Citoyens et municipalités sont des partenaires prioritaires face à la crise climatique

Le projet GNL Québec acheminerait par pipeline du gaz de schiste de l’Ouest canadien jusqu’à Saguenay où il serait liquéfié et transbordé sur des immenses bateaux pour être exporté à l’international.
Photo: iStock Le projet GNL Québec acheminerait par pipeline du gaz de schiste de l’Ouest canadien jusqu’à Saguenay où il serait liquéfié et transbordé sur des immenses bateaux pour être exporté à l’international.

Plus de 41 000 feux de forêt en Amazonie, enregistrés par les satellites cette année jusqu’à maintenant, alertent les dirigeants des pays occidentaux lors du G7 le 25 août 2019. Ils signifient au président brésilien d’extrême droite que son appui favorable à la déforestation par la politique des terres brûlées détruit une partie du poumon de la planète, le territoire autochtone et qu’il doit, pour la sauvegarde climatique et de l’humanité, agir de toute urgence.

Quand un événement sur un territoire a un impact dommageable, par exemple sur la protection du climat ou sur le respect des droits de la personne, cela a une incidence sur nous tous. C’est le cas avec le projet GNL Québec qui acheminerait par pipeline du gaz de schiste de l’Ouest canadien jusqu’à Saguenay où il serait liquéfié et transbordé sur des immenses bateaux pour être exporté à l’international. Le 3 juin 2019, sur ce projet, 150 scientifiques ont écrit une lettre publiée dans Le Devoir dans laquelle on apprend que « les émissions totales associées à ce projet au Canada seraient comparables au total des réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec depuis 1990. »

Mélissa Savoie Soulières, journaliste de Radio-Canada au Saguenay–Lac-Saint-Jean, dans son article du 3 juin 2019, cite la directrice des affaires publiques de l’entreprise GNL Québec qui précise que 40 % des 11 millions de tonnes de gaz liquéfié à l’usine de Saguenay s’ajouteraient au gaz à effet de serre mondial. Dans leur lettre au Devoir, les scientifiques avancent que pour mesurer l’effet du cycle complet de ce gaz, on doit mettre dans la balance la combustion générée en aval ajoutant environ 30 millions de tonnes de CO2 à ceux de l’usine de Saguenay. C’est sans considérer, disent-ils, les importantes émissions fugitives survenant habituellement dans ce genre de projet.

Comme citoyens.es ne serait-il pas opportun de faire front commun avec nos élus.es municipaux pour interpeller le gouvernement du Québec sur ce projet ? Ici, il n’est pas question d’une simple usine que l’on retrouve habituellement dans les parcs industriels des municipalités avec des dommages mineurs à l’environnement au niveau local, mais d’un projet contribuant à la crise climatique. Un enjeu dépassant les frontières d’une municipalité et aux répercussions qui nous touchent tous. Tant de GES engendrés par ce projet viendraient effacer tous les efforts faits par les citoyens et les municipalités pour diminuer notre empreinte écologique.

L’urgence climatique est actuelle et commande des actions pour réduire de 50 % les GES d’ici 2030.

Les citoyens et les municipalités sont en première ligne devant les conséquences du dérèglement climatique, avec des coûts estimés pour les prochaines années à 2 milliards de dollars pour les grandes villes et le double pour l’ensemble des municipalités selon une étude inédite dévoilée lors du sommet municipal Résilience climat organisé par l’Union des municipalités du Québec en mars 2019.

Dans le contexte actuel, il est dans l’ordre des choses que les citoyens et leurs municipalités, à titre de partenaires prioritaires dans la lutte contre les dérèglements du climat, engagés dans des actions pour diminuer leur empreinte carbone, signifient au gouvernement du Québec que ce projet est incohérent avec la lutte pour la protection du climat.

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7 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 3 septembre 2019 08 h 01

    Tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir

    On utilise la technique du brûlis pour faire de l’agriculture et de l’élevage en Amazonie et ceci ne date pas d’hier. Même le président de gauche de la Bolivie, Evo Morales, a fait brûler 38% d’une forêt en Amazonie afin de pouvoir exploiter un gisement pétrolier. Que voulez-vous, ils ont besoin de millions de kilomètres carrés de pâturages afin d’élever des bovins pour vendre la viande aux pays comme la Chine. Ils sont bien plus pauvres que nous. Nous faisons de même et personne ne nous tape sur les doigts pourtant.

    Si le projet GNL Québec ne va pas de l’avant, il sera fait ailleurs. C’est la demande qui dicte ses conditions et non pas l’esprit géographique de l’endroit. Les 30 Mt de CO2 générés par ce projet par année, eh bien, c’est l’équivalent d’un mauvais après-midi en Chine en ce qui concerne la production des gaz à effet de serre. Les efforts minuscules faits par les citoyens et les municipalités pour diminuer notre empreinte écologique, eh bien, les autres pays s’en foutent carrément.

