La multiplication des écrans doit être freinée

«Aux États-Unis, deux psychiatres ont publié des livres-chocs aux conclusions sans équivoque: les écrans ont des effets extrêmement nocifs sur le développement du cerveau des enfants et des adolescents», nous explique l'auteure.
Photo: Getty Images «Aux États-Unis, deux psychiatres ont publié des livres-chocs aux conclusions sans équivoque: les écrans ont des effets extrêmement nocifs sur le développement du cerveau des enfants et des adolescents», nous explique l'auteure.

À tous ceux et celles qui croient à tort que les écrans sont inoffensifs, je recommande vivement la lecture du livre de Michel Desmurget, docteur en neurosciences cognitives et directeur de recherche à l’INSERM (France), intitulé TV lobotomie. Pour ce chercheur, dont l’opinion est fondée sur toute une carrière consacrée à l’étude de ces questions, l’affaire est entendue depuis longtemps ; la télévision est un problème de santé publique.

Et ce qui était vrai dans les années 1970 ou 1980 l’est d’autant plus aujourd’hui puisque, toujours selon M. Desmurget, ce qu’on appelle communément un « téléphone intelligent » n’est en réalité qu’une « télévision miniature portative ». En effet, la plupart des gens se servent de leur téléphone ou de leur tablette pour regarder de manière passive (et souvent compulsive) toujours et encore plus de contenus vidéo.

Les principaux arguments de Michel Desmurget sont :

1. La télé (entendons les écrans) interfère sur les apprentissages essentiels dès la petite enfance en nuisant de manière sensible à l’acquisition du langage et au développement de l’attention soutenue, deux acquis majeurs garants de tous les autres apprentissages ultérieurs.

2 .La télé (entendons les écrans) nuit à la bonne condition physique en induisant un comportement passif, gage d’obésité et de dysfonctions multiples.

3. Enfin, Desmurget ne cesse de rappeler la grande influence de la télé (entendons les écrans) sur l’ensemble des comportements à risque chez les adolescents, notamment, et pour ne mentionner que les plus évidents, l’expression de la violence chez les garçons principalement et la distorsion de l’image corporelle amenant des troubles alimentaires principalement chez les filles.

Aux États-Unis, deux psychiatres ont publié des livres-chocs aux conclusions sans équivoque ; les écrans ont des effets extrêmement nocifs sur le développement du cerveau des enfants et des adolescents.

Dans Reset Your Child’s Brain, la docteure Victoria Dunckley constate que les effets de la surstimulation neurologique induite par les écrans (ici on parle bel et bien de la technologie lumineuse en tant que telle) « imitent » souvent des troubles psychiatriques. Par prudence, elle propose un jeûne d’écran de trois semaines avant d’établir un diagnostic afin d’éviter de médicamenter inutilement ses jeunes patients présentant des comportements associés au TDAH ou à l’autisme. Sa pratique lui fait conclure que le retrait des écrans est toujours bénéfique, qu’il y ait ou non un trouble psychiatrique chez l’enfant.

Dans Glow Kids, le docteur Nicholas Kardara traite de la cyberdépendance des jeunes enfants et des adolescents. Pour lui, toutes les applications électroniques, même celles qui se veulent éducatives, sont, comme le « crack », intentionnellement programmées pour induire dès le premier usage une forte décharge d’adrénaline et de dopamine, créant ainsi une dépendance instantanée. Contrairement aux adultes, les enfants n’ont pas le cortex préfrontal, siège de la volonté et du contrôle des impulsions, assez développé pour résister à ces nouvelles « drogues dures ».

Conséquemment, ces deux pédopsychiatres remettent sérieusement en cause la pertinence de la pédagogie par écran. Pour leurs jeunes patients TDAH, autistes ou cyberdépendants, ils préconisent l’exemption des écrans à l’école.

