Le patrimoine de Senneville est menacé

La serre (Conservatory), sise sur l’ancienne propriété de la famille Angus au bord du lac des Deux Montagnes
Photo: Bonnie Major La serre (Conservatory), sise sur l’ancienne propriété de la famille Angus au bord du lac des Deux Montagnes

Senneville est une petite municipalité champêtre de la pointe ouest de l’île de Montréal. Riche de 350 ans d’histoire, elle est notamment connue pour son moulin à vent de 1686 ainsi que pour les ruines de son fort datant de 1702. Au XIXe siècle, elle devient le « Newport du Canada ». Les Montréalais fortunés y recherchent l’air pur et les paysages bucoliques. Ils s’y font construire de belles résidences secondaires, et cela, par les plus grands architectes. Les frères Edward et William S. Maxwell sont parmi eux. On leur doit entre autres notre Musée des beaux-arts de Montréal et la tour centrale du Château Frontenac à Québec.

Deux des plus grandes réalisations de ces architectes, de par leur audace et leur originalité, sont situées à Senneville et sont aujourd’hui menacées de démolition. Il s’agit de la « Peach House » et de la serre (Conservatory), sises sur l’ancienne propriété de la famille Angus au bord du lac des Deux Montagnes. Ces bâtiments, érigés vers 1900 dans un style très personnel qui s’apparente à l’Art nouveau, constituent des éléments cruciaux de notre patrimoine, malgré leur taille modeste.

Que l’on aime la famille Angus ou pas, là n’est pas la question. L’architecture est un art, au même titre que la peinture ou la sculpture, et il s’agit là d’oeuvres majeures qui font partie du patrimoine québécois. Elles font aussi partie du patrimoine canadien, puisqu’elles sont incluses depuis 2002 dans le Site historique national du Canada de Senneville, qui comprend 82 bâtiments couvrant plus de 1400 acres.

Malgré cette reconnaissance officielle du gouvernement fédéral, aucun pouvoir légal ne semble être lié au processus de démolition. Il s’agit davantage d’un titre honorifique qui dépend de la bonne volonté des deux autres ordres de gouvernement, soit le provincial et le municipal. Je salue les interventions récentes de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, en matière de patrimoine, mais il reste que l’on réagit toujours en urgence plutôt qu’en amont.

Il faudrait rapatrier les pouvoirs en matière de préservation du patrimoine dans le giron du gouvernement québécois, car, présentement, le véritable problème se situe au niveau municipal. Trop proches des promoteurs, trop influencés par les revenus de taxation, dans la plupart des cas n’ayant aucune ou peu de connaissances en art, en architecture et en patrimoine, nos édiles perpétuent les mêmes idées reçues chez leurs concitoyens quand vient le temps des élections. Disons simplement que le patrimoine n’a jamais été très « vendeur » localement au Québec. Et pourtant, à travers le monde, le patrimoine a toujours été synonyme de richesse, pour peu que l’on en prenne soin. Parlez-en aux gens de… Newport, Rhode Island !

1 commentaire
  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 13 décembre 2019 07 h 08

    Plans

    M. Rémillard, avez-vous pu sauver les plans d'architecture que contenaient les archives de la municipalité?