2020 07 h 33

    Exactement, monsieur Cliche

    J'ai assisté comme observateur au Congrès qui avait formulé le mandat de l'assemblée constituante tout comme à celui où l'entente du Oui-Québec avait été soumise aux membres de QS. Et il était évident que le Comité de coordination nationale ne pouvait entériner l'entente à cause de ce point précis. S'il l'avait fait, il aurait été à l'encontre d'une décision du Congrès. Et pour avoir respecter cette décision, on les qualifie de politburo. C'est ridicule et mensonger.

    Et comme vous le soulignez, la question du mandat a de nouveau été soumise aux membres du Congrès et réviser. Il n'y a dons plus d'obstacle à l'entente prévue par les Oui-Québec.

    Merci d'essayer de remettre les pendules à l'heure, même si l'on sait que certains vont continuer à essayer de promouvoir une version tronquée des faits pour s'attaquer à QS.

  • Claude Bariteau - Abonné 7 janvier 2020 08 h 15

    Merci M. Cliche de mettre en relief que QS a corrigé « le mandat à confier à une future Assemblée constituante », qui a été modifié, levé l’obstacle qui a empêché une entente.

    Je présume que cette modification concerne le mandat de l'Assemblée constituante qui est passé de décisionnel à consultatif auprès de l'Assemblée nationale, qui décide. Du moins, c'est l'information que je possède, que m'a confirmée M. Montmarquette.

    Est-ce vraiment ce seul point qui a été modifié ?

    Je vous pose la question parce que l'argumentaire autour de la tenue d'une constituante m'a semblé aussi viser à combler un vide juridique pour proclamer l'indépendance.

    À mon avis, ce vide n'existe pas. D'abord parce que le gouvernement du Québec a déjà une constitution matérielle. Surtout parce que déclarer l'indépendance du Québec se fera à la suite d'un appui majoritaire des habitants du Québec qui le feront en tant que futurs citoyens du Québec selon les règles québécoises précisant la majorité de 50 % + 1 déjà reconnues par l'Assemblée nationale.

    Cela dit, deux autres précisions s'imposent.

    L'une concerne le recours à un référendum. Ce recours nécessite un accord préalable sur les suites, car, sans lui, le peuple québécois pourrait se retrouver dans la même situation que celui de la Catalogne. Aussi, sans entente, il importe de procéder par élection plébiscitaire.

    L'autre a trait à la rédaction d'une constitution. Rien ne justifie de procéder avant la déclaration d'indépendance et, dans la grande majorité des pays devenus indépendants, notamment les États-Unis, l'adoption d'une constitution s'est faite après la proclamation de l'indépendance et la reconnaissance de celle-ci sur la scène internationale.

    Si je comprends que vous faites écho à un point précis dans votre texte, il m'apparaît que ces autres points méritent une attention pour préciser le cheminement menant à l'indépendance du Québec.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 janvier 2020 11 h 35

      @ Claude Bariteau,

      Après vérification, voici ce qu'il en est au meilleur de ma connaissance.

      1 ) Le seul point qui a changé dans le programme concernant la Constituante est qu'elle sera "fermée' avec mandat indépendantiste et non "ouverte" comme c'était le cas avant.

      2 ) C'est le référendum, qui est l'aboutissement du processus constituant, qui est décisionnel. L'Assemblée nationale n'y a aucun rôle à jouer, sauf, déclencher le processus.

      3 ) Reste à savoir si OUI-Québec est d'accord avec une assemblée constituante élue au suffrage universel, paritaire femme-homme et décisionnelle quant au contenu qui précédera le référendum, le tout se déroulant dans le premier mandat.

      Désolé si je vous ai induit en erreur.

    • Claude Bariteau - Abonné 7 janvier 2020 14 h 21

      M. Montmarquette, si c'est le cas, j'aimerai avoir une précision de M. Cliche parce que « ouverte » ou « fermée », une constituante qui devient décisionnelle est une négation du système politique actuel si les élus ne sont là que pour déclencher un référendum sans se pencher sur le projet élaboré par la constituante, ce qui consiste à dire qu'ils ont transmis leur responsabilité politique à une autre instance.

