Avent et Noël, de J. S. Bach à nous

«J. S. Bach fut un compositeur qui a su élever l’âme à hauteur de sa propre dimension religieuse.»
Illustration: Rischgitz Getty Images «J. S. Bach fut un compositeur qui a su élever l’âme à hauteur de sa propre dimension religieuse.»

Jean-Sébastien Bach écrivit pour le premier dimanche de l’avent trois cantates. Ces « Adventskantaten BWV 36, 61 et 62 » s’inspirèrent du texte et de la mélodie du choral de Martin Luther, 1524. Encore aujourd’hui, c’est un pur bonheur d’écouter cette musique dite sacrée.

J. S. Bach fut un compositeur qui a su élever l’âme à hauteur de sa propre dimension religieuse. Et que dire de sa Cantate de Noël et de son Oratorio du même nom ; éblouissants de beauté ! Homme mû par une foi profonde, il commençait la plupart de ses compositions par une prière pour demander de l’aide au Christ et terminait par une louange à Dieu. Très souvent, il inscrivait en haut de la partition les lettres I.N.J., abréviation de « In Nomine Jesu », qui signifie « Au nom de Jésus ». Une autre inscription, celle-là en marge d’une partition pour un double J, pour « Jesu Juva », c’est-à-dire « Jésus, sauve-moi ». Bach concevait donc son travail de composition comme un ministère ; il se sentait apôtre, envoyé en mission pour porter l’Évangile. Des cantates, des motets, des oratorios, autant d’expressions musicales qui donnent à penser que l’illustre J. S. Bach appartenait aussi bien au monde « d’en haut » qu’à celui « d’en bas ».

Mais voilà. Les temps ont bien changé. Ici au Québec, les gens ont depuis bon nombre d’années réglé leurs comptes avec ce qu’ils appellent la religion, c’est-à-dire le monde « d’en haut ». Cela se manifeste notamment par un vent d’incroyance qui déferle sur les populations vieillissantes, mais aussi sur les jeunes et moins jeunes. L’une de mes élèves de 4e année me disait l’an dernier : « Je ne crois pas en Jésus, je ne crois en rien. » De lui dire : « 9 ans, c’est bien jeune pour en arriver à une telle conclusion. » Et un autre, toujours dans le cours d’éthique et culture religieuse, de poursuivre quelques semaines plus tard : « Moi, je descends du singe. » De lui rétorquer : « Et le singe descend de l’arbre »…

Cette sublimation de l’incroyance cible maintenant non seulement l’ordinaire de la vie, mais aussi le calendrier liturgique dans deux de ses principaux fondements : l’avent et Noël. Autrefois, l’avent signifiait l’attente du Messie : quatre semaines précédant la fête de Noël. Aujourd’hui, ce temps de l’avent est consacré à la confection ou l’achat d’un calendrier qui se veut essentiellement profane, puisqu’il tire sa sève de l’objet quotidien à prendre, à consommer. C’est le monde « d’en bas », expression d’une réalité purement temporelle et matérielle. Nous assistons au même phénomène avec Halloween, fête folklorique et païenne qui a complètement délogé et occulté le Jour des morts et la Toussaint ; on préfère maintenant célébrer la venue des fantômes plutôt que de se rabattre sur la mémoire de nos disparus.

En cette période dite festive, il est de bon aloi de se souhaiter de « joyeuses Fêtes » ! Après tout, nous ne sommes plus qu’à quelques heures de la soirée du 24 et de la nuit du 25. Au fil des années, cette formulation a subtilement tassé puis progressivement effacé le traditionnel « Joyeux Noël ». La publicité télévisuelle en fait largement l’étalage, et nos conversations humaines convergent dans le même sens. Ainsi, cette expression relative à la Nativité fut larguée au profit d’un voeu neutre, areligieux. Cela en dit long sur le rapport que nous entretenons maintenant avec cette fête chrétienne à l’allure paganisée. À ne pas en douter, le grand J. S. Bach ne s’y reconnaîtrait pas.

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6 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 24 décembre 2018 07 h 00

    Pauvres enfants

    Pauvres enfants, qui ont enduré les élucubrations du professeur Tremblay pendant toutes ces années. Ce prof créationniste, semble-t-il, rabroue un petit qui lui parle de Darwin, et un autre, lucide, qui vient de découvrir que Dieu et le Père Noël n'existent pas. Que voulez-vous, aujourd'hui il y a des enfants de 9 ans qui changent de sexe. Utliser la musique de Bach pour donner de la substance à ses superstitions relève de la pire mauvaise foi, excusez le mot. Monsieur Tremblay est libre de croire qu'un type né d'une vierge est ressuscité trois jours après sa mort, comme d'autres croient qu'un barbu invisible s'indigne quelque part dans l'espace de voir des femmes ne pas porter de voile, mais de grâce, laissez les enfants tranquilles!

