Le déséquilibre fiscal impossible dans lequel la Ville de Montréal et les autres municipalités se retrouvent

«Tout d’abord, bien qu’il soit vrai que l’augmentation de l’impôt foncier fait partie du calcul de l’augmentation du loyer, son impact est marginal en comparaison des véritables causes de la flambée des loyers à Montréal», souligne l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Tout d’abord, bien qu’il soit vrai que l’augmentation de l’impôt foncier fait partie du calcul de l’augmentation du loyer, son impact est marginal en comparaison des véritables causes de la flambée des loyers à Montréal», souligne l'auteur.

J’ai pris connaissance du texte « Pauvre Montréal » signé par Pierre Delorme le vendredi 26 juillet. Après relecture, il m’apparaît s’agir davantage d’une opinion d’un contribuable en colère qui utilise de manière démagogique l’argument de la démocratie et de la justice sociale pour justifier sa demande de baisse d’impôt foncier et de stationnements gratuits que d’une opinion basée sur des faits et émise par un professeur honoraire spécialisé en études urbaines.

La thèse du contribuable Delorme expose que l’administration de Projet Montréal, positionnée à gauche donc sensible au sort des personnes les moins favorisées de la société, prend des décisions autoritaires qui vont à l’encontre des intérêts de ces personnes. Il cite les exemples de l’impôt foncier, qui serait refilé aux locataires, et de la tarification du stationnement à Outremont.

La préoccupation sociale et démocratique exprimée est fort légitime, et je la partage sans réserve. Toutefois, le texte passe volontairement, selon moi, à côté des véritables enjeux. […]

Tout d’abord, bien qu’il soit vrai que l’augmentation de l’impôt foncier fait partie du calcul de l’augmentation du loyer, son impact est marginal en comparaison des véritables causes de la flambée des loyers à Montréal : taux d’inoccupation très bas, non-respect des règles de fixation des loyers établies par la Régie du logement, disparition de l’offre de logements locatifs au profit des plateformes commerciales, manque d’investissement public dans la construction et la rénovation de logements sociaux. À titre d’exemple, comme propriétaire d’un triplex sur le Plateau, selon la grille de calcul de la Régie du logement, qui prend en compte l’inflation, l’impôt foncier (municipal et scolaire) et les assurances, j’ai augmenté le loyer de ma locataire de 9 $/mois.

La proposition de règlement sur l’inclusion déposée par l’administration de Projet Montréal, la mise en place d’une direction de l’habitation et les objectifs de création de 6000 logements sociaux sont des engagements clairs qui auront un véritable impact sur les personnes les plus pauvres, bien plus qu’une baisse de l’impôt foncier réclamée par M. Delorme.

Pour la tarification du stationnement, je trouve qu’on y accorde une importance démesurée, comme si c’était un droit de la personne fondamental qui était bafoué. En 2019, il m’apparaît plutôt raisonnable d’envisager que les utilisateurs du domaine public assument une partie des coûts liés à l’entretien des espaces de stationnement. De plus, les personnes les plus pauvres habitant dans les quartiers centraux se déplacent généralement à pied, à vélo et en transport en commun. Ces personnes ont besoin de meilleurs services de la STM et d’aménagements sécuritaires pour leurs déplacements à pied et à vélo afin qu’elles puissent participer pleinement aux nombreuses activités et accéder aux services gratuits. C’est exactement ce que fait Projet Montréal.

Sur la question démocratique, il affirme que « la ville ne semble plus appartenir aux Montréalais. Elle est devenue la propriété d’une poignée d’élus qui prennent des décisions comme bon leur semble sans consulter les citoyens ». Pourrait-il nous indiquer à quelle période merveilleuse il se réfère ? Il ne pense sûrement pas à l’administration précédente, qui a imposé la Formule E, qui voulait investir notre argent dans le retour des Expos et qui a aboli les corporations de développement économique communautaire sans aucune consultation. Ni à la période précédente, marquée par la collusion et la corruption symbolisées par le scandale des compteurs d’eau. Ni à l’ère Bourque, qui a aboli toutes les instances de consultation et de participation publiques. Peut-être est-il nostalgique de la période où le RCM était au pouvoir (1986-1994) ? On ne sait pas.

En terminant, ce qui me dérange le plus dans le texte de M. Delorme, c’est qu’il connaisse très bien la réalité budgétaire montréalaise et celle des municipalités en général. Il connaît très bien la situation de déséquilibre fiscal impossible dans laquelle la Ville de Montréal et les municipalités se retrouvent et il n’en dit rien. Comme si cette situation ne mettait pas une pression énorme sur l’impôt foncier et la tarification des services municipaux. […]

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3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 29 juillet 2019 09 h 19

    Déséquilibre fiscal...

    Curieux que le déséquilibre fiscal prétendu par l'aspirant maire du Plateau permette à la Ville d'offrir des rémunérations et des retraites dispendieuses à ses employés, au moins 30% plus élevées que celles des fonctionnaires provinciaux !

  • Diane Pelletier - Abonnée 29 juillet 2019 11 h 04

    Enfin !

    Enfin une réponse claire nette dénuée de démagogie de M. Raboin. Je retiens que pour la tarification du stationnenment on réagit comme
    si on bafouait un droit fondamantal de la personne ! On comprend que c'est sa réponse au texte Pauvre Montréal de M. Delorme.
    Il y a une forme d'hystérie quand on parle de troquer l'auto pour le transport en commun,quand c'est possible. C'est tellement ancré
    dans les moeurs que l'aspect pratique de la chose fait qu'on s'endette pour remplacer la voiture par des VUS.
    Oui sur des chemins non pavés, non pour Montréal.
    Quant à Projet Montréal, il fait ce qu'il peut au meilleur de ses connaissances. Ce n'est pas parfait mais rien dans cet ordre de choses
    ne l'est.

  • Michel Lamarche - Abonné 29 juillet 2019 12 h 18

    Bravo!

    Bravo pour votre commentaire et très heureux de faire votre connaissance Monsieur Rabouin. Je vois que nous allons avoir de nouveau un bon maire dans l'arrondissement du Plateau Mont-Royal, un maire respectueux de ses concitoyens qui, pour la grande majorité, n'ont pas d'auto et circule à pied ou à vélo. Poursuivez l'embellissement du Plateau.