      Au Costa Rica, après la guerre civile de 1948 qui élagua du pouvoir une clique entrepreneuriale qui refusait les résultats de l'élection, la junte mandata un comité de juristes pour rédiger une nouvelle constitution. Par la suite elle déclencha l'élection d'une assemblée constituante qui rédigea, en s'inspirant de la constitution de 1871 et du rapport des juristes d'une nouvelle constitution qui fut adoptée en septembre 1849. Un mois plus tard, il y eut une élection générale.

      Dans ce processus, il n'y avait pas d'élus au législatif, mais une junte après un renversement militaire. Dans le cas du Québec, ce processus ne peut s’appliquer que si les élus à l'Assemblée nationale délèguent leur pouvoir à une constituante et rendent celle-ci décisionnelle.

      Si les élus de l'Assemblée nationale procèdent ainsi, ils refusent leur responsabilité et doivent démissionner, ce qui créera un vide politique. La seule façon de l'éviter est de rendre la constituante consultative aux élus et que ceux-ci devront s'inspirer de ses travaux pour finaliser le projet de constitution et le soumettre à un référendum.

      Votre commentaire fait sens seulement avec une junte au pouvoir ou des élus qui refusent leur responsabilité de législateurs. Dans les deux cas, il y a dissolution de l'Assemblée nationale.

      Pourquoi alors QS cherche-t-il à élire des candidats à l'Assemblée nationale s'il tient à créer une instance au-dessus des membres de cette assemblée ?

    • Raymond Labelle - Abonné 8 janvier 2020 02 h 56

      Même si, formellement, dans le système actuel, l'Assemblée constituante ne peut être que consultative, en pratique, l'engagement de soumettre sa proposition à un référendum sera fermement appliqué, car c'est ce que veut faire le gouvernement. Et rien n'empêche un gouvernement de créer une assemblée élue si elle est formellement consultative.

      D'ailleurs, dans le système actuel, même un référendum ne peut être exécutoire - seule l'Assemblée dispose du pouvoir législatif - c'est d'ailleurs la raison pour laquelle la loi référendaire s'appelle "Loi sur la consultation populaire" - mais rien n'empêche un gouvernement d'agir en fonction du résultat référendaire. Ce qui est hautement probable lorsqu'un gouvernement fait un référendum justement parce qu'il veut légitimer sa volonté politique.

      Pour prendre un exemple plus simple pour illustrer - supposons un simple référendum sur la souveraineté, sans assemblée constituante précédant la souveraineté. Si un gouvernement fait un tel référendum, c'est qu'il veut faire la souveraineté en cas de référendum favorable - il la fera donc même si, de façon légaliste, le référendum ne le lie pas.

      Bien entendu, il se pourrait que la souveraineté elle-même ne soit pas formellement légale dans le cadre constitutionnel actuel, selon les conditions, cela deviendrait donc alors une question de légitimité politique et de reconnaissance internationale de facto, qui dépasserait le strict formalisme constitutionnel.

      Ceci dit, le chemin pourrait être plus épineux que beaucoup d’indépendantistes ne le prétendent. Les indépendances faciles sont rares. Il faut vraiment être sûr que l'accent et la tension qui seront inévitablement mis sur la création du nouvel État pendant quelques années et les difficultés qui en découlent pour la population, non seulement locale, mais voire aussi du pays actuel, si on pense globalement, valent le coup pour faire l'indépendance. Mais ça, c’est une autre question.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 janvier 2020 09 h 30

      " Si un gouvernement fait un tel référendum, c'est qu'il veut faire la souveraineté en cas de référendum favorable - il la fera donc même si, de façon légaliste, le référendum ne le lie pas." - Raymond Labelle

      Voilà.

      - Pourquoi un gouvernement s'opposerait-il à une proposition qu'il veut faire valider par le peuple ?

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 janvier 2020 09 h 56

      @ Claude Bariteau,

      " Pourquoi alors QS cherche-t-il à élire des candidats à l'Assemblée nationale s'il tient à créer une instance au-dessus des membres de cette assemblée?" - Claude Bariteau

      La réponse est simple il me semble.

