Pierre Nadeau avait dit OUI à un «Québec maître de sa destinée»

Le journaliste Pierre Nadeau
Photo: Archives Télé-Québec Le journaliste Pierre Nadeau

Pierre Nadeau, qui nous a quittés récemment, était de la lignée de ces très grands journalistes qui furent ses mentors, René Lévesque et Judith Jasmin, qu’il avait côtoyés à Radio-Canada. Lévesque, surtout, était « l’aventurier international » qu’il rêvait de devenir et dont il fut l’héritier.

Même s’il n’était pas indépendantiste comme le fut René Lévesque, Pierre Nadeau a voté OUI lors du référendum sur la souveraineté-association du Québec le 20 mai 1980. « J’étais un de ces Québécois nationalistes qui désiraient que les choses changent », révèle-t-il dans sa remarquable autobiographie parue sous le titre L’Impatient.

Pierre Nadeau a également voté OUI lors du deuxième référendum, le 30 octobre 1995, lorsque le Québec est passé bien près de devenir enfin un pays. Il était à cette époque délégué du Québec en Nouvelle-Angleterre, à Boston, où il avait été nommé par le gouvernement du Parti Québécois. Il écrit : « Ma tâche est alors d’expliquer que le référendum n’est pas la fin du monde. Quel que soit le résultat, le Saint-Laurent continuera de couler ». 

Il n’est toujours pas indépendantiste, tient-il à préciser, mais son nationalisme québécois est ardent : « Québec doit être maître de sa destinée. Nous sommes différents des autres Canadiens. Nous sommes liés par une langue et une culture qui sont menacées et que nous cherchons à protéger. »

Un retour en arrière

J’ai eu la chance de connaître Pierre Nadeau quand j’étais jeune journaliste au poste de radio CKAC. Je me souviens encore de ce qu’il me présenta un jour comme la règle numéro un du journalisme à la radio et à la télévision : un bon reportage, c’est une histoire bien racontée. Et pour bien raconter une histoire, il faut savoir bien parler. Car pour lui la parole était d’or.

Tous les journalistes doivent lire ou relire ce qu’il écrit sur le métier dans son autobiographie. Il raconte comment on devenait un bon journaliste au début des années soixante à Radio-Canada, notamment en ayant une belle voix, une bonne diction et en s’exprimant dans un français impeccable, ce qu’il a fait avec constance.

« Tous, écrit-il, nous avions été engagés d’abord pour la qualité de notre voix […]. C’était une sorte de privilège de passer à la radio et à la télé. Et pour pouvoir jouir de ce privilège, il fallait bien parler : l’accent tonique à la bonne place, chaque mot bien détaché, les liaisons sonores. Aujourd’hui, le contraste avec l’époque où j’ai commencé ma carrière est saisissant. S’il y a eu un saut qualitatif, c’est plutôt vers l’arrière. »

Comment ne pas lui donner raison après avoir entendu, au fil des ans, se détériorer peu à peu le français parlé à la radio et à la télévision, dans le service public et le secteur privé ? Cela dit en tout respect pour plusieurs bons journalistes qui sont maintenant l’exception à la règle.

Les gens de la classe de Pierre Nadeau sont rares dans une petite nation comme la nôtre. C’est pourquoi il faut lui rendre un vibrant hommage. Merci, Pierre, de nous avoir montré ce qu’est le journalisme professionnel de qualité et l’information libre. Merci aussi pour ton amour du Québec et de notre belle langue française.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

4 commentaires
  • Claude Gélinas - Abonné 15 octobre 2019 09 h 33

    Désespérant Québec !

    Comme ce grand bourlingueur a dû être déçu face à un peuple de pleutres ayant refusé à deux reprises de prendre ses affaires en mains. Encore aujourd'hui et pour longtemps il est raisonnable de se demander si ce rebond de fierté et de déploiement de tant d'énergies auront servi à rien ou comme une course à relais la nouvelle génération reprendra le flambeau.

    Malheureusement aujourd'hui au lieu de se montrer solidaire, de défendre bec et ongles notre langue, notre identité et nos valeurs l'on tourne en rond à se demander pour un grand nombre qui de Trudeau ou Scheer devrait dirigé le Canada dirigée par une majorité d'élus anglophones.

  • Michel Lebel - Abonné 15 octobre 2019 10 h 28

    Inutile!


    Quelle importance ou pertinence de savoir si Pierre Nadeau a voté pour le OUI ou le NON lors des deux derniers référendums? Aucune.

    M.L.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 15 octobre 2019 10 h 45

    Etre pauvre matériellement

    est-elle une tare justement causée par ces pauvres d'esprit qui "tournent en rond à se demander qui de Trudeau

    ou Scheer devrait dirigé le Québec avec une majorité d'élus anglophones" qui nous aiment tant ...?

    Et que dire de ceux qui aiment ces "conducteurs d'esclaves"qui jouissent d'etre punis ?

  • Guy O'Bomsawin - Abonné 15 octobre 2019 17 h 40

    La grand déception

    Au lendemain de l'arrivée au pouvoir du Parti Québébois, beaucoup de Canadiens-anglais d'Ottawa en étaient ravis. Comme Pierre Nadeau, ils avaient l'espoir que le Canada du 19e siècle allait devoir se mettre enfin à l'heure du 20e. Il n'est pas certain que leur désillusion ait, depuis, été moindre que celle des Québécois.