Pourquoi refuser les itinérants?

«Les personnes qui s’opposent à la venue du centre du jour ont peur qu’il attire des itinérants, relate l'auteure. Mais les itinérants sont déjà dans nos rues.»
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «Les personnes qui s’opposent à la venue du centre du jour ont peur qu’il attire des itinérants, relate l'auteure. Mais les itinérants sont déjà dans nos rues.»

En lisant Le Devoir du 9 juillet pendant le trajet de retour à la maison en métro, j’apprends qu’il y a des résidents et commerçants du Plateau Mont-Royal qui s’opposent, avec véhémence, à l’arrivée dans le quartier du centre de jour pour les itinérants La porte ouverte. Ce centre du jour, qui logeait dans une église à l’angle d’Atwater et de René-Lévesque, est obligé de trouver un autre local depuis la fermeture de cette paroisse et la vente de l’église.

Ce centre de jour a donc trouvé un local convenable dans une autre église, Notre-Dame-de-la-Salette, située sur l’avenue du Parc, entre les avenues Sherbrooke et des Pins. Et c’est ce déménagement qui cause la consternation d’un certain nombre de résidents et commerçants.

Je réside sur le Plateau depuis 1974. En 1982, mon mari et moi y avons acheté une maison, où nous avons élevé nos trois filles. Et c’est dans ce quartier paisible et agréable que j’espère voir grandir mes petits-enfants.

C’est donc en tant que résidente de longue date du Plateau que je dois exprimer mon incompréhension totale devant le tollé soulevé par l’arrivée du centre du jour La porte ouverte.

Les personnes qui s’opposent à la venue du centre du jour ont peur qu’il attire des itinérants. Mais les itinérants sont déjà dans nos rues. Comme tous les quartiers résidentiels situés près du centre-ville, le Plateau a déjà son lot d’itinérants qui débordent du centre-ville dans les rues du quartier, principalement le long des artères commerciales ; ça « vient avec le territoire ».

Le choix que nous avons à faire est simple. Est-ce que l’on préfère que les itinérants se trouvent dans des centres de jour à l’abri des intempéries, à prendre un thé ou un café tout en se livrant à des activités aussi inoffensives que des jeux de cartes, de société ou de casse-tête, la lecture de revues et journaux et l’écoute de la musique, ou est-ce que l’on préfère les voir accroupis ou couchés sur les trottoirs du quartier à geler l’hiver ou à cuire sous un soleil de plomb l’été, souvent sans eau, sans toilettes, sans aucun contact humain suivi ?

Rappelons que les itinérants ne sont pas simplement laissés à eux-mêmes dans les centres du jour. Ces centres sont animés par une équipe d’intervenants et bénévoles dévoués qui se dépensent à tenter de réparer les coeurs, les corps et les âmes de ces gens brisés.

Il y a déjà eu un centre de jour pour des toxicomanes situé à quelques mètres de notre maison familiale. Personnellement, j’étais rassurée de savoir qu’un certain nombre de ces itinérants se trouvaient dans le centre de jour, plutôt que dans le petit parc local où jouaient mes enfants qui risquaient de trouver une seringue ou une autre accessoire souillé.

Enfin, je dois dire mon admiration pour la paroisse Notre-Dame-de-la-Salette qui demeure fidèle aux enseignements du menuisier au chômage qui a fondé son église en prêchant, il y a 2000 ans, que nous sommes les gardiens de nos frères et soeurs et que la richesse de cette terre est à partager entre tous !

Bienvenue sur le Plateau, et longue vie à La porte ouverte.

1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 12 juillet 2018 10 h 09

    «Meilleure façon de comprendre l'autre: se mettre à sa place.»

    Merci, madame Heap, pour ce beau témoignage. Chaque fois que je rencontre un itinérant dans la rue, je me rappelle que c'est grâce au destin que je ne suis pas à sa place. (There but for the grace of God I! ) Je ne comprends pas les gens qui se croient supérieurs aux itinérants ou aux malades, des gens qui ne saisissent pas que c'est par pure coïncidence qu'ils sont protégés d'un tel état de détresse, pas par leur propre diligence ou vertu personnelles.