L’ampleur de la mission de nos enseignants

«Il m’apparaît essentiel que nous nous questionnions, collectivement, quant aux efforts que nous sommes prêts à déployer pour soutenir nos enseignantes et nos enseignants dans l’exercice de leur fonction», écrit l'auteure.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse «Il m’apparaît essentiel que nous nous questionnions, collectivement, quant aux efforts que nous sommes prêts à déployer pour soutenir nos enseignantes et nos enseignants dans l’exercice de leur fonction», écrit l'auteure.

Depuis plusieurs années déjà, les médias rapportent les défis de toutes sortes que doivent affronter les enseignantes et les enseignants de nos écoles primaires et secondaires. Une situation troublante, de par le seul fait qu’elle semble avoir des impacts non négligeables sur notre capacité à retenir dans la profession les enseignants débutants et à offrir des conditions d’exercice optimales aux plus expérimentés.

À première vue, le manque de ressources spécialisées pour faciliter l’intégration des élèves ayant des besoins particuliers dans les classes dites « ordinaires » semble à lui seul avoir intensifié et complexifié le travail des enseignants. Mais à bien considérer les choses, c’est un ensemble de circonstances et de transformations qui peut être mis en cause.

En effet, depuis l’an 2000 seulement, les enseignants ont eu à s’approprier un nouveau programme de formation, de nouvelles disciplines, de nouveaux outils, de nouvelles méthodes d’évaluation. Les régimes pédagogiques aussi ont changé, tout comme les politiques éducatives ont évolué, reflétant ainsi certaines caractéristiques d’un contexte social, politique et économique en transformation.

La tâche des enseignants s’est également complexifiée dans la mesure où les attentes sociétales en matière d’enseignement et d’éducation des enfants vont en croissant.

En effet, il ne se passe pas un semestre sans que des groupes d’intérêts demandent que soient inclus de nouveaux cours dans le programme scolaire québécois. Le dernier en date : les psychiatres qui militent pour que des cours d’éducation à la santé mentale soient ajoutés au programme de formation.

Bien que le sujet soit hautement préoccupant, il vient malgré tout s’ajouter à une liste déjà bien longue de sujets tout aussi pertinents qui sont ou pourraient être inclus dans le cursus scolaire : cours d’éducation à la sexualité, à l’utilisation éthique des technologies, à l’écocitoyenneté, à l’entrepreneuriat, à l’engagement citoyen, cours de cuisine, cours de finances personnelles, etc.

Sans compter le fait que les savoirs et les compétences dont les élèves auront besoin pour contribuer à la vie en société changent constamment, selon l’OCDE.

Ainsi, les questions que posent la mondialisation, l’environnement, le déploiement des nouvelles technologies, les migrations de population, tout autant que l’évolution rapide des métiers et de l’environnement de travail forcent les réflexions quant aux apprentissages qui devront être faits par les élèves d’aujourd’hui pour évoluer dans le monde de demain.

Bien entendu, ces transformations sociales ont des impacts importants sur la profession enseignante. Or, le rôle de l’enseignant dans la réussite éducative des élèves est majeur et prédominant.

Dans ce contexte, il m’apparaît essentiel que nous nous questionnions, collectivement, quant aux efforts que nous sommes prêts à déployer pour soutenir nos enseignantes et nos enseignants dans l’exercice de leur fonction, notamment en raison de l’ampleur de la mission sociale que nous leur confions.

Que ce soit en rehaussant leur salaire, en augmentant les ressources d’aide spécialisée dans les écoles, voire en leur offrant des voies de développement professionnel efficaces et adaptées tant à leurs besoins qu’à ceux de leurs élèves et de leur organisation scolaire, le temps est venu de faire des gestes concrets qui reconnaîtront l’ampleur de la mission que nous confions à nos enseignants.

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8 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 23 avril 2019 09 h 59

    Les enseignants, les enfants rois et les parents rois

    Au Québec, on parle et on discute beaucoup, mais les actions ne suivent pas les babines. Prenons en exemple le système de santé que tout le monde se vante qu’il est très bon alors que c’est un désastre sauf pour les médecins spécialistes. On nous parle des l’absence d’un régime de santé collectif aux USA alors qu’au Canada, il ne faut pas être pressé pour mourir. Les policiers, qui sont la représentation même de la définition de sous-éducation, nous parle des fractions secondes qu’ils ont pour dégainer leurs armes alors que presqu’aucun ne le fera dans toute sa carrière. Pourquoi le monde de l’éducation serait pire avec des commissions scolaires vétustes et des projets comme Lab-École?

    Oui, les savoirs et les compétences dont les élèves auront besoin pour contribuer à la vie en société changent constamment, selon l’OCDE et l’école n’est pas équipée pour faire face aux défis. Bien qu'il y ait beaucoup de discussions sur l'impact de la technologie non seulement dans la classe, mais dans nos sociétés, les gouvernements ne sont pas encore prêts. Alors, comment imaginer que les écoles le sont? Cela étant dit, les programmes d'études actuels dans le milieu scolaire ne reflètent pas cette réalité à sa pleine justification. La programmation n'est pas une langue formelle enseignée à l'école, mais son importance pour l'éducation des futurs créateurs d'emplois est cruciale pour toute société. Les curriculums doivent être essentiellement biologiques et, en raison de ce fait, ils devraient être en mesure de changer rapidement pour s'adapter à un monde éducationnel en constante évolution.

    Tout cela pour dire que l’école commence à la maison. Les parents se déresponsabilisent et mettent toute l’emphase sur les enseignant.e.s. Pourquoi, les éducateurs, osent-ils tenter de trouver des solutions à tous les défis éducatifs qui se posent aujourd'hui et à l'avenir? Si je peux citer John Kennedy: « Nous faisons cela non parce que c'est facile, mais parce que c'est difficile ».

  • Gilbert Talbot - Abonné 24 avril 2019 08 h 36

    Court bilan d'un enseignant de cégep.

    Vous savez, ce qui m'a le moins aidé au cours de ma carrière d'enseignant, c'est la multiplication des réformes qui revenaient aux trois ans à peu près. J'avais juste envie de leur dire: "laissez-nous enseigner, on connaît notre travail, surtout ne vous en mêlez pas, vous les hauts fonctionnaires du ministère de l'éducation". Ce qui m'a soutenu par ailleurs, c'est l'aide à la formation, la participation aux colloques et congrès de ma discipline, les discussions entre les pairs et la vie syndicale, une grande source de soutien et de solidarité.

    • Loyola Leroux - Abonné 24 avril 2019 10 h 48

      J'ai connu plusieurs profs de philo et de francais qui enseignaient n'importe quoi. Il faut surveiller

  • Loyola Leroux - Abonné 24 avril 2019 10 h 51

    Les éleves lourdement handicapés, qu’apprennent-ils ?

    Quelqu’un connait-il une ou des recherches ayant étudié les problèmes suivants ?
    Les enfants lourdement handicapés bénéficient-ils de leurs apprentissages à l’école jusqu’à 21 ans ? Qu’ont-ils appris ?
    Personnellement, depuis 2015, j’ai parlé avec quatre mères d’enfants de 14 a 16 ans, lourdement handicapés qui fréquentent l’école. Je leur ai demandé : ‘’Apres 8 à10 ans d’apprentissage sur les banc de l’école, sont-ils capables d’écrire leur nom ? Elles m’ont toutes répondu : Non ! Elles exigent que leur enfant fréquente l’école jusqu’à 21 ans. Je ne veux pas généraliser mais j’aimerais connaitre des études.
    Selon vous, que peuvent apprendre les professeurs, formés en ‘’sciences’’ de l’éducation pendant 4 années, à de tels jeunes ? Ont-ils leur place dans une classe régulière ? Les enfants normaux souffrent-ils de toute l’attention qu’ils demandent ? Un technicien en loisir ne serait-il pas plus apte à les encadrer ?

  • Loyola Leroux - Abonné 24 avril 2019 14 h 25

    Les trois facteurs déterminants dans la réussite scolaire

    Vous écrivez : ‘’Or, le rôle de l’enseignant dans la réussite éducative des élèves est majeur et prédominant.’’

    Je ne veux pas contribuer a faire diminuer votre ‘’estime de soi’’, notion qui est devenue centrale dans le curriculum des études des étudiants québécois, mais vous vous tromper un peu en accordant autant d’importance à l’enseignant dans la réussite scolaire.

    Un récent article de la revue The Economist, nous apprenait que le premier facteur qui détermine la réussite scolaire des enfants est la génétique des parents, les traits héréditaires. Le 2e, est le rôle de la famille, ses forces et ses tares, sa classe sociale, le quartier qu’elle habite, etc. Le 3e, l’école, ses enseignants et ses nombreux spécialistes de toutes les sortes.

    Une récente émission de Découverte à Radio-Canada, nous apprenait que sur 80,000 naissances par année au Québec, plus de 6,000 sont des grands-prématurés et que la moitié d’entre eux ont des séquelles neurologiques inguérissables. Quelque soit le nombre de spécialistes qui vont s’en occuper par la suite.

    Dans les années 70, les sociologues de la gauche en France, comme Beaudelot et Establet et au Québec, Claude Escande, démontraient clairement le lien entre la classe sociale de l’enfant et la réussite scolaire. Maintenant, que le gauche est au pouvoir ce type de recherches n’est pas mis à jour.

    Comme vous pouvez le constater les enseignants jouent un role tres secondaire.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 24 avril 2019 15 h 01

    « (…) soutenir nos enseignantes et nos enseignants (…) affronter les enseignantes et les enseignants» (Marie-France Boulay, étudiante)

    Le lecteur que je suis souhaite que les enseignants cessent de redoubler puérilement l'appellation générique avec une appellation spécifique;

    Exemple:

    Un troupeau d'éléphants, d'éléphantes et d'éléphanteaux a piétiné le potager;

    Explication:

    Un troupeau d'éléphants (générique) est normalement constitué d'éléphants (spécifique), d'éléphantes (spécifique) et d'éléphanteaux (spécifique).

    Éléphant: appellation générique (masculin grammatical = genre neutre);

    Éléphante, éléphanteau: appellation spécifique;


    -Générique-

    Un troupeau d'éléphants a piétiné le potager.

    -Spécifique-

    Un troupeau d'éléphants, d'éléphantes et d'éléphanteaux a piétiné le potager.

    Ambiguïté: S'agit-il de trois troupeaux distincts?

    On précise donc:

    Un troupeau composé d'éléphants, d'éléphantes et d'éléphanteaux a piétiné le potager.


    Ainsi, sous le registre québécois que nous ont concocté des idéologues ignares en mal de renommée et d'innovation, la systématisation de l'usage du spécifique au détriment du générique alourdit les énoncés et rend confuse une langue qui est limpide sous un registre standard:

    Un troupeau d'éléphants a piétiné le potager; (registre standard)

    Un troupeau composé d'éléphants, d'éléphantes et d'éléphanteaux a piétiné le potager; (registre québécois)

    Syndicat des pompiers du Québec; (registre standard,) (pompier; générique)

    Syndicat des pompiers et pompières (sic) du Québec; (registre québécois) (pompier, pompière; spécifique).