Yolande, la Charlevoisienne

«Yolande, je crois, a beaucoup écouté. Elle a peut-être parlé moins que son mari, mais n’a jamais été distante de son oeuvre. Elle l’a inspirée. Elle en a fait partie. Elle l’a prolongée», écrit l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Yolande, je crois, a beaucoup écouté. Elle a peut-être parlé moins que son mari, mais n’a jamais été distante de son oeuvre. Elle l’a inspirée. Elle en a fait partie. Elle l’a prolongée», écrit l'auteur.

La Charlevoisienne, c’est-à-dire de Charlevoix, je crois que Yolande Simard Perrault, qui vient de nous quitter, aurait bien aimé ce titre.

Née à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix, elle était la fille de Charles-Benjamin Simard, propriétaire d’un magasin général célèbre alors dans la localité et où se produira un moment inoubliable pour notre culture québécoise.

Car c’est là, dans ce magasin, que son mari, le cinéaste Pierre Perrault, a rencontré Alexis Tremblay, celui qui deviendra son personnage principal dans sa célèbre trilogie cinématographique sur L’Isle-aux-Coudres (Pour la suite du monde, Les voitures d’eau, Le règne du jour).

Bien sûr, Yolande Simard Perrault y était pour quelque chose. Elle connaissait bien les gens de L’Isle-aux-Coudres et depuis longtemps. Elle adorait répéter qu’elle était, en quelque sorte, l’entremetteuse discrète de cette rencontre d’amour entre Pierre Perrault et L’Isle-aux-Coudres. Et comme elle avait raison de l’être.

Une personne connaissant bien le couple m’avait dit joliment que « Yolande Simard et Pierre Perrault étaient le couple le plus épousé qu’elle avait jamais connu ». Je fus en mesure de constater cela lorsque Yolande Simard me reçut gentiment à son chalet de Baie-Saint-Paul en 1997. L’amour qui vibrait entre ces deux personnes semblait alors palpable en quelque sorte. Je ne l’ai pas oublié depuis.

Yolande Simard et Pierre Perrault ont marqué pour toujours Charlevoix et le Québec. C’étaient des « passionnés du pays » jusqu’à la racine même de leur être. La vie culturelle de Charlevoix aurait perdu une trace essentielle si Yolande Simard et Pierre Perrault n’avaient pas été là. Je veux les en remercier sincèrement.

J’ai eu la chance de vivre des moments uniques avec Yolande Simard et Pierre Perrault, notamment lors de l’hommage reçu par le célèbre cinéaste en 1998 à L’Isle-aux-Coudres. Je les sentais alors touchés, sensibles aussi, car Pierre Perrault était déjà très malade, mais si fiers de voir que L’Isle-aux-Coudres et Charlevoix leur étaient redevables pour leur travail, leur inspiration.

J’ai parfois revu ensuite Yolande Simard, notamment au Colloque Marius-Barbeau, tenu à Saint-Irénée en 2014. Elle était heureuse de rendre hommage à ce grand ethnologue, dont elle voyait son mari comme un des héritiers. Elle voulait en témoigner. Elle vibrait et était presque resplendissante. Heureuse de savoir que la parole de son pays de Charlevoix demeurait comme un témoignage éternel et universel.

Yolande, je crois, a beaucoup écouté. Elle a peut-être parlé moins que son mari, mais n’a jamais été distante de son oeuvre. Elle l’a inspirée. Elle en a fait partie. Elle l’a prolongée.

J’en suis certain, elle n’était pas inquiète et elle savait que tout cela ne passerait pas. Que tout cela allait durer. Au-delà d’eux-mêmes, par le fleuve, par les voitures d’eau, par toutes les chasses aux marsouins légendaires, par toutes les voix à qui le cinéma de son mari a laissé la parole. Non, rien de l’oeuvre de Yolande Simard et de Pierre Perrault ne sortira jamais de nos mémoires tant que nous continuerons de croire encore, grâce à eux, aux pays de Charlevoix et du Québec.

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