Les démonstrations du chercheur Michel Desmurget sont fondées sur les études scientifiques validées par des pairs et publiées dans des revues scientifiques comme il se doit. Il en va de même des recommandations des docteurs Victoria Dunckley et Nicholas Kardara, qui en plus sont des praticiens d’expérience.

En conclusion, si la télé est déjà considérée depuis des décennies par les experts comme un problème de santé publique, la multiplication des écrans laisse entrevoir une catastrophe sanitaire d’une ampleur encore insoupçonnée ; les parents doivent écouter les pédiatres qui ont sonné l’alerte ; fini les écrans à l’école !

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6 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 8 mai 2019 09 h 23

    Le dragon

    du capitalo-progressisme ne se laissera pas arrêter ainsi.
    Nous aurions besoin de Saint George...

    • Joane Hurens - Abonné 8 mai 2019 17 h 24

      Je pensais que ce n'était pas un vrai saint ... hi! hi!

  • Jean Richard - Abonné 8 mai 2019 10 h 08

    Comment faire l'économie du sens des nuances

    L'écranophobie qui fait rage depuis quelques temps et qui, comme par hasard, épargne le plus grand des écrans et focalise sur le plus petit, serait plus crédible si elle était accompagnée d'un sens des nuances minimal.

    « ce qu’on appelle communément un « téléphone intelligent » n’est en réalité qu’une « télévision miniature portative »

    Celui qui a fait une telle affirmation en a perdu quelques bouts. Il y a une énorme différence entre la télé conventionnelle des années 70 et les outils contemporains de divertissement ou de diffusion de l'information. Croire que la tablette ou le téléphone mobile ne sont que des téléviseurs miniatures, c'est grotesque. Au départ, la télé conventionnelle des années 70 (avant l'époque du zappage) était totalement passive, et en l'absence de choix, son influence était énorme, tout comme sa capacité à viser la pensée unique. L'enfant rivé à son mobile aujourd'hui est plus actif que l'enfant des années 70 rivé à la télé. Il y a des problèmes communs, mais l'essentiel est bien différent.

    « en nuisant de manière sensible à l’acquisition du langage »

    Pourtant, au Québec, les enfants d'aujourd'hui n'ont tien à envier à ceux qui les ont précédés. De plus, à Montréal, des enfants polyglottes à 10 ans, c'est une réalité. Et souvent ces polyglottes s'expriment mieux que la moyenne en français.

    L'obésité ? Et si on regardait plutôt du côté de l'alimentation ? Dans le fond des lourds sacs à dos des enfants, il y a souvent 3 ou 4 barres tendres qui n'attendent que d'être dévorées.

    La violence ? Bien des scientifiques le disent : il n'a jamais été démontrés hors de tout doute que les jeux vidéos, même violents, induisent la violence chez l'enfant. Ça pourrait même être le contraire.

    En passant, des auteurs de livres-chocs à l'américaine qui ont inventé des formules magiques pour guérir tous les maux de la Terre, on en a vu d'autres...

    Enfin, à 600 g contre 12 kg dans le sac à dos, une tablette serait bénéfique pour les petites

  • Cyril Dionne - Abonné 8 mai 2019 10 h 52

    Ah! les méchants écrans

    En ce qui concerne la question physiologique, les tubes cathodiques à l’ancienne endommageaient vos yeux et votre vision à cause du type énergétique d’émanation de lumière. Les nouvelles technologies le font moins car elles sont luminescentes. De toute façon, on doit prendre fréquemment des pauses, car la fatigue oculaire peut nuire à votre vision, même si les nouveaux appareils ne l’endommagent pas. Tout en faisant la distinction entre les yeux et la vision, il faut dire aussi que notre vision se dégrade naturellement avec l’âge et en fonction des éléments de l’environnement dans lequel nous vivons, par exemple les déserts de neige au Québec et les rayons UV.

