Le Noël d’une joyeuse famille d’insoumis

Le temps des Fêtes est une chance, dans nos vies complexes, de vivre consciemment.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le temps des Fêtes est une chance, dans nos vies complexes, de vivre consciemment.

Parce que nous nous sommes donné, au fil du temps, quatre garçons, mon conjoint et moi avons peu à peu découvert que l’amour est le noyau de toutes nos actions. Nous avons appris à valoriser la simplicité et l’authenticité et donnons sens à nos modestes aventures par la convivialité et le partage. Au moyen de la réflexion et de l’action, nous tentons d’inculquer à nos enfants la compassion et la générosité tandis que la vie se charge de nous recentrer sur ce qui compte vraiment pour nous : nous entourer des êtres aimés, rechercher la sérénité (non, c’est pas facile !), croire en un monde meilleur et essayer d’y contribuer.

À l’approche des Fêtes, cette année, nous faisons un choix qui s’inscrit dans la continuité de nos valeurs : nous nous refusons à consommer pour dire notre amour. À Noël, c’est décidé, nous résistons à la tentation de faire des achats impulsifs pour soigner nos inconforts. Nous ne gaspillerons ni temps, ni énergie, ni argent, ni matériel pour nous sentir exister. Notre famille dit non à la foire commerciale et au faux bonheur qu’elle promet. Adieu bébelles, poubelles pleines et crédit galopant !

Sans chercher à le diaboliser ou à reléguer aux oubliettes ses significations traditionnelles, nous vivrons Noël autrement. Nous optons dans la joie pour des festivités aux antipodes de la course et de la performance. La déco, les repas et les cadeaux seront imparfaits (les enfants les fabriquent avec les moyens du bord !). Et le reste attendra ! Loin d’un ennuyeux cynisme mais dans une ode certaine à la lenteur, tels de joyeux insoumis, nous nous installerons dans une petite maison de campagne louée pour l’occasion. Les grands-parents chéris seront aussi de passage.

Fête des enfants

Pas de jouets sous le sapin, donc. Et le meilleur là-dedans ? Les enfants sont ravis ! Car ils savent que, lors de ce temps d’arrêt, le rire, la musique, la créativité et la spontanéité seront au rendez-vous. Exit l’école et les fastidieuses obligations ! Bienvenue la nature, les repas réconfortants et la lumière dansante des bougies ! Et les amis seront les bienvenus ! Si Noël est la fête des enfants et de la famille, alors faisons toute la place à ce qui les construit : la réjouissance, l’éveil des sens et de l’esprit, les souvenirs et projets communs et les plaisirs partagés. Saisissons cette occasion de donner à nos enfants non pas des montagnes de plastique ou d’encombrants objets à peine désirés, mais amour, présence, visites d’amis et moments de recueillement.

Ce temps fort est une chance, dans nos vies complexes, de vivre consciemment. Félicitons-nous du fait que les magasins sont fermés et, pour l’amour des enfants, parlons-nous délicatement, offrons-nous les uns les autres une attention spéciale, chantons et dansons ensemble, cuisinons tranquillement, lisons-leur longuement. Ayons la volonté de transmettre des valeurs humaines, de nous faire des dons pleins de sens et de garder vivante notre mémoire. Rendons hommage au passé (et à nos proches disparus), mais n’oublions pas le futur : causons de justice sociale et de nos vives préoccupations environnementales. Noël doit être joyeux, mais pas à n’importe quel prix. Soyons les adultes et inculquons à nos enfants le sens de la fête !

(Et là, j’ai le sensuel Hallelujah de Leonard Cohen qui joue dans ma tête.)

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5 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 21 décembre 2018 03 h 31

    La quête de la justice sociale et climatique est plus importante que la consommation éternelle.

    Bravo et félicitations pour ce bijou de témoignage, madame Corbett. L'amour, l'amitié et le partage traduisent l'essentiel de la célébration de Noël. On n'a pas besoin de consommer des bebelles pour être heureux. La quête de la justice sociale et climatique est plus importante que la consommation éternelle. Merci pour ce bijou de témoignage.

  • Réal Boivin - Abonné 21 décembre 2018 06 h 39

    Bravo Mme. Isabelle Corbett

    Tranquillement, depuis deux ans, j'essaie de faire réaliser à mes collègues, amis et famille que le temps des cadeaux de noël est révolu. De notre temps ( j'ai 58 ans ) il était consevable de donner des cadeaux aux enfants à noël car, à part notre anniversaire, nous n'en n'avions jamais. Mais de nos jours, les enfants comme les adultes ont tout, tout de suite à longueur d'année. Noël est maintenant une fête qui nous permet de se rencontrer et de s'aimer tout simplement, tout humainement. Et en prime, après les fêtes, on ne sera plus épuisé et endetté.

  • Marc Therrien - Abonné 21 décembre 2018 07 h 44

    La fête du solstice d'hiver sans la neige qui ensevelit


    Quand on passe un Noël du cœur on prend conscience d’une douce mélancolie habitée du souvenir de notre enfance enchantée et attristée de la disparition effective et à venir de ceux avec qui on se réjouissait depuis tant d’années. C’est peut-être ce malaise existentiel que beaucoup de gens veulent anesthésier par la consommation effrénée. Ce n’est pas tant le temps qui passe, que nous qui passons dans le temps. Noël, vécu au nord, quand il n’est pas vert, c’est aussi la fête du solstice d’hiver qui suit la nuit la plus longue. Conscients du mouvement cyclique des alternances entre la vie et la mort et la rotation éternelle du cycle des saisons, nous célébrons le réveil annoncé de la nature et de la vie.

    Marc Therrien

  • Christian Roy - Abonné 21 décembre 2018 17 h 52

    Une famille de résistants

    Merci de votre témoignage madame Corbett.

    J'imagine que ça prend tout un esprit de résistant pour arriver à réaliser ce que vous décrivez. Noël est devenu une foire commerciale et débridée qui compte sur le conformisme pour prospérer. Certains décrivent cette période comme un tourbillon matérialiste visant à remplir le vide existentiel qui nous affecte tous, consciemment ou pas. Ce vide a pour effet de creuser nos poches et de remplir celles des marchands. C'est ça la magie de Noël !

    Je crois que "l'essentiel" de cette fête est "invisible pour les yeux".

    Que votre exemple nous serve d'inspiration et qui sait si le Petit Prince passera pas par chez vous !

  • René Rouleau - Abonné 21 décembre 2018 21 h 10

    Je vais conserver ce texte

    J'ai 68 ans, je commence tout juste à en prendre conscience !
    Je vais conserver (sauvegarder) ce texte et la transmettre. C'est quand même assez merveilleux (c'est le temps ou le moment qui impulse) de lire des chose qui expriment l'essentiel.
    « ... ce temps d’arrêt, le rire, la musique, la créativité et la spontanéité seront au rendez-vous. Exit ... les fastidieuses obligations ! Bienvenue la nature, les repas réconfortants et la lumière dansante des bougies ! Et les amis seront les bienvenus ! Si Noël est la fête des enfants et de la famille, alors faisons toute la place à ce qui les construit : la réjouissance, l’éveil des sens et de l’esprit, les souvenirs et projets communs et les plaisirs partagés. ...cette occasion de donner à nos enfants ... amour, présence, visites d’amis et moments de recueillement.»
    Merci et comme dit
    on va s'en souvenir!