      Il faudra quand même gouverner le Québec et gérer les affaires courantes durant tout le processus qui pourrait durer 2 ans et même plus.

      Et il faut croire qu'au moment d'une éventuelle prise du pouvoir par Québec solidaire, que cette tendance à élire des députés identifées comme "de la gauche indépendantiste" par QS se sera installée et risque donc de se répéter aux élections suivantes après un référendum gagnant et donc majoritaire.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 7 janvier 2020 08 h 23

    Pendant que nous discutons du sexe des anges de l'indépendance pis de laïcité

    Pendant que nous discutons du sexe des anges de l'indépendance, la CAQ rame avec un tas d'apparatchiks venant du PQ. Pis le Québec est coïncé de tous bords.

    Demander à la CAQ de régler la question constitutionnelle, c'est demander l'impossible car le papier de 1982 est coulé dans le béton.Alors la CAQ doit se contenter de promesses farfelues, comme en immigration, un rapport d'impôt....etc. On revient à l'autonomisme de Duplessis, pis on passe des lois comme la loi 21 imparfaite( pcq n'a pas inclus les écoles privées pourtant subvebtionnées) qui sera obsolète dans 5 ans, tout dépendant du gouvernement d'alors. Pas trop emballant! Toujours en train de quêter!

    Du côté de la souveraineté, on se tiraille sur le sexe des anges de l'indépendance. Pas trop emballant!

    • Claude Bariteau - Abonné 7 janvier 2020 12 h 57

      L'indépendan e n'a pas de sexe et n's rien à voir avec les anges.

      Elle ne peut être qu'un choix des futurs citoyens du Québec selon une démarche qui cible la transformation d'un régime politique, celui du Canada, par un régime québécois affirmé par les futurs citoyens.

      Dans cette démarche, il n'y a pas de quête, seulement une affirmation et, comme elle sera celle des futurs citoyens, il leur reviendra de définir leur constitution et le système politique dans lequel ils entendent définir leur futur.

      La CAQ n'est pas là. Elle fait des pirouettes et des pas de côté comme tous les partis qui ont cherché à gérer le Québec depuis que le Canada est devenu pays indépendant en 1931 et, auparavant, sous le régimne britannique.

      Il importe seulement de cibler l'essentiel, qui est de se doter collectivement d'un régime politique. Il ne s'agit d'un projet social, mais d'un projet politique, ce que furent les projets qui ont mené à l'indépendance des pays et au contrôle démocratiquement défini par les citoyens.

      En clair, cela implique une prise en charge du politique par les futurs citoyens en révélant que, sans elle, le peuple québécois demeurera à la marge au Canada et au sein du monde actuel.

  • André Labelle - Abonné 7 janvier 2020 08 h 35

    OUI MAIS ...

    L'auteur évoque la réunion de Trois-Rivières. Fort bien.
    Mais n'importe quel représentant de QS peut dire n'importe quoi, il pourra toujours se faire rabrouer par le fameux comité de coordination national. Les faits historiques le prouvent.
    Alors, je ne crois pas qu'on puisse se fier aux déclarations et prises de position d'un représentant quelconque représentant de QS.
    «L'honneur est comme les allumettes : ça ne sert qu'une fois.»
    [Marcel Pagnol]

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 janvier 2020 11 h 58

      "Mais n'importe quel représentant de QS peut dire n'importe quoi, il pourra toujours se faire rabrouer par le fameux comité de coordination national." - André Labelle

      C'est la "POSITION DU CONGRÈS" qui contredisait l'entente avec Oui-Québec.

      Le CCN n'a fait que faire respecter une décision de son instance suprême.

      Il ne s'agissait donc que de la correction d'une erreur commise par les deux délégués et non d'une attitude autoritaire de contrôle du CCN sur ses représentants.

    • Marc Therrien - Abonné 7 janvier 2020 12 h 15

      Dans les circonstances, je trouve qu’une citation provenant d’un grand Québécois, nul autre que René Lévesque, fesse plus fort: « je ne vois rien de plus puéril que l'amour-propre vengeur, l'éraflure se prenant pour une plaie mortelle.»

      Marc Therrien