    En parlant des responsabilités citoyennes des municipalités, personne ne parle évidemment du touriste qui génère non seulement un revenu substantiel aux municipalités en fait de taxes et autres, mais aussi des millions de tonnes de GES par année. Les déplacements de ces touristes, eh bien, ils utilisent plus souvent qu’autrement des énergies fossiles pour venir dépenser leurs argents dans ces municipalités. Évidemment, personne des municipalités parle de combien de Mt de GES sont générés par l’industrie touristique par année au Québec.

    Et arrêtons de parler du gouvernement comme une entité réelle et à part; le gouvernement, c’est nous. La grande majorité des Québécois se disent solidaire pour faire face aux changements climatiques mais personne ne veut en payer le prix et voir leur niveau de vie diminuer de moitié. Vous connaissez la chanson; tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir.

    Misère.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 septembre 2019 11 h 05

      Faire face aux changements climatiques ne veut pas dire perdre le niveau de vie. Voir la fini du livre de Bertrand Piccard, Changer d'alatitude, ( inventeur de l'avion solaire Solar Impulse qui a fait le tour du monde.)
      - Vous avez un bon poiht pour le tourisme municipal: l'exemple des " slow city" pourrait servir. Ça peut s'arranger avec de la créativité.
      - En effet on pourrait manger moins de viande, je le fais. Mais on brûle pas des forêts pour les mines, Toutefois, nos ancêtres l'ont fait pour leurs terres, c'est vrai. En Abitibi aussi, au début du siècle. À la suggestion de Serge Bouchard on pourrait mieux s'intégrer à la forêt. La permaculture le dit aussi aussi nommée èco-agro-foresterie.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 septembre 2019 08 h 14

    Ben oui!

    C'et une bonne idée. L'Union des municipalités n'est pas assez à l'écoute des citoyen.es à mon goût. ( essayez de leur parler). La quantité de GES de ce projet gazoduq-GNL que le Québec ajoute réellement à l'atmospjhère de la biosphère est honteuse. L'idée de René Lévesque que nous sommes peut-être quelque chose comme un grand peuple...est malmenée à cause de quelques décideurts qui imposent leur paradigme désuet. J'ai écouté les conférences du collectif scienetifique gaz de schistes et enjeux énergétiques, 2019 et je suis scandalisé. Ce projet n'est pas réellement de la prospérité économique, une bonne efficacité énergétique nationale en serait un bien meilleur.

  • Louise Morand - Abonnée 3 septembre 2019 09 h 37

    Gaz conventionnel vs gaz obtenu par fracturation

    Le gaz qu'on veut exporter avec Gazoduq et GNL-Québec est un gaz obtenu par fracturation, 50% plus émetteur de GES que le gaz conventionnel disponible dans le marché européen. Il n'y a aucune acceptabilité sociale et environnementale à continuer à exploiter ce combustible sale. Le gaz de schiste, comme le charbon, doit demeurer dans le sol.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 3 septembre 2019 10 h 30

      Ha bon, et d'ou tenez vous que le gaz naturel d'Europe est moins émetteur de GES que celui du Canada?

      La moitié du gaz d'Europe provient de la Russie, qui comme on le sait est très sensible a l'environnement...
      Là l'Iran est sur le ligne comme autre source, et ce pays est tout aussi soucieux de l'environnement.

  • Gilbert Talbot - Abonné 3 septembre 2019 09 h 51

    À Saguenay citoyens et municipalité s'affrontent.

    Je suis bien d'accord avec vous pour dire bien fort combien ce projet de GNL est néfaste pour notre environnement et que citoyens et municipalités doivent marcher main dans la main pour s'y opposer, mais malheureusement à Saguenay la municipalité a décidé plutôt de marcher main dans la main avec les grands projets qui veulent s'ériger le long du Saguenay. Nous étions bien une centaine de personnes de la Coalition fjord et autres organismes citoyens à faire valoir notre point de vue lors de l'assemblée municipale de Saguenay où à été débattue la proposition d'appui aux grands projets. Malgré toutes nos interventions et particulièrement celle d'une scientifique signatairede la lettre des 160 scientifiques s'opposant au projet, notre mairesse Josée Néron défendit la position que le gaz naturel était une énergie de transition, ce que réfute les scientifiques signataires de cette fameuse lettre. La proposition fut adoptée à l'unanimité moins un, alors qu'à l'unanimité moins un la salle des citoyens elle s'y opposait.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 septembre 2019 10 h 59

      Décourageant. Comment leur faire comprendre? Cette histoire d'énergie de transition manque d'acceptabilité sociale. Mais ça a passé dans la loi comme du beurre dans la poêle. C'est de l'ignorance crasse qui nous mène par le bout du nez. Le quotient intellectuel est peut-être trop baissé par les perturbateurs endocriniens. ( voir livre de Demeneix: Cocktail toxique.)