Salaire des médecins: le gâteau public

Je suis certain que je ne suis pas le seul à avoir mal au cœur de voir sans cesse s’accroître ma rémunération sur le dos des fermetures de lits ou des conditions de travail des infirmières, expose l'auteur. 
Photo: iStock Je suis certain que je ne suis pas le seul à avoir mal au cœur de voir sans cesse s’accroître ma rémunération sur le dos des fermetures de lits ou des conditions de travail des infirmières, expose l'auteur. 

Lettre envoyée à la suite du Libre opinion de Frédéric Cloutier, « Salaire des médecins, la honte », publié le 17 février.

En écrivant ces mots, je suis évidemment conscient qu’on me lancera fort probablement des tomates. Elles viendront peut-être de certains de mes collègues, de médecins que je ne connais pas, de membres de ma fédération de médecins spécialistes, de sa présidente, de membres de mon association : l’Association des radiologistes du Québec. Qui sait ?

Peu importe, le jeu en vaut la chandelle.

La lecture de ton texte a ouvert des yeux qui étaient en train de se fermer insidieusement sur l’injustice, l’iniquité et le manque de compassion qui touche notre système public de santé. Je t’en remercie.

Certains pourraient dire qu’il y a dans ton propos de la naïveté, de l’inexpérience ou de la spontanéité ? Tant mieux ! J’y vois en plus du courage, de l’intégrité, de la justice sociale et de l’empathie.

Malheureusement, ces yeux se ferment lentement à cause du discours médical de la majorité loquace, du bien-être de vivre dans une zone de confort ou encore pire, du refus de voir la réalité. La défense du bien commun et l’engagement pour la justice sociale demandent un réel effort. Il est beaucoup plus facile de se cacher derrière nos nombreuses heures de boulot, nos responsabilités médicales ou encore notre statut social que de mettre la main à la pâte et défier nos dirigeants syndicaux qui négocient avec le gouvernement.

Tu dois savoir, Frédéric, que ce groupe de négociateurs est composé d’une minorité de docteurs qui se targuent de représenter tous les médecins spécialistes. C’est vrai dans un sens, mais est-ce que tous les médecins spécialistes sont d’accord avec le déroulement et le dénouement de ces négociations ? Je pense que non. Le problème, c’est que nous sommes trop nombreux à être silencieux.

Rompre avec cette forme d’omertà et participer aux discussions syndicales qui servent de prémisses aux négociations avec le gouvernement, c’est ce que nous, les silencieux, devrions faire.

Mal au coeur

Je suis certain que je ne suis pas le seul, dans ma communauté médicale, à avoir mal au coeur de voir sans cesse s’accroître ma rémunération sur le dos de la maladie, de la misère, des fermetures de lits, du manque d’équipement de pointe ou des conditions de travail des infirmières.

J’en entends déjà me dire : « Si tu n’es pas content, t’as juste à donner ton trop-plein aux infirmières, à la fondation de ton hôpital ou encore aux bonnes oeuvres. » Bonne idée. Toutefois, pour qu’on puisse un jour dire que, nous, les docteurs, avons participé à remettre sur ses rails un système public de santé centré sur autrui, il faut que l’effort soit collectif.

D’autres me diront : « Sauver des vies ça se paye. » Évidemment. Mais quand je sauve des vies, je ne le fais jamais seul ! Je le fais toujours en équipe avec, entre autres, des technologues en radiologie, des infirmières, des inhalothérapeutes et des brancardiers. Nous faisons tous partie de la même équipe : l’équipe du système public de santé.

Il y aura toujours des différences salariales entre les professions, cela va de soi. C’est comme dans une équipe de sport professionnel, selon le rôle de chacun.

Toutefois, quand la démesure et l’iniquité s’installent entre les équipiers, l’équipe se retrouve souvent en difficulté. Nous en sommes là. Il est plus que temps que les autres membres de l’équipe touchent leur juste part du gâteau.

Le médecin québécois n’est pas une entreprise privée à but lucratif ayant pour unique objectif une croissance ininterrompue de ses profits. Ce type de docteur travaille de l’autre côté de la frontière. Des études en finance, en marketing ou encore en ingénierie peuvent mener à une carrière dans le secteur privé. Ce n’est pas le but des études en médecine au Québec.

En choisissant le système public de santé du Québec comme milieu de travail, on doit endosser le concept global du système. Tous les rouages du système doivent être financés adéquatement pour qu’il fonctionne.

J’en entends d’autres me dire : « On a étudié pendant des années. Pour certains plus de 10 ans d’université ! Ça se paye ça non ! ? » Certainement. Mais cela vaut combien ? Pas facile à dire. Je connais des professeurs d’université qui ont la même scolarité universitaire, qui oeuvrent dans d’autres sphères que la médecine et qui gagnent beaucoup moins qu’un médecin spécialiste.

Le médecin québécois ne doit pas nécessairement être à parité salariale pure et simple avec ceux du reste du Canada, tout simplement parce que les enjeux ne sont pas les mêmes d’une province à l’autre, c’est tout.

Il ne faut pas oublier qu’il est toujours possible d’y aller, travailler en Ontario. Personne ne nous retient de force ici. Il ne faut pas devenir insomniaque devant la peur de l’exode. Ce n’est pas demain la veille que les médecins quitteront le Québec en bloc.

Certains mettront la faute sur les négociateurs de notre fédération et leur gourmandise. Je mettrai aussi la faute sur nous, les silencieux, qui restons muets devant une telle injustice. C’est à nous de nous impliquer dans nos associations et notre fédération, afin de partager notre vision d’un système public de santé juste, équitable, accessible et gratuit pour tous, dédié en premier lieu aux gens malades.

Cependant, quand nous, les médecins, ne sommes pas raisonnables, ce serait bien d’avoir un gouvernement qui replace les choses en perspective en remettant les gens malades au centre des préoccupations…

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