Ne touche pas à mon université

Le premier ministre Doug Ford a annoncé la semaine dernière qu'il n'y aura finalement pas d'Université de l'Ontario français. 
Photo: Chris Young La Presse canadienne Le premier ministre Doug Ford a annoncé la semaine dernière qu'il n'y aura finalement pas d'Université de l'Ontario français. 

La décision mal avisée du gouvernement Ford de mettre fin au projet très avancé de l’Université de l’Ontario français nous ramène aux heures noires d’il y a un siècle avec le Règlement 17. À l’époque, l’attaque était dirigée contre l’accès aux études primaires en français. Depuis ce temps, les Franco-Ontariens ont réussi à bâtir un solide système d’éducation qui permet un accès aux études en français.

Cependant, même si nous sommes loin de cette période héroïque, l’abandon du projet de l’Université de l’Ontario français a des conséquences aussi néfastes. C’est à notre époque la plus grave attaque contre la francophonie ontarienne. C’est encore plus grave que l’attaque contre l’hôpital Montfort. Je n’ai rien contre l’existence d’un hôpital francophone à Ottawa. Un hôpital, cela soigne des malades dans un endroit bien localisé et c’est important. Cependant, la création d’une université à vocation provinciale, c’est encore plus important puisque c’est une ressource de développement scientifique, économique, social et culturel. C’est un projet d’avenir qui aurait des impacts durables non seulement pour la communauté francophone, mais pour toute la province.

Donner accès à l’universel

Le gouvernement doit savoir qu’une université, c’est plus qu’un ensemble de programmes pédagogiques, car ses impacts dépassent la formation donnée aux étudiants qui la fréquentent. Une université — dont le nom signifie « l’univers dans la cité » — donne accès à l’universel. C’est un lieu de développement scientifique avec ses centres de recherche, c’est un lieu de développement culturel qui soutient les créateurs et les artistes, c’est un lieu de débats qui font avancer les mentalités et qui fournissent des réponses aux défis qui se posent à la société. C’est aussi un lieu de développement économique, en soutenant les entrepreneurs et les gestionnaires de l’avenir. On pourrait continuer longtemps sur les avantages de l’université. Il faut cesser de voir ce projet d’université comme une dépense, c’est un investissement dans l’avenir qui rapporte gros par ses retombées économiques.

Priver l’Ontario français de son université, c’est lui couper les ailes en plein essor. Espérons que les universités bilingues de l’Ontario ne joueront pas dans un mauvais film parce qu’elles y verraient leur intérêt à court terme. Il faut une mobilisation monstre, incluant toutes les forces des universitaires ontariens, qu’ils soient anglophones ou francophones !

Une façon efficace de contrer la volonté du gouvernement Ford de mettre fin à ce projet serait de faire une magistrale campagne de collecte de fonds à l’échelle du pays, avec un objectif ambitieux, par exemple 100 millions de dollars. Cela constituerait une réponse retentissante et donnerait des moyens importants aux promoteurs du projet. On pourrait même demander au gouvernement fédéral de soutenir les dons privés à 50 %.

Il n’y a pas de limites à l’imagination et à la créativité des Franco-Ontariens quand ils sont attaqués de front !

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3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 23 novembre 2018 09 h 46

    Si un arbre tombe dans la forêt et personne n’est là pour écouter, est-ce qu’il fait un bruit?

    On imagine qu’il faut être un subventionné des tours d’ivoire pour prononcer une telle litanie utopique. Bien oui, les universités font ceci et font cela. Et vogue la galère de l’assimilation qui dépasse maintenant plus de 90% en Ontario.

    Prenons le système d’éducation des écoles françaises primaires et secondaires en Ontario. Plus de 50% des élèves qui fréquentent ces écoles sont des anglophones. Il y a un autre 25% qui est des enfants assimilés qui retournent réapprendre la langue française que leurs parents ont volontairement délaissé. Et pourquoi tout ce beau monde retournent ou bien veulent fréquenter des écoles françaises en Ontario? C’est parce qu’elles font office d’écoles privées.

    Dans les années 2000, Mike Harris, le premier ministre conservateur tant détesté en Ontario, a institué une formule de subvention où tous les élèves recevraient le même montant partout en province. C’était fini le temps des conseils scolaires riches (anglophones) et des conseils pauvres (francophones). Avant 2000, les conseils scolaires francophones survivaient à partir des taxes collectées dans leur communauté et en plus des généreuses subventions du gouvernement fédéral. Maintenant, recevant le même montant pour chaque élève en plus des subventions fédérales, les écoles françaises en Ontario sont devenues les plus riches. Alors, elles avaient les fonds nécessaires pour pallier aux élèves avec des difficultés d’apprentissage et elles sont devenues avec le temps, les écoles les plus performantes en Ontario. Voilà pourquoi l’engouement des anglophones à fréquenter ces institutions. Mise au point, la plupart de ces écoles sont catholiques.

    Alors, pourquoi une université francophone à Toronto alors qu’il en existe une depuis longtemps à Hearst? Personne ne parle français à Toronto. Comme pour le théâtre français de Toronto qui a accumulé plus de 3 millions de dettes, c’est bien beau de subventionner quelques privilégiés, mais si personne n’est intéressé, alors pourquoi?

    • Bernard Dupuis - Abonné 23 novembre 2018 11 h 50

      Ne lâchez pas votre écriture. Vous sembler être le seul qui connaisse l'Ontario en profondeur et nous donne l'heure juste sur la francophonie de cette province.
      Un lecteur assidu.

      Bernard Dupuis

  • Bernard Dupuis - Abonné 23 novembre 2018 11 h 42

    Nouvelle illustration de la nécessité de l'indépendance du Québec

    Quelle situation inusitée ! Je ne suis pas sûr qu’une campagne de fond à travers le pays ne devienne pas en fait une campagne de fond exclusivement au Québec. Je doute que ce soit la meilleure solution.

    Ainsi, le Québec se substituerait à un gouvernement ontarien irresponsable et anti-francophone. Par conséquent, Ford et le Canada anglais seraient encouragés à diminuer encore plus le financement des institutions francophones étant assuré que le Québec suppléera au financement. Toutefois, le Québec ne peut pas subventionner les institutions de citoyens qui ne paient pas de taxes chez lui.

    La meilleure solution serait, comme en Europe, la création d’un État du Québec francophone et indépendant. Les francophones seraient rapatriés dans cet État qui assurerait la pérennité de la francophone en Amérique.

    Bernard Dupuis, 23/11/2018