L’avenir de l’information: la «patate chaude» des nouvelles politiques culturelles à l’ère du numérique

L’avenir de l’information ne ressort pas du tout comme une priorité de cette nouvelle politique.
Photo: iStock L’avenir de l’information ne ressort pas du tout comme une priorité de cette nouvelle politique.

Les deux ordres de gouvernement, canadien et québécois, se sont donné comme mandat de revoir en 2017 l’ensemble de leurs politiques et programmes qui concernent le monde culturel afin de les adapter à l’ère du numérique. Le ministre de la Culture du Québec, M. Luc Fortin, a lancé en juin les lignes directrices sur lesquelles sera fondée cette nouvelle approche gouvernementale, et la ministre du Patrimoine canadien, Mme Mélanie Joly, devrait annoncer la sienne à la fin septembre. Jusqu’à présent, malgré de nombreuses interventions faites par les chercheurs, spécialistes, entreprises, syndicats, artisans et aussi le public lors des consultations des deux ministères, la grande oubliée semble être l’avenir de l’information, ce qui est très préoccupant.

Dans le document publié par M. Fortin, ce qui touche les médias d’information, et plus particulièrement la presse écrite, tient en très peu de lignes et n’annonce rien de bien concret qui pourrait aider à restructurer cette industrie. En fait, l’avenir de l’information ne ressort pas du tout comme une priorité de cette nouvelle politique. Quant au gouvernement Trudeau, il a démontré très peu d’enthousiasme devant les différents rapports publiés récemment par ses propres instances ou par des experts, comme le rapport du Comité permanent du patrimoine canadien, Bouleversement dans le paysage médiatique canadien : un monde en transformation, ou encore celui du Forum des politiques publiques du Canada, Le miroir éclaté, qui, tous deux, soutiennent que le gouvernement doit intervenir et mettre en place de façon importante et urgente des programmes afin de soutenir les médias d’information.

Ces premiers signaux indiquent le peu d’intérêt de nos gouvernements à intervenir sur cette question. D’une certaine façon, afin de protéger l’indépendance journalistique nécessaire à l’expression d’une presse libre, les pouvoirs publics doivent être très prudents sur le type d’intervention qu’ils peuvent se permettre, mais l’inverse, soit l’inaction, est aussi dommageable pour le bon fonctionnement de notre démocratie.

Soyons clairs, nous ne souhaitons pas que les gouvernements s’ingèrent dans le fonctionnement des médias. Nous leur demandons de jouer leur rôle afin que la réglementation soit équitable pour tous. Cela commence par appliquer les lois fiscales aux plateformes numériques telles que Google et Facebook : qu’elles facturent les taxes de vente sur la publicité serait un bon début. Mais encore, qu’elles paient d’une façon ou d’une autre leur utilisation des contenus produits à grands frais par d’autres devient de plus en plus incontournable, ne serait-ce qu’au nom des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle.

Les problèmes qui minent le bon fonctionnement du monde de l’information ne sont pas seulement financiers. La crise de confiance du public envers les institutions démocratiques mine aussi la santé des médias, et ces derniers doivent faire une importante introspection afin de mieux répondre aux plus hauts standards de qualité, de pertinence et de pluralité de l’information pour pleinement jouer leur rôle. Une chose est sûre, la crise qui secoue le monde de l’information, le nombre de journalistes et d’artisans qui ont perdu leurs emplois dans les dix dernières années et l’énorme tâche qui incombe au peu qui restent influent sur le fonctionnement de nos débats et notre capacité collective à connaître et à comprendre les forces qui agissent et qui perturbent nos sociétés.

Avoir accès à toute l’information pertinente est la clé dans la prise de toute décision éclairée, qu’elle soit collective ou individuelle. Protéger le droit du public à l’information en renforçant l’industrie de la presse (qu’elle soit télévisuelle, écrite, radiophonique ou numérique) est un gage de l’avenir de notre démocratie, de nos droits et de nos libertés. Même si la patate est chaude et que la marge de manoeuvre semble mince entre l’action et l’ingérence, autant le provincial que le fédéral doivent prendre des mesures, dans le cadre de la refonte de leurs politiques culturelles, qui permettront aux médias d’information d’assurer leur avenir. C’est particulièrement urgent pour la presse écrite.

3 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 septembre 2017 00 h 24

    peut-être avons-nous toujours été cosmique et universel

    la difficulté avec le numérique c'est que les paramêtres sont encore abstraits, comment définir ce qui est de plus en plus abstrait et dont les limites sont quasi infinis, sommes nous en train de devenir cosmique, peut être l'avons nous toujours étés, c'est juste que l'on ne s'en rendait pas compte

  • François Beaulé - Inscrit 11 septembre 2017 07 h 49

    Une grande insouciance

    Non seulement le gouvernement fédéral mais aussi les partis d'opposition ne semblent pas du tout préoccupés par ce problème qui s'aggrave.

    Qu'en est-il ailleurs, en Europe ?

    À mon avis, il faudrait en arriver à interdire le financement des médias par la publicité, une permissivité qui a beaucoup trop influencé l'évolution des médias vers la facilité, le populisme et le divertissement. Et maintenant que cette énorme source de financement se détourne des entreprises de presse, la crise apparaît.

    Les entreprises se sont servis des médias d'information pour vendre leurs produits. Maitenant qu'elles ont trouvé un véhicule plus efficace pour le faire, elles laissent tomber le journalisme. Elles ne sont évidemment guidées que par leurs intérêts financiers. Les infopubs sont une autre plaie.

    Il faut en arriver à séparer complètement la publicité et l'information. Il faut interdire le financement des médias (quels qu'ils soient) par la publicité. Rien n'est gratuit. Les consommateurs paient pour la publicité, la gratuité apparente de certains médias est un leurre.

    Le fait que j'aie besoin d'expliquer cela démontre le degré d'aliénation généralisée par la publicité. J'ai déjà exposé cette question dans un texte que j'ai écrit l'hiver dernier et que Le Devoir, quotidien supposément indépendant, a refusé de publier !

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 septembre 2017 09 h 38

      MDR,

      ''faudrait en arriver à interdire le financement des médias par la publicité''

      Bonne idée, et lesjournalistes devraient faire de la quête ur le coin des rues aux feu rouge !

      Ou alors en faire des fonctionnaires mais en permetant de dire que ceux qui les commanditent sont des salopards...