    Pour la question pédagogique, oui les écrans sont souvent néfastes à l’apprentissage, non pas pour ceux qui ont une facilité d’apprendre, mais pour ceux qui ont des difficultés d’apprentissage dû à des raisons physiologiques ou comportementales. Les écrans deviennent une béquille pour ces apprenants. Plus souvent qu’autrement, ils se réfugient dans un monde virtuel et sont complètement déconnectés de la réalité scolaire.

    En fait de la notion du conditionnement physique, c’est plutôt un signe des temps pour les sociétés d’enfants rois et de parents rois. Personne ne veut faire un effort pour obtenir quelque chose puisque plusieurs pensent qu’ils sont dotés de droits inaliénables qui ne sous-entendent aucune responsabilité. Et rien de plus facile de s’occuper des ses enfants en leur braquant un écran devant leur visage.

    Pour ce qui a attrait à la violence sociétale, on semble chercher midi à quatorze heures. La violence chez les garçons est en diminution si on compare à quelques générations passées et la distorsion de l’image corporelle amenant des troubles alimentaires principalement chez les filles, est encore une fois, un signe du temps. Rien à voir avec les écrans, mais avec ceux qui contrôlent les médias. Ajoutez à cela l’absence de discipline chez les parents et vous avez la tempête parfaite.

  • Olivier Sorin - Inscrit 8 mai 2019 12 h 24

    Texte vague et ambigu

    La conclusion me laisse perplexe: "les parents doivent écouter les pédiatres qui ont sonné l’alerte ; fini les écrans à l’école !"

    Parfait, mais si c'est l'utilisation à l'école qui est visée:
    - pourquoi s'adresser aux parents et non aux écoles, au ministère?
    - l'utilisation des tablettes à l'école ne me semble pas répondre aux critères " applications électroniques, même celles qui se veulent éducatives [...] programmées pour induire dès le premier usage une forte décharge d’adrénaline et de dopamine" (quant aux téléphones, ils sont interdits d'utilisations dans les écoles sous peine de confiscation).

    Bref, texte alarmiste qui tire hâtivement des conclusions (ce qui ne signifie pas que l'utilisation des crans soit sans danger).

  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 8 mai 2019 16 h 54

    @Olivier Sorin - Vous posez de bonnes questions...

    ... et c'est pourquoi je me donnerai la peine de tenter d'y répondre.
    1) «Pourquoi s'adresser aux parents et non aux écoles, au ministère?» À cela je réponds par une autre question; «Qui, dans notre société, a encore à coeur l'intérêt réel de l'enfant, peut encore avoir le recul nécessaire pour penser par-delà les idées pédagogiques à la mode (celles qui ont été dénoncées par N. Baillargeon justement), passer outre les jeux de pouvoir et d'influence auxquels sont soumis les gens qui occupent des postes importants dans nos bureaucraties, ne sont pas assaillis par des lobbies ou invités à des collloques commandités par Gafam et cie? Les parents. Aussi quelques éducateurs et quelques travailleurs de la santé qui tentent de ramer à contre courant, bien sûr... Mais certainement, ce sont les parents qui ont, pour le moment, le pouvoir d'inverser le cours des choses.
    2) Les procédés de ludification sont bien connus des programmeurs et intégrés aux applications pédagogiques. En clair, l'élève est très tôt habitué à ne fonctionner que par un système de récompenses instantanées induisant la fameuse décharge de dopamine. Or, il s'avère que pour les tâches qui nécessitent à la fois efforts et persévérance, ce type d'appentissage faisant intervenir la motivation extrinsèque ( les récompenses et les «bonbons») est largement à déconseiller. Les apprentissages solides sont ceux qui sont fondés, autant que faire se peut, sur la motivation intrinsèque. Lorsque l'élève comprend le sens et la valeur des apprentissages, il entreprend les tâches pour les «bonnes raisons» et a ainsi plus de chances d'acquérir des connaissances et des compétences pérennes.
    J'ai exercé 30 ans le métier d'enseignante et ce sont les observations et les expériences de toute une vie qui me permettent de témoigner aujourd'hui.