    • Christian Roy - Abonné 24 décembre 2018 14 h 39

      M. Toutant, c'est la deuxième partie de la phrase qui me questionne : « Je ne crois pas en Jésus, je ne crois en rien. » - élève de 4e année. Faut-il prendre ce qu'elle dit au pied de la lettre ou y a-t-il un sens qui nous échappe à première écoute ? À quoi correspond ce "rien". Je vous invite à ne pas faire de projection. Sa soit-disante lucidité la conduira à faire quels choix vous pensez ?

      D'après moi, ce sont les enfants qui ne doivent pas nous laisser tranquilles.. À nous d'être à l'écoute de leur prise de parole.

      Salutations au témoignage de M. Tremblay qui ouvre de nouvelles pistes de réflexion.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 décembre 2018 08 h 01

    Quel compositeur et organiste ce Jean-Sébastien Bach!

    Mes ancêtres de Thuringe ont connu ce grand musicien, lors des cérémonies dans les églises, entre autres, de Dornä et de Mühlhausen. L'un d'eux avait été baptisé du même prénom que lui (église évangélique). Le décor dans lequel il a évolué, appris...est tout à fait magnifique à voir et ce n'est pas sans émotion que l'on peut toucher le clavier de l'orgue de Dornä (caché pendant l'invasion russe) où il était déjà un prodige,. Merci de m'avoir rappelé aussi cette grande famille et c'est avec plaisir que l'on peut écouter une grande partie de son oeuvre, dont l'Oratorio de Noël! Joyeux Noël sur la Terre...

  • Gilbert Turp - Abonné 24 décembre 2018 10 h 25

    L'art est l'expression la plus élevée de la spiritualité humaine

    C'est pourquoi on peut aimer l'architecture des lieux de culte et la musique sacrée. Ça parle directement à l'âme, même à celle d'un agnostique qui se tient loin des clergés et est sceptique face aux discours religieux...

  • Bernard Dupuis - Abonné 24 décembre 2018 12 h 33

    Demain ne sera pas comme aujourd'hui

    Bien sûr, il y a la publicité télévisuelle. Mais, il ne faut pas oublier une raison politique plus profonde aux conséquences dramatiques pour notre tradition culturelle et religieuse. C'est l'enchâssement dans la constitution canadienne, que nous n'avons même pas signée, mais dont nous pâtissons quand même, du principe du multiculturalisme.

    Si le "Joyeux Noël" fut largué, c'est que le peuple québécois, ses traditions, sa fierté ont perdu leur importance politique. Au train où vont les choses, c'est le peuple québécois lui-même qui sera largué au profit d'une certaine culture franglaise et bilingue à la Trudeau. À moins d'une renaissance promise par une génération post-millenium, c'est Elliot Trudeau qui aura gagné sur toute la ligne. Pour la génération actuelle, seuls les gagnants ont raison. Alors "Vive le Canada multiculturel". Quelle horreur! Mais, demain ne sera pas comme aujourd'hui.

    Bernard Dupuis, 24/12/2018

  • Christian Roy - Abonné 24 décembre 2018 15 h 13

    Joyeux Noël à tous !

    J'ai constaté moi aussi que la tendance lourde consiste à évacuer de l'espace public le mot Noël, comme s'il n'était plus politically correct. Oubliez l'Arbre de Noël devenu l'Arbre de joie, oubliez les paniers de Noël devenu les paniers du pauvre, etc. Il ne faut heurter personne en cachant ce mot troublant.

    Reste peut-être les chants traditionnels au vocabulaire explicitement religieux qui parlent d'anges, de sauveur, de Dieu. Qui dit que d'ici quelques années, ces chansons ne seront pas censurées !!!

    L'Halloween, à bien des égards, a plus de popularité que les fêtes chrétiennes de Noël et de Pâques. Elle deviendra bientôt notre fête emblèmatique au niveau national !

    Le Québec est déchristianisé. Il a tourné le dos à son patrimoine et refoulé son passé religieux. Il a jetté le bébé avec l'eau du bain. Il reste surtout figé dans une lecture superficielle, caricaturale et peu nuancée de la Bible et des Évangiles. Le Québec a peu d'intérêt semble-t-il d'aller plus loin dans sa recherche spirituelle. Les prêcheurs de nos églises catholiques en sont grandement responsables. C'est la sclérose.

    Est-ce par esprit de contradiction ou par fierté de mes origines mais je ne me gêne pas pour dire à tout ceux que je rencontre - en public ou en privé - un "Joyeux Noël" bien senti. Cet acte est politique ! Et j'avoue n'avoir aucun scrupule.