En Acadie, n’ignorons pas l’importance de la diplomatie

«Demandons à nos gouvernements de voir les réels bénéfices de ces Jeux pour l’Acadie et pour le Nouveau-Brunswick, car c’est une occasion qui ne risque pas de se représenter de sitôt», plaide l'auteur.
Photo: iStock «Demandons à nos gouvernements de voir les réels bénéfices de ces Jeux pour l’Acadie et pour le Nouveau-Brunswick, car c’est une occasion qui ne risque pas de se représenter de sitôt», plaide l'auteur.

Depuis que la nouvelle de la montée en flèche des coûts associés à la tenue des Jeux de la Francophonie 2021, tenus à Moncton, a éclaté en décembre dernier, l’affaire a fait couler beaucoup d’encre dans les médias francophones du pays. Bien que cette polémique puisse être analysée sous plusieurs angles, la majorité des articles et des textes de réflexion sur le sujet se sont principalement centrés sur des arguments économiques et, dans une moindre mesure, politiques. Toutefois, une autre perspective aussi importante doit absolument être prise en ligne de compte : celle de la diplomatie.

À l’ère de la mondialisation, la diplomatie est un outil puissant d’échanges sur les plans culturels, sociaux et économiques, en plus de pouvoir faire entendre sa voix sur le plan international.

L’Acadie ne dispose pas d’outils étatiques en matière de relations internationales. Par contre, les aspirations acadiennes en matière de diplomatie se sont depuis longtemps manifestées par le biais de la Société nationale de l’Acadie (SNA), qui s’est vue investie de cette mission grâce à son histoire, sa ténacité, et surtout en ayant été reconnue par la France et plus tard la Belgique (ici, on pense notamment aux quatre grands Acadiens accueillis à Paris par le général de Gaulle comme des chefs d’État en 1968).

Quant à la province du Nouveau-Brunswick, elle fait partie de la « Francophonie » depuis 1977, date de son adhésion à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Cette prise de conscience provinciale était largement influencée par les « relevés de conclusions » signés entre la SNA et l’État français. Cette visite avait provoqué bien des remous à Fredericton et à Ottawa, certes. Toutefois, elle a catapulté l’Acadie, et par extension la « situation acadienne », sur la scène internationale. L’Acadie, désormais, était invitée dans la cour des grands.

Il va sans dire que le Nouveau-Brunswick a été admis à l’ACCT en grande partie grâce à l’influence de l’intelligentsia acadienne. Il n’est pas exagéré de croire que la province du Nouveau-Brunswick doit beaucoup à l’Acadie, car sans elle, cette dernière n’aurait jamais été acceptée comme membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), organisme qui regroupe 88 États et gouvernements représentant plus de 900 millions d’habitants répartis sur les cinq continents. Il est important de souligner ici que, du côté anglophone, le Nouveau-Brunswick n’est pas membre du Commonwealth et que sa candidature serait très certainement jugée utopique.

Mais c’est toute la province qui bénéficie de sa place à l’OIF, car c’est la province et son drapeau qui y sont représentés.

Oui, l’Acadie s’est montrée très courageuse, ambitieuse et déterminée en matière de francophonie internationale, et ce, depuis des décennies. […] Les visionnaires des actions et des initiatives de l’Acadie sur la scène internationale méritent tout notre respect, autant chez les francophones que chez les anglophones, car leur legs est énorme. Les différentes ententes et différents échanges établis entre l’Acadie et divers pays de la Francophonie ont permis à des générations de boursiers à profiter d’occasions d’épanouissement professionnel, scolaire et personnel exceptionnelles. Ces boursiers sont devenus, entre autres, nos gens d’affaires, nos médecins, nos leaders politiques. Francophones et anglophones peuvent aujourd’hui bénéficier de leur vision, de leur engagement et de leur contribution économique.

La capacité financière du gouvernement du Nouveau-Brunswick limite très certainement nos aspirations internationales, et cette réalité est la même pour les deux communautés linguistiques. Mais si le gouvernement du Nouveau-Brunswick se limite à la question financière pour analyser les coûts et les avantages des Jeux, ce sera le début de l’effritement non seulement de la place de l’Acadie sur la scène internationale, mais également de la place du Nouveau-Brunswick, et par extension des provinces atlantiques à l’intérieur de notre fédération canadienne. Est-ce que notre statut en tant que « province pauvre » signifie que nous ne serons jamais dignes d’accueillir des événements d’envergure internationale sur notre territoire ? Vivons-nous dans un Canada à deux vitesses : un Canada où les provinces fortunées peuvent jouer sur la scène internationale et s’épanouir alors que les provinces dites « pauvres » sont condamnées à une éternelle gestion de décroissance ? En Atlantique, faisons-nous partie d’un Canada périphérique ?

La participation du gouvernement du Nouveau-Brunswick à l’OIF est une occasion à ne pas manquer. Il faut la saisir pour l’ensemble des Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises, anglophones comme francophones. Les Jeux de la Francophonie, s’ils ont lieu, seraient le plus grand événement sportif et culturel que l’est du Canada ait connu. Demandons à nos gouvernements de voir les réels bénéfices de ces Jeux pour l’Acadie et pour le Nouveau-Brunswick, car c’est une occasion qui ne risque pas de se représenter de sitôt.
 

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1 commentaire
  • Laval Gagnon - Abonné 17 janvier 2019 09 h 46

    L'Acadie, le Québec et Ottawa

    Il y a une facette troublante dans ce plaidoyer du porte-parole acadien. Il parle de l'importance de la diplomatie dans le rayonnement de la francophonie et l'impact éventuel de la tenue des Jeux de la francophonie en 2021 au Nouveau-Brunswick. En aucun temps l'auteur n'aborde, directement ou indirectement, la présence stratégique et l'influence politique du Québec comme éventuel partenaire de l'Acadie. Bien sûr, pour bien des raisons, longtemps le Québec a ignoré et sous-estimé l'Acadie. Pourtant, longtemps aussi les Acadiens ont bénéficié, de bien des façons, de l'imposante présence de leur voisin québécois. Probablement parce que l'Acadie a de tout temps été soumise à la diplomatie canadienne, celle qui depuis Ottawa a mis bien des efforts maintenir la division entre les deux communautés. En soutenant paternellement la plus faible pour mieux la contrôler, et en minant les particularités de la plus forte pour l'affaiblir et la